Le parc Dounya, poumon vert d’Alger, a-t-il été détourné de son objectif initial ? Le bétonnage prendra-t-il le dessus sur la verdure? Tout porte à le croire, en considérant les péripéties qu’a connues ce parc. En dix ans, sa superficie a été pratiquement doublée et est passée d’une maquette à une autre. Son étendue varie entre 630 et 660 ha. Visite guidée dans le parc Dounya. Meriem Ouyahia – Alger (Le Soir) - Hadj Abderrahmane , Bellaouaen et
bien d’autres sont les propriétaires terriens de la superficie du parc
Dounya depuis 1927 ou bien encore 1935. En 1987, ils ont été expropriés
pour la construction de la rocade sud tronçon Ben Aknoun-Zéralda. Un
projet d’utilité publique évident. Quelques années plus tard, soit en
1999, le gouvernorat du Grand-Alger implante des pancartes «parc de
loisirs projet d’aménagement de parking de voitures» aux abords de
l’autoroute sur des parcelles de terre privées. Les travaux de
terrassement débutent dès le 20 mai 1999. Moins d’un mois plus tard,
soit le 7 juin de la même année, un arrêté portant ouverture d’une
enquête préliminaire aux fins de déclaration d’expropriation pour
utilité publique «Projet réalisation d’un parc de loisirs de Dely
Ibrahim au lieu dit Grands-vents » est publié sur le quotidien El
Moudjahid. La commission d’enquête est installée le 20 juin au niveau de
l’APC de Dely Ibrahim. Néanmoins, l’arrêté, dont le Soir d’Algérie
détient une copie, ne comporte ni la date de son établissement ni celle
de l’ouverture et de la clôture de l’enquête confiée aux commissaires
enquêteurs désignés. Les conclusions de cette commission d’enquête n’ont
pas été portées à la connaissance de l’opinion publique. Plusieurs
correspondances des expropriés ont été adressées aux autorités. L’une
d’elle a été envoyée au ministre gouverneur du gouvernorat du
Grand-Alger, Chérif Rahmani. Les héritiers y expliquent que la procédure
d’expropriation de la loi n°91/11 du 27 avril 1991 et le décret n°93/186
du 27 juillet 1993 n’ont pas été respectés. Le 19 février 2006, deux
conventions sont signées au siège du ministère de l’Environnement et de
l’Aménagement du territoire. La première entre le département de Chérif
Rahmani et l'Etablissement des espaces verts d’Alger (Edeval) et la
seconde entre l’Edeval et l’entreprise italienne, Les pépinières
Michellini. Ces deux contrats portent sur l’aménagement du parc des
Grands-Vents et la plantation de 20 000 arbres et arbustes de diverses
espèces sur une surface globale de 100 ha. A titre de rappel, le
département de Rahmani a bénéficié d’un don italien de 5,9 millions
d’euros. Celui-ci devait être réservé en partie à la réalisation d’un
jardin à l’italienne, la plantation de 750 palmiers adultes
washingtoniens, de 1 122 arbres adultes ainsi que de 18 600 plants de
diverses espèces méditerranéennes livrés par la partie italienne, en
l’occurrence l’entreprise Les pépinières Michellini. Moins d’une année
et demie plus tard, la société d’investissement Emirates International
Investment Company (EIIC) entre en scène par la grande porte. Le Conseil
national de l’investissement, le 15 juillet 2007, lors de sa 33e
session, a donné son accord pour le projet de protocole d'accord
concernant le développement du site Parc des Grands-Vents à Alger par
cette société appartenant à la famille royale émiratie. Fait jusque-là
inconnu, le site devrait abriter, en sus des espaces verts, une partie
privative où seront érigées un ensemble de structures sans aucune
relation «apparente» avec l’utilité publique. Parmi ces structures,
palaces, tours de commerce, villas luxueuses et terrain de golf de 18
trous. Les expropriés, au nombre de 600, relèvent que l’implantation de
ce projet se situe à moins de deux kilomètres du Parc zoologique de Ben
Aknoun, à moins de cinq kilomètres de Bouchaoui et dans le prolongement
presque, ou de ce qui en reste, de la forêt Bois-des-Cars. A ce titre,
ils s’interrogent sur la portée réelle d’un tel projet. «Je n’accepte
pas qu’on m’enlève mon terrain pour un golf de 18 trous alors qu’on nous
a interdit tout permis de construire depuis des décennies. Nous avons
été coopératifs lorsqu’il était question de la rocade sud construite
dans les années 80. Cela est un vrai projet d’utilité publique», a
déclaré veuve Hadj Abderhamane, lors du sit-in des expropriés tenu mardi
dernier sur leurs terrains.
Un parc aux superficies variables
La parc Dounya est régi par le décret exécutif n°06- 235 du 8 joumada
ethania 1427 correspondant au 4 juillet 2006 portant déclaration
d’utilité publique, l’opération relative à l’aménagement du parc des
Grands-Vents. Selon ce décret, la superficie globale des biens
immobiliers et/ou droits réels immobiliers servant d’emprise à la
réalisation de l’opération est de 630 ha située sur le territoire de la
wilaya d’Alger et répartie entre les communes de Dely Ibrahim (210 ha),
Ouled Fayet (143ha) et El Achour (277 ha). Or, dans la brochure de
présentation de ce parc faite par l’EIIC, il n’est plus question d’une
superficie de 630 ha mais de 660. Ce chiffre est revu une seconde fois à
la hausse sur le site internet de EIIC pour atteindre les 670 ha. Le
décret de juillet de 2006 stipule que les travaux à engager sont un parc
naturel, un complexe métropolitain et une route express. La consistance
du complexe métropolitain n’est pas mentionnée. Selon l’EIIC, sur son
site internet, on apprend que «les espaces de loisirs ne manqueront pas
avec un golf de 18 trous, un centre équestre, un circuit sportif ainsi
que de nombreux sentiers de promenade à pied ou à vélo». Il est
également question de la construction d’un ensemble d’unités
résidentielles dans la partie nord du parc sous la forme de deux
villages à l’architecture méditerranéenne. Ces unités seront de densité
moyenne, composées de bâtiments de deux ou trois étages. Elles seront
desservies par un réseau de rues et de chemins. Des immeubles
résidentiels sur douze ou dixhuit étages seront bâtis, entourés de
paysages et de terrains. Aux alentours, seront édifiées des villas d’un
ou deux étages, entourées de jardins privatifs avec vue directe sur le
terrain de golf. Des appartements de luxe, un hôtel de cinq, un complexe
intégré de commerces et de loisirs seront aussi développés sur la partie
est, incluant des galeries commerciales, de grands magasins, des
restaurants et des lieux de loisirs tels qu’un multiplex de cinéma et un
espace de jeux pour enfants. Une école internationale sera construite en
vue de répondre aux besoins éducatifs des familles qui vivront dans le
Parc Dounya et sur ses zones environnantes. Le projet de l’EIIC prévoit
le développement d’un nouveau centre de soins hospitaliers dans la
partie nord du parc. Un complexe de bureaux pour médecins spécialistes
et d’autres installations de soutien reflèteront la qualité et le
caractère original de ce nouveau développement. Des espaces auxquels
l’Algérien lambda n’y accèdera pas. «Pour nous, il ne s’agit ni plus ni
moins que d’un second Club-des- Pins. Et point d’un projet d’utilité
publique», conclut Redouane Hadj Abderrahmane.
M. O. molesoir@yahoo.fr
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