Chronique du jour : DECODAGES
Union pour la Méditerranée : Sarkozy à la peine
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


La Méditerranée n’a assurément pas fini de «tracasser» l’Europe. Ce «lac de paix» se présente en effet, de plus en plus comme la «patate chaude» pour le Vieux Continent. Et c’est sa rive sud qui pose le plus problème. Il y a d’abord, ici, dans cette rive sud, le problème de la croissance économique trop insuffisante pour apporter des réponses durables à un chômage endémique et notamment celui qui frappe les jeunes du Maghreb. On assiste alors à une émigration «illégale et clandestine» de plus en plus importante.
Les «harragas», ces jeunes qui tentent au prix de leur vie, l’aventure de l’émigration et qui deviennent des boatpeople de plus en plus fréquents, inquiètent sérieusement l’Europe qui y voit des risques et des menaces sécuritaires lourdes de conséquence, le terrorisme pouvant trouver ici des recrues décidées.
• L’Europe a, en second lieu, de grosses inquiétudes quant à la garantie de son approvisionnement énergétique, gaz et pétrole lui provenant d’Algérie, de Libye, d’Egypte. Toute instabilité dans ces pays hypothèque cet approvisionnement et portera atteinte aux programmes de croissance économique mis en œuvre en Europe.
• Enfin, et pour ne citer que ces enjeux, les pays tiers-méditerranéens, c’est-à-dire ceux de la rive sud, constituent pour l’Europe, des extensions intéressantes de ses marchés et des éléments cruciaux constitutifs d’une politique régionale efficace pour l’Union européenne, cette régionalisation lui permettant d’amortir les chocs compétitifs de la mondialisation (qui peuvent provenir tout à la fois des Etats-Unis, du Japon et de plus en plus de la Chine et de l’Inde). Bref, la question du statut de la Méditerranée, relève, pour l’Europe, d’une préoccupation stratégique. Alors il y a eu le processus de Barcelone de 1995 qui se fixait comme objectif de développer entre l’Union européenne (aujourd’hui regroupant 27 pays) et la rive sud de la Méditerranée (regroupant 11 pays) une zone de libre échange, une aire de «prospérité partagée», un exemple de codéveloppement. Entre 2000 et 2006, cette coopération euroméditerranéenne a bénéficié de 5,3 milliards d’euros mais les résultats sont décevants. La sécurité n’a pas fait de progrès, la croissance économique est toujours atone, les flux migratoires sud-nord sont encore plus denses, les pays de la rive sud trouvent les conditionnalités des aides mises en place par les Européens trop contraignantes. En un mot, Barcelone, après plus de dix ans, n’a convaincu ni l’UE ni les pays tiers méditerranéens (PTM) et le processus s’effiloche de plus en plus. L’UE a alors pensé une autre démarche de coopération : la politique européenne de voisinage (PEV) où la coopération est mieux ciblée, plus singularisée aux pays qui acceptent des accords de voisinage. A ce jour, cette nouvelle approche de la coopération euro-méditerranéenne n’a pas encore de consistance suffisante pour permettre d’en tirer quelque bilan. Elle ne semble en tout cas, pas attirer beaucoup de PTM. Et vint Nicolas Sarkozy et son projet d’Union de la Méditerranée. Faisant le constat que ni le processus de Barcelone, ni la politique de voisinage, n’ont été performants et n’ont produit de résultats probants, le président français, impute ces échecs à l’inégal intérêt que portent les membres de l’UE à la Méditerranée et les défis qu’elle véhicule. Pour Nicolas Sarkozy, ce sont les pays européens de l’arc latin, France, Italie, Espagne, Portugal, Grèce, qui sont les plus exposés aux problèmes nés des difficultés économiques, politiques, sociaux, des pays riverains du Sud. L’Allemagne, la Belgique ou encore les pays d’Europe centrale et orientale, n’y ressentant pas la même contrainte. L’Union de la Méditerranée est donc un projet de coopération bien plus ciblé et bien plus engagé car mettant en relations de partenariat des vis-à-vis directs, des pays directement concernés par la Méditerranée. Les autres pays européens pouvant bien évidemment rejoindre la nouvelle Union méditerranéenne, en fonction des intérêts qu’ils trouveraient à chacun des projets de coopération décidés par l’UM. Nous savons à présent comment a été reçu le projet d’Union de la Méditerranée de Nicolas Sarkozy notamment par les principaux pays de l’Union européenne. L’Espagne et l’Italie, pourtant directement concernées, ne disent pas non mais ne disent pas oui à tout le projet non plus. Ces deux pays considèrent que le processus de Barcelone n’est pas ajourné, même s’il connaît des difficultés. Toute nouvelle initiative euro-méditerranéenne ne peut que s’inscrire dans Barcelone. Et il faut aussi rappeler, insistent ces deux pays, le projet de politique européenne de voisinage qui complète parfaitement le processus de Barcelone en le corrigeant. Alors une Union de la Méditerranée s’inscrit de quelle manière dans les projets en cours ? Il faut préciser davantage l’idée de Sarkozy, disent ces deux pays, mais en prenant en compte l’existant. Mais l’opposition la plus nette au projet du président français, vient de l’Allemagne d’Angela Merkel. Celle-ci pense que l’initiative de Sarkozy porte en elle tous les risques d’une rupture de l’unité de l’Europe. L’Union européenne court alors le risque d’être coupée au moins en deux : les pays latins tournés vers la Méditerranée, l’Allemagne et ses voisins tournés vers l’Europe centrale et orientale. Certains médias allemands vont même plus loin, et accusent le président français de chercher à se créer une zone d’influence au sud du continent qui puisse faire contre-poids à la «Mitteleuropa» dont l’entrée dans l’Union européenne a davantage profité à l’Allemagne du point de vue économique. Face à toutes ces réticences, le projet de Nicolas Sarkozy est passé de «l’Union de la Méditerranée» à «l’Union pour la Méditerranée» pour terminer en «la Méditerranée de projets». Ainsi, pour la plupart des membres de l’Union européenne, l’Union pour la Méditerranée ne peut se concevoir que comme une «revitalisation» du processus de Barcelone, pierre angulaire de la coopération euroméditerranéenne depuis 1995. L’idée fait son chemin de calquer l’Union pour la Méditerranée sur le «Conseil des Etats de la mer Baltique» qui regroupe les pays riverains de la mer Baltique : Allemagne, Danemark, Estonie, Finlande, Islande, Lituanie, Norvège, Pologne, Suède, sept autres pays y sont observateurs : France, Italie, Pays Bas, Slovaquie, Ukraine, Royaume-Uni et Etats- Unis. Cette Union de la Baltique créée en 1992 a été, à ses débuts, un forum de dialogue politique informel entre pays occidentaux et Etats de l’ex-bloc soviétique. Puis, cette union a évolué et des programmes de coopération ont été lancés et un secrétariat permanent a été mis en place. Cette Union de la Baltique a été dotée d’un budget de 1 million d’euros entièrement financé par les 11 Etats membres. Les projets de coopération reçoivent, eux, de l’argent de différents donateurs y compris l’Union européenne et la Banque européenne d’investissement. Une approche pragmatique, modeste dont devrait s’inspirer l’initiative du président français. Des projets concrets qui intéressent en premier lieu et directement les pays riverains de la Méditerranée : la dépollution de l’eau de mer, le développement de l’énergie solaire, l’accès à l’eau... Et chaque fois qu’un projet intéresse l’un ou l’autre des pays membres de l’Union européenne, la possibilité lui est offerte d’y participer. Ces dernières évolutions de l’initiative Sarkozy ne sont pas encore closes puisque nous ne connaissons pas encore les avis des pays tiersméditerranéens, partenaires sans lesquels il ne peut y avoir d’Union méditerranéenne.
A. B.

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