Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE
3E MANDAT : UNE PRIMEUR LONDONIENNE !
Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


L’on ne peut lui faire le reproche de défendre l’image du pays auprès des médias étrangers lorsqu’il leur accorde des interviews. L’on peut même fermer les yeux sur des contrevérités qu’il leur distille pour peu que celles-ci puissent servir les intérêts globaux de notre Etat. Par contre, il est difficilement concevable que le chef de l’Etat se serve des relais extérieurs pour parler des affaires «indigènes» jusqu’à trancher dans un débat qu’il refuse, par ailleurs, d’engager avec ses concitoyens.

Que ce magistère de la République soit en délicatesse avec la presse locale ne l’empêche pas de prendre langue avec l’opinion afin de plaider sa cause et justifier ses desseins. Pire qu’une dérobade, cette manière de «communiquer » via des agences internationales ressemble à du mépris à l’égard des avis que pourraient donner ces Algériens qui votent. (1) L’on a compris que c’est grâce à la médiation de l’agence britannique Reuters que notre chef d’Etat confirme publiquement qu’il a l’intention de postuler à un troisième mandat et, pour ce faire, qu’il s’apprête à amender dans ce sens la Constitution ! Ceux, parmi les thuriféraires du régime, qui trouvaient indécent, une semaine auparavant, que certains leaders de l’opposition confèrent avec les chancelleries étrangères, devraient aujourd’hui étalonner de la même façon le «patriotisme » relatif de notre président. Car enfin, l’on ne peut prétendre régenter à sa guise une communauté sans concéder à cette dernière un minimum de respect. Sauf à croire que l’on est le dépositaire exclusif de toutes les légitimités, les règles politiques exigent la consultation et l’écoute dès lors qu’il s’agit de questions cruciales qui déterminent le devenir d’une nation. Or jusque-là, il a laissé le soin à des bateleurs institutionnels de battre campagne alors qu’il se confinait dans une sorte d’ermitage politique au point de rendre le pays ingouvernable. A moins de déraisonner à partir de fantasmatiques destins providentiels, l’on ne peut avoir raison tout seul, tout le temps et contre tout le monde. Hélas un tel principe de précaution nécessaire pour conduire le char d’une république semble faire défaut au prince qui nous gouverne. Il est de notoriété publique que le résident d’El-Mouradia préfère les charmeurs de serpent qui l’entourent au scepticisme positif d’une opposition. En effet la «maturité» de notre démocratie, lui ne la mesure qu’à travers les réseaux des courtisans, comme il la confie in fine au journaliste de Reuters. Et ce serait, par conséquent, ces avant-postes de notre pluralisme qui l’auraient convaincu à «acter» officiellement sa réformette constitutionnelle . Qu’importe la date qu’il choisira pour la faire endosser par le Parlement-fantôme, lui, est déjà installé dans l’après-avril 2009. Fort des cautions de son sérail et de l’absence tragique d’un contre-pouvoir, il ne lui reste qu’à vendre sous emballage rutilant le nouveau produit de notre démocratie. Ce marketing politique que son entourage affine actuellement emprunte beaucoup aux procédés des créateurs de mode. C’est-à-dire que seuls comptent les effets d’annonce et le matraquage médiatique. Mais, à la différence de l’esbroufe qui caractérise les marchands de l’illusion, en politique le moindre dérapage se paye en drame. A tous les niveaux de son bilan, la magistrature actuelle ne peut s’enorgueillir d’avoir tiré vers le haut le pays. Le sachant, elle évitera de l’expliciter en tant qu’échec mais l’imputera à la contrariété inhérente à l’héritage du passé. C’est, diront-ils en paraphrasant une réplique célèbre, le passé, qui a généré le passif dont se plaint la société. Autant de raisons pour accorder encore du temps à une présidence plombée par la censure constitutionnelle, plaideront-ils ! En s’appuyant sur cette dangereuse dialectique qui intègre le passif présent aux pesanteurs du passé, l’on fera accroire que seule la reconduction du régime pourra résorber la crise structurelle qui oblitère le pays depuis 20 ans. D’ici à ce qu’ils suggèrent que le principe de l’alternance implique l’instabilité, il n’y a qu’une formule à mieux … reformuler et dont s’est rendu coupable un certain président de l’APN. Telle est la photographie en «noir et gris» d’un pouvoir trop manœuvrier pour être crédible et remarquable seulement par le caractère aléatoire de sa doctrine, voire sa propension à se fixer des objectifs à géométrie variable ce qui accentue son illisibilité. Cultivant l’omniscience comme attribut, il a transformé le républicanisme en oligarchie, traquant la contradiction et verrouillant le débat démocratique. Ainsi, à force de vouloir s’imposer comme l’alpha et l’oméga de la destinée nationale, il est en train de relivrer celle-ci à la pire tragédie qu’elle pensait pourtant avoir exorcisée.
B. H.

(1) Dans son édition du jeudi 13 mars 2008, le quotidien El Khabar a publié une large synthèse de l’interview qu’a accordée Bouteflika à l’agence Reuters.

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