|
Ça y est ! Les autorités vont incessamment lancer une vaste
opération contre la mafia du pétard.
Ouf ! Juste à temps !
Les lumières sont restées allumées très tard le soir. Et pas pour cause de
Mouloud et d’insomnie due aux explosions de pétards. Rien à voir ! Le Palais
était réuni en sommet extraordinaire pour se pencher sur une urgence de dernière
minute. De ces urgences qui tombent généralement très mal, qui tombent, pour
tout dire comme un cheveu sur la rechta. Les mines étaient sombres. Les traits
tirés, parfois agités de tics. Des couffins de deux ou trois ministres, des
cartables en croco d’un ou deux gradés et d’une poignée d’analystes sans teint
dépassent des paquets de pétards et de fusées, comme autant de promesses d’une
soirée bien sonore inexorablement partie en fumée. Pas question de festoyer ce
soir. «Mouloud ou pas, tout le monde sur le pont !», a dit le chef. Et quand le
chef a dit, tous doivent s’exécuter, même Ould Abbès qui avait pourtant invoqué
un motif sérieux pour s’absenter, la distribution de deux ou trois bus oubliés
dans le vaste garage de la solidarité nationale. Rien à cirer des bus, de leur
docteur chéri et des soirées de solidarité. Les dirigeants sont assignés à
résidence présidentielle afin de cogiter sur une phrase. Oui ! Oui ! Ne faites
pas «Oh !» «Ah !» ni «Aw !». Une phrase, une seule a suffi pour déclencher les
sirènes d’alarme. Une phrase construite de manière classique, conventionnelle,
sujet-verbe complément, a provoqué le branle-bas de combat. Cette phrase, j’ai
beau eu la lire, la relire, la déchiffrer à l’endroit, la décrypter à l’envers,
retourner la feuille sur laquelle elle était reproduite pour tenter de lire un
sens caché à travers le papier, rien. Perplexe, j’en suis réduit à vous la
soumettre. La voici donc, en vous précisant tout de même qu’elle a été prononcée
par Robert Ford, l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en Algérie : «Les
Etats-Unis traiteront avec l’actuel et le futur président.» Alors ? Qu’en
pensez-vous ? Qu’y a-t-il d’extraordinaire dans cette phrase pour mettre nos
dirigeants en émoi, leur gâcher leur soirée de Mouloud et les mettre en pétards
? Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
|