Périscoop : BAZOOKA
LÀ-BAS, VERS LE BLANC NAVIRE
PAR MOHAMED BOUHAMIDI
mbouhamidi2001@yahoo.fr


Le soleil jetait sur la forêt le silence lumineux de la lumière se cherchant le sol à travers les trouées dans le feuillage. Au pied des arbres, dans l’ombre encore humide du matin, des flaques inégales de lumière dessinaient un léopard noir et blanc sur lequel il avançait avec ce regard en biais qui lui permettait de balayer le terrain.
Là-bas, en bord de piste, près d’un creux encore boueux, les sangliers avaient laissé les traces abondantes d’une terre profondément remuée à la recherche de l’eau. Il s’arrêta assez loin pour ne pas mettre ses pas dans ceux des bêtes et chercha des yeux par quel sentier du sous-bois elles s’étaient retirées à l’aube. Derrière un jeune pin, que pouvaient tenir ses deux mains réunies, fuyait un sentier, entre des buissons déjà secs, par où s’était faufilée la meute. Il pensa qu’elle s’était dirigée vers le lit étroit, rocailleux et escarpé de l’oued avant de remonter la pente vertigineuse de la colline où elle dormait, le jour, dans des crevasses invisibles. Il se rappela que les sangliers remontaient pour boire vers la source toujours fraîche de l’autre côté de la plus haute crête avant que les terrains ne soient lotis et construits ces affreux bunkers sur les plaies ouvertes par des bulldozers et des excavatrices. Il aimait les voir très tôt le matin, avant l’aube, boire à la source les marcassins serrés autour de la mère et les adultes attendant à l’écart et attendait ce moment improbable quant à un signe mystérieux et imperceptible, la laie, donnait brusquement le signal du départ. Elle prenait la tête de la meute suivie de ses petits puis des mâles dans une course rapide étonnante pour des bêtes de ce poids et ensemble, dans un ordre immuable, tous les matins, ils franchissaient, dans un galop puissant qui faisait résonner la terre, la côte abrupte qui menait à la crête derrière laquelle commençait la forêt. Il en avait conçu pour ces sangliers ce respect profond qu’il vouait aux athlètes et aux performances. Ils ne viennent plus depuis longtemps chassés par les hommes et ils ne peuvent plus se nourrir et boire que dans cet espace réduit où l’eau manque dès la fin de l’hiver et pourtant les traces montrent qu’ils survivent là dans les derniers recoins secrets des sous-bois. Il lui fallait comprendre jusqu’où ils allaient chercher l’eau, et ce matin, il avait décidé de suivre le cours de l’oued entre les fourrés, les éboulis, les buissons jusqu’à cet endroit secret où l’eau se conservait, ces endroits humides dans le plus touffu du bois, là-bas, encore plus bas, vers cet endroit d’où il pourrait voir la mer et au large le blanc navire semblable au bateau qu’attendait un enfant.
M. B.

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