Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE
UNE RÉPUBLIQUE BIEN SINGULIÈRE
Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


Quand quelque part, un chef de gouvernement ne se distrait volontairement de ses véritables charges que pour se consacrer aux louanges du président, cela ne s’appelle pas une démission mais une gestion de la carrière personnelle. Quand quelque part également, des articles de presse, relayant les effets d’annonce émanant de certains cercles amplifient involontairement une campagne, il eût fallu d’abord donner la parole à ceux qui disent que la légitimité constitutionnelle est cruellement menacée par ce marketing autour d’une révision.
Quand quelque part, hélas, des formations politiques renouent avec leur péché mignon en s’autorisant des exégèses sur le sujet au lieu de marquer fortement leur hostilité à ce chantier de la manipulation, elles ne font pas seulement semblant d’exister. Pire, elles participent délictueusement au cirque des ratifications préfabriquées. Quand quelque part encore des cohortes d’enseignants et de paramédicaux poursuivent des grèves alors que des ministres continuent à pérorer sur la qualité des statuts qu’on leur prépare, cela fait également partie de la plus dérisoire diversion. En additionnant tous ces «quelque part» rythmant le quotidien de ce pays, l’on ne peut que constater la dégradation morale de la nation. A moins de pécher par un solide penchant pour la démagogie officielle, jamais cette société n’a connu un tel désenchantement et ne s’est installée dans un désespérant renoncement. De ce divorce consommé avec perte et fracas, le pouvoir semble outrageusement s’en accommoder. Poursuivant sa besogne de laminage des forces politiques porteuses de contre-proposition, il est parvenu à désertifier le champ des libertés. Mieux, ou pire, il a réussi jusqu’à démonétiser aux yeux de l’opinion la présence même de ces courants. En effet, l’électorat potentiel ne les a-t-il pas sanctionnés, par deux fois en moins de 6 mois, par son abstention ? Quelque part, justement, ils sont souvent qualifiés de charlatans promus par les circonstances historiques, en «relayeurs» de projets politiques. Le jugement est assurément excessif par ses amalgames qui n’épargnent guère les véritables courants en les confondant avec les appareils factices. Sauf que, globalement, cette perception ravit d’abord le pouvoir qui s’en sert pour recomposer à son profit les espaces démocratiques en les asservissant. C’est justement grâce à ce nettoyage par le vide d’où n’en réchappèrent que les appareils aux ordres et certaines «niches» alibis qu’il peut aujourd’hui envisager les pires scénarios pour se perpétuer. Affrontant les turbulences de la manière la moins indiquée (comme il se doit ne cultive- t-il pas l’indifférence face aux débrayages à répétition ?), il se refuse à la moindre remise en question, préférant les réaménagement internes et les arithmétiques du sérail. Or, cette posture, qui n’a pas varié depuis 9 années, ne le crédite pas d’une visibilité claire quant aux objectifs qu’il prétend assigner au pays. La persistance obtuse à privilégier le statu quo au sommet en épargnant les vieux équilibres du système dont il est issu souligne chaque fois ses hésitations, ses volte-face, ses fausses initiatives et même les reniements de certains de ses engagements. Ni la réforme de l’Etat ni les équations de l’école et de l’économie n’ont abouti comme l’ont constaté les plus sérieux spécialistes. Le dernier échec, dont le gouvernement lui-même vient de faire l’aveu, est celui de la politique de l’emploi. En presque dix ans, le chômage est demeuré à un niveau insupportable par la faute d’une mauvaise synergie entre les structures de l’exécutif et les institutions légiférantes. Accumulant donc les «dédits», il a évidemment fini par ne plus être écouté. Aliénant au fil des ans les soutiens partisans qu’il a conquis au lendemain de 1999 et altérant les tissus social et économique par une gestion parfois imprudente et souvent approximative, il se retrouve aujourd’hui en butte à un bilan lourdement compromettant. Tant au plan économique que politique, les constats ne l’autorisent pas à pavoiser. Même lorsque les observateurs avisés s’efforcent de décrypter ses intentions futures à travers un Belkhadem, à qui l’on prête une certaine influence, ils se rendent à l’évidence que rien n’est encore tranché. Non pas que le chef de l’Etat cultive une certaine hésitation personnelle mais parce que de solides réserves lui sont opposées à l’intérieur même des sphères décisionnelles. Depuis le temps que son homme de main (Belkhadem) prend rendez-vous avec l’opinion sur cette question taboue, combien de fois son mentor l’a désavoué ? Entre l’été 2007 et ses déclarations durant ce premier trimestre, il n’a eu de cesse de faire dans le conditionnement en parlant, en sa qualité de chef du FLN, de l’imminence de cette révision ! Ainsi, quand les oracles parlent trop et trop vite, il n’est pas nécessaire de leur accorder de l’intérêt car dans de tels contextes leurs paroles ne sont qu’esbroufe destinée à tenir en haleine une opinion afin de la détourner des interpellations concrètes. Comme on le sait, la fourberie en politique est la négation de la clarté surtout quand elle vise à faire coucher de force la république dans le lit d’un régime qui a épuisé ses droits. Morne, maussade et morose pays où l’on n’hésite toujours pas à faire «joujou» avec la dignité des tables de la loi tout en prétendant en être les gardiens.
B. H.

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