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Contrairement à ce qui s’est écrit ici même, la mairie de
Trifouillis-les-Oies nous informe que le prochain match amical de
l’équipe d’Algérie de football ne peut se jouer dans le stade du
village. Pour une raison toute simple : les gradins de 236 places
ont déjà été loués de longue date pour une fête de baptême.
Mais soucieuse de garder de bonnes relations avec l’Algérie, la
mairie propose à la FAF son 2e terrain d’une capacité de 145
places.
Je suis sûr que les nôtres vont accepter !
Arrêtez tout ! J’ai dit arrêtez tout ! Et ne me dites surtout pas que ce que
vous êtes en train de faire est important. Rien n’est plus important que
l’événement qui vient de se produire chez nous. Il éclipse tous les autres
événements. A côté de lui, le 3e mandat de Abdekka passe pour un fait divers
pour ménagère de plus de 50 ans. A côté de lui, le congrès de l’UGTA fait figure
de réunion ordinaire de l’Union fédérale des pêcheurs à la ligne de la wilaya de
Boumerdès. A côté de lui, les tribulations de Ghoulamallah avec la sainte croix
feraient rire aux éclats des évangélistes du Sud Dakota, région connue pour son
sens de l’humour très spécial. Depuis l’indépendance, je n’ai pas souvenance
d’un fait aussi important, aussi révolutionnaire, aussi abracadabrantesque. Le
plus hallucinant, le plus incroyable dans cette affaire, c’est que mon événement
est passé quasi-inaperçu. C’est à peine si deux ou trois journaux l’ont évoqué,
et encore, du bout de la page. J’ai dû m’user les yeux hier pour en trouver
trace dans quelques entrefilets rachitiques, entre deux bars fermés pour défaut
de licence et un flic qui a tiré sur son épouse et son amant. L’amant de
l’épouse, bien sûr. Il était là ! Mon événement historique. Timide. Discret.
S’excusant presque de déranger par sa seule présence. Pourtant, c’est à nous,
ingrats citoyens de nous excuser, de nous confondre en excuses devant un aussi
grand événement auquel nous ne rendons pas l’hommage national qui lui revient de
droit et d’éthique. Cette faute, je veux ici, humblement, la réparer. L’expier.
Alors, je vous livre mon événement tel que je l’ai lu : «Tlemcen. Les travaux de
l’autoroute en avance de 8 mois.» Oui ! Oui ! Je sais ! Et je comprends votre
réaction. Vous vous frottez les yeux. Vous vous dites que je suis en train de
vous mener en bateau un 1er avril. Eh bien non ! Je puis vous assurer que
l’information est vraie. Vérifiée et officielle. En visite dans la région de
Tlemcen, le ministre des Travaux publics a eu à constater sur place ce fait
unique dans les annales algériennes : des travaux en avance sur les délais. En
avance de 8 mois. Je pense que maintenant, vous comprenez mieux mon insistance,
en début de chronique, à vous demander de tout arrêter, de tout stopper net
devant cet événement. Car, y a-t-il plus important en Algérie, plus
révolutionnaire que des travaux en avance sur les délais de réalisation ? Je
vous le demande, tout en fumant du thé pour rester éveillé à ce cauchemar qui
continue.
H. L.
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