samedi 05 avril 2008
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Actualités : PROSTITUTION, DÉLINQUANCE, VIOLENCE, DROGUE
Annaba : SOS jeunesse en danger


«Moi je couche avec tout le monde. L’essentiel, c’est que je puisse trouver un toit et un peu de chaleur.» Chérifa, une jeune fille d’à peine 16 ans, se prostitue pour survivre. Victime d’une agression dans le quartier de Oued- Kouba, elle regarde hébétée les gendarmes et les policiers qui viennent de la sauver.

De notre envoyé spécial à Annaba, Tarek Hafid

Les éléments des deux services de sécurité, qui ont mené mercredi dernier une opération combinée dans la ville de Annaba, sont intervenus au moment où des agresseurs la menaçaient avec un cran d’arrêt. Ces derniers sont appréhendés sur-le-champ. «Ils voulaient me forcer à les suivre», précise Chérifa à un officier de police. «C’est une fugueuse originaire d’un petit village de la wilaya d’El-Tarf. Elle a été placée dans un centre pour mineurs mais a finalement réussi à s’en échapper », explique à son tour un gendarme. Agresseurs et agressée sont embarqués au Commissariat central de Annaba. Les 574 policiers et gendarmes engagés dans cette opération combinée, la première de l’année 2008, ont pour impossible mission de nettoyer la ville de toutes formes de délinquance et de criminalité.
Virée au «Vivier»

Le traitement des cas impliquant des mineurs figure parmi les priorités. A Aïn-Achir et au Vivier, véritables «chambres à coucher» à ciel ouvert, les forces combinées appréhendent plusieurs jeunes filles en compagnie d’adultes. L’une d’elles est lycéenne. Elle éclate en sanglots en apprenant que ses parents devront la récupérer au commissariat. La caméra de l’ENTV est là pour prendre la scène sur le vif. «Ne t’en fais pas, on te masquera le visage pour ne pas que l’on te reconnaisse», rassure la journaliste. Maigre consolation. Son compagnon, un lycéen qui a dépassé l’âge du bac, risque d’être poursuivi pour détournement de mineur. Et s’il n’y a qu’un chiffre à retenir de l’opération de mercredi, ce serait sûrement celui-ci : parmi les 19 individus placés sous mandat d’arrêt, 8 sont des étudiants ! Une situation des plus inquiétantes dans une ville qui connaît une hausse de la délinquance juvénile. Le trafic et la consommation de drogue en sont les phénomènes les plus récurrents. Jeudi, policiers et gendarmes ont mis de côté leur mission de répression à l’occasion d’une journée de sensibilisation contre la toxicomanie qui s’est tenue à la Maison de la culture. Un magistrat, un imam et un médecin en toxicologie participent à cet atelier. Face à eux, quelques dizaines de lycéens. L’assistance apprend qu’il y a 1 236 toxicomanes «déclarés» dans la wilaya de Annaba. «La wilaya est classée première dans la région est et troisième au niveau national. Mais ces chiffres sont très loin de la réalité puisque tous les cas ne sont pas déclarés», tient à préciser le commandant Zahi Aliout, chef d’état-major du groupement de la Gendarmerie nationale de Annaba. L’ampleur du phénomène est telle que les pouvoirs publics ont décidé de créer un centre de désintoxication. Actuellement, tous les toxicomanes de l’est du pays sont orientés vers le Centre intermédiaire de soins aux toxicomanes de l’hôpital Errazi, à Annaba. «Nous n’avons pas tous les moyens de traitement et de substitution», explique le docteur Bani Tefahi du CIST en espérant que la situation s’arrangera avec l’ouverture du centre.
L’argument religieux
Toutefois, pour ce qui est des causes, on retrouve deux «institutions» sur le banc des accusés : la famille et l’école. Des accusations qui ont fait réagir le directeur de l’éducation. Lui s’arrangera pour jeter l’opprobre sur «la famille et la rue». Sur un autre plan, la quasi-totalité des intervenants ont misé sur l’argument religieux pour véhiculer leur message de «sensibilisation ». Un argumentaire appuyé par la présence de l’imam venu confirmer la nature illicite du cannabis. Le message est le suivant : un bon musulman ne se drogue pas. Et les lycéens dans tout ça ? Aucun d’entre eux n’est intervenu lors de la séance de débat. Un désintéressement dû, sans nul doute, à l’approche développée par les initiateurs de cette journée. Peut-être serait-il temps de mettre en œuvre une véritable stratégie de lutte contre la toxicomanie des jeunes ? Une stratégie basée sur des concepts scientifiques et sociologiques et débarrassée des discours religieux et moralisateurs.
T. H.

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