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Al-Qaïda : «Nous avons décidé d’éliminer Belkhadem.»
Faites la queue !
Une épicerie comme il en existe des milliers sur cette bande côtière encore
calme en ce mois d’avril, avant le rush d’été. La dame est à l’entrée. Difficile
de lui donner un âge. Certaines personnes ne portent pas d’âge sur leur visage,
ni sur leur corps. Trop d’autres choses à porter pour s’encombrer du poids
supplémentaire de l’âge. Une «djebba» usée jusqu’à la corde. Usée, mais d’une
propreté obstinée. De cette propreté qui défie la pauvreté, le dénuement. De
cette propreté qui donne toute la mesure du combat désespéré entre la misère et
la dignité. De cette propreté qui fait barrage au renoncement, à la résignation
mortelle. La dame sans âge tend la main vers le présentoir à pain. Une baguette.
Une deuxième baguette. Le bras va pour en saisir une troisième, puis s’arrête.
Long moment d’hésitation, marqué par le regard en va-et-vient de la dame, de la
paume de sa main où reposent quelques pièces de monnaie vers la vitrine remplie
de pain appétissant. En temps réel, cet instant-là a dû être court. Quelques
secondes, tout au plus. Il semblait pourtant une éternité. Cette éternité
douloureuse faite de calculs rapides et ardus. Nombre d’enfants. Somme de tous
les membres de la famille. Combien de pains pour nourrir tout le monde. Les
piécettes au creux de la main. D’autres achats à faire encore. Joindre les deux
bouts. Sans faillir et donner à lire dans ses yeux l’incapacité à faire vivre
les siens. Cela fait beaucoup trop de calculs pour la femme sans âge. Et ce
visage sans âge s’anime de tics nerveux. Les coups d’œil furtifs tout autour
d’elle. L’a-t-on vue blêmir ? D’autres clients de l’épicerie ont-ils décelé son
être en perdition devant ce choix à faire, cette décision de vie : deux
baguettes ou trois ? Je n’ai aucune réponse, aucune morale à tirer. Je ne sais
qu’une chose. La dame sans âge, la femme à la «djebba » usée mais propre a
reposé la 3e baguette de pain dans le présentoir et à tendu fièrement ses
piécettes au marchand pour payer deux baguettes de pain. Pour le reste, faites
ce que vous voudrez de cette histoire. Moi, je fume du thé et je reste éveillé à
ce cauchemar qui continue.
H. L.
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