
Actualités : CONSTANTINE La fièvre du 8 avril
A moins d’une semaine du quatrième anniversaire de l’élection de Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Etat, des signes annonciateurs d’une vaste offensive d’éloges et d’encensement à l’égard de son bilan transparaissent. Au-delà des relais traditionnels du cercle présidentiel, institutions et personnalités de l’Etat mettront vraisemblablement à profit cette date pour relancer le débat sur «l’urgence» d’une révision constitutionnelle qui permettra au locataire d’El Mouradia de briguer un troisième mandat afin qu’il puisse «parachever son ambitieux programme et palier la vacance pressentie au sommet de l’Etat sans l’actuel guide». Ce 8 avril donnera donc le la à la frénésie latente contenue jusque-là par le silence du premier magistrat du pays qui n’a toujours pas fait part vertement de son intention de se porter candidat à sa propre succession. L’amendement de la Constitution ne serait, à ce titre, qu’une simple formalité qui se passerait volontiers de l’acte référendaire. Il est l’occasion idoine, voire inespérée, pour les relais du palais d’El- Mouradia et les carriéristes au sein des institutions de l’Etat d’exceller dans l’art de l’allégeance, justifiant leur démarche par l’apologie «bilantiste» au mépris des lois de la République et du principe fondamental dans toute démocratie : l’alternance au pouvoir. Tout le brouhaha qui entoure la question du troisième mandat depuis plus d’une année n’a toujours pas eu raison du sentiment d’hésitation qui habiterait le premier concerné. Son état de santé aussi bien que ses échecs éludés par l’inventaire officiel et/ou officieux de près d’une décade de règne ne seraient pas étrangers à ses atermoiements. Le «ni oui ni non» qu’il avait prodigué, il y a quelques jours à ses intervieweurs de l’agence Reuter, est à ce chapitre révélateur à plus d’un titre. Lui qui s’était lancé avant le rendez-vous du 8 avril 2004, deux années à l’avance, dans une pré-campagne époustouflante, sillonnant le pays d’est en ouest et de nord en sud et arrosant à chacune de ses escales ses hôtes de centaines de milliards. Il est tout de même curieux que la charge que présupposent deux échéances aussi capitales qu’une révision constitutionnelle et une élection présidentielle n’ait toujours pas mis en alerte, du moins ostentatoirement, le cercle restreint de Bouteflika. A moins que la révélation de l’esquisse de la dernière ligne droite avant le rendez-vous de 2009 ne soit imminente, le suspense qui perdurera le cas échéant n’arrange guère la gestion des affaires du pays pour cause d’illisibilité politique et ses conséquences sur les plans économique et social. Aussi, opération concertée ou frénésie isolée d’un panel en manque de certitudes pressé de prêter serment et allégeance à l’étalon gagnant, l’offensive qui se prépare à partir de ce 8 avril apportera, d’une manière ou d’une autre, quelques réponses aux nombreuses interrogations qui pèsent sur les contours flous de la présidentielle de 2009. Même les commis de l’Etat, présumés technocrates, s’en mêleront. Les dissertations programmées portant sur les bilans et réalisations «ô combien somptueuses» sous l’ère de Bouteflika, par la glorification s’entend, se chevaucheront sans relâche dans les tout prochains jours. L’alibi est on ne peut plus infaillible pour déchaîner la marrée des appels et exhortation pressant Bouteflika à se présenter pour un troisième mandat. Une opération qui devait en principe débuter au mois de janvier dernier à l’occasion de la visite du président de la République à Constantine et que la grogne populaire, sans se mêler de politique, avait empêchée. Antichambre des postes clés au sommet de l’Etat, l’administration constantinoise, autant que ses relais, revient à la charge à la veille de ce 8 avril. Son chef de l’exécutif devait effectuer jeudi dernier un enregistrement portant, selon le communiqué de la cellule de communication de la wilaya, sur «le programme de son excellence le président de la République» en présence de tous les directeurs de l’exécutif et des représentants de la presse nationale. Un enregistrement dont la retransmission sur les ondes était prévue pour le 8 avril mais qu’on préfère, en dernière minute, remplacer par une intervention in vivo, le jour même. L’omission du communiqué de la wilaya, qui ne précisait pas qu’il s’agit d’une conférence de presse dédiée au programme du président de la République pour la wilaya de Constantine, trahissait, en fait, l’opportunité réelle de cette sortie médiatique qui intervient après le précédent du Forum de la télévision, sorti pour la première fois des studios de l’ENTV pour accueillir le wali de Constantine. Jeudi également, l’Académie de la société civile algérienne (Asca), qui tenait ses assises dans cette même wilaya, annonçait un programme d’activité hallucinant pour une ONG qui a rarement fait la une des journaux, tout en faisant miroiter un soutien sans faille au président Bouteflika. Au suivant... Kamel Ghimouz
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