
Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE Demain.., une nouvelle confédération syndicale ? Par Boubakeur Hamidechi hamidechiboubakeur@yahoo.fr
Si, jusque-là, il subsistait encore des doutes sur le caractère
profondément corrompu de ce syndicat, ceux-là viennent d’être balayés.
Sidi Saïd et consorts sont bel et bien des relais du régime avant d’être
des délégués des travailleurs. Il a donc fallu attendre un pitoyable
congrès pour que les derniers masques tombent et qu’apparaissent dans
leurs insoutenables réalités, les complicités politiciennes à l’origine
de leur ascension et la longévité de leur carrière.
Dorénavant, l’UGTA
ne peut plus se fendre d’une quelconque profession de foi relative au
combat syndical dès lors qu’elle souscrit publiquement à la «vertueuse »
politique menée par le pouvoir. Solidaire de celui-ci, elle ne peut que
prendre acte de la totalité de ses démarches, même les plus décriées par
les quelques millions de salariés. En effet, cela fait bien quelques
années qu’elle mène en bateau ceux qui, naïvement, continuaient à croire
en sa médiation. De bipartite en tripartite, n’a-t-elle pas justement
fait accroire qu’elle défendait les acquis sociaux alors qu’elle
participait passivement à leur érosion ? Or, cette posture de
négociateur dont elle avait fait la panacée n’était rien d’autre qu’un
oripeau habillant de compromettantes concessions. En somme, des
redditions avec armes et bagages face aux puissants lobbies de la
restructuration néo-libérale. Autrement dit, chaque fois que ce syndicat
se mettait à table aux côtés du patronat et du gouvernement, elle
accompagnait le bradage au lieu de le contester et surtout de s’y
opposer par le recours aux grèves. Un secrétaire général qui se dit
vacciné des luttes frontales, leur préférant les molles négociations
n’est-il pas le vis-à-vis idéal ? Celui que souhaitent tous les «maîtres
de forges», comme on le disait au siècle dernier. Ainsi, au nom de ce
dogme fondé sur la consultation et les compromis, il prétend mettre le
wagon du social et de l’économie en symbiose. Aveuglante vanité d’un
syndicalisme de la trahison qui dénie aux couches les plus fragiles le
droit de recourir à l’affrontement quand leur devenir est en péril.
Gouvernement sans feuille de route et naviguant à l’estime ; syndicat
aux ordres parce que ses dirigeants ne sont pas au-dessus de tout
soupçon ; patronat agressif grâce à toutes les franchises qui lui sont
octroyées par les nouvelles lois : voilà donc la nouvelle «trinité» sur
laquelle se fonde la morale de l’Etat. Et c’est précisément sur le
profond décalage par rapport aux inquiétantes demandes sociales que
s’est bâti ce complot auquel participe aujourd’hui un syndicalisme
jaune. Devenu un instrument technique sur lequel s’appuient à la fois le
système politique et les puissances de l’argent, peut-il encore parler
au nom des travailleurs ? Ballottée entre les forces sociales,
impatientes à juste titre, et les lobbies d’intérêts qui l’ont corrompue
matériellement, cette UGTA ne bénéficie désormais d’aucun crédit. Elle
qui, entre le 10e congrès (octobre 2000) et celui qui vient de se tenir,
n’a eu de cesse de faire la courte échelle au régime et ses alliés, doit
désormais solliciter leur secours pour ne pas sombrer face à la vague
des «autonomes». Hier, sans «elle», la puissance publique était sur ses
gardes, aujourd’hui sans cette dernière, c’est ce syndicalisme qui
risque de signer son arrêt de mort. En effet, qui mieux que cet
inénarrable secrétaire général pour savoir que sa redésignation ne
l’autorise pas à pavoiser ? Car ceux qui boivent du petit-lait, depuis
ce 31 mars historique, sont précisément les syndicats libres confortés
dans leur dissidence. Entre la légalité formelle octroyée à la moribonde
«Union» et la légitime concrète qui est dorénavant le signe distinctif
des coordinations, il n’y a pas photo ! Le monde du travail,
c’est-à-dire celui de la colère et de la contestation, a déjà trouvé ses
bons médiateurs. Quand bien même la «maison du 1er Mai», continuera à
abriter un syndicat fantôme et quand bien même celui-ci s’efforcera de
traficoter les chiffres de ses adhérents son inévitable dépôt de bilan
est de l’ordre de l’histoire... future ! Dans le feu du combat et à
travers les pôles de résistance, les autonomes apprennent à mieux se
structurer. Demain, ou plus tard, ils pourront mettre en commun leurs
forces encore éparses et dispersées afin d’accoucher d’une solide
«confédération». Déjà qu’ils annoncent pour les 13 et 14 avril deux
longues journées de grève indique que les convergences entre les
corporations dessinent à grands traits le prochain «unionisme »
syndical. Ainsi, l’heure venue, le pouvoir politique et toutes les
oligarchies financières n’auront d’autre choix que de changer
d’interlocuteurs. Alors, dans une funeste indifférence, l’UGTA, version
Sidi-Saïd, sera enterrée dans une fosse commune. Tant il est vrai que
les pouvoirs politiques n’ont jamais d’amis mais seulement des intérêts.
Il est minuit camarade... secrétaire général !
B. H.
Post-scriptum
Maâmar Benmaâri était notre ami. Il vient de nous quitter
brutalement. A son épouse, ses enfants et petits-enfants nous leur
adressons nos sincères condoléances. A sa sœur, épouse de notre frère en
mémoire, Abdelhadi Slougui, nous leur réitérons toute notre émotion.
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