Pas moins de 12 jeunes âgés de 21 à 29 ans sur les quarante ayant comparu devant la justice jeudi ont été placés sous mandat de dépôt par le procureur de la République de Tiaret pour dégradation des biens d’autrui et trouble à l’ordre public. Vingt-deux autres accusés des mêmes chefs d’inculpation ont été mis sous contrôle judiciaire en attendant leur comparution lundi prochain, alors que six mineurs impliqués dans le cadre de la même affaire ont été acquittés. Les mis en cause, dont 36 ont été arrêtés par la police à Tiaret-ville et quatre au village agricole de Bibane Mesbah par la Gendarmerie nationale, se sont en effet adonnés à des actes de violence et de dégradations en se servant de différentes projectiles pour exprimer leur colère suite à l’enterrement des dix jeunes harraga — tous de la région — ayant péri la semaine passée au large d’Arzew, alors que cinq autres sont toujours portés disparus. La terrible nouvelle avait très vite fait le tour de la cité pour constituer le principal sujet de discussion parmi la population de Tiaret. Le rapatriement des corps qui, à partir de l’hôpital d’El Mohgon dans la wilaya d’Oran, a été la véritable étincelle pour exciter les proches, les voisins, et les amis des victimes au point de se donner le mot tôt le matin de jeudi pour observer un sit-in au niveau de la place «Regina». Au fur et à mesure, d’autres groupes de jeunes et même de mineurs rejoignaient la foule pour crier à haute voix leur désarroi, le tout se passait sous l’œil vigilant des services de sécurité mais surtout en l’absence des élus exception faite de deux députés seulement. La foule a priori calme, avait exigé la présence de la presse pour faire porter plus haut leurs revendications liées essentiellement à une meilleure prise en charge en matière d’emploi. Certains jeunes ont, quant à eux, demandé la présence du wali et même du président de la République. Ce rassemblement ne tardera pas à connaître ensuite quelques dérapages avec des actes de dégradations envers des véhicules et de quelques édifices publics. Certains avaient brûlé des pneus et barré des artères à travers différents quartiers de la ville, mais la réaction des services de sécurité venus en renfort, était intervenue à temps pour éviter le pire. De son côté, la Gendarmerie nationale s’est déplacée à Bibane Mesbah, une localité située à mi-chemin entre Tiaret et Sougueur — où l’on déplore 4 victimes parmi les jeunes harraga — où elle a pu calmer les esprits des jeunes révoltés qui ont manifesté leur mécontentement en barrant la route nationale 23. La situation fut très vite maîtrisée soit en début de l’après-midi, aussi bien au niveau de ce village qu’à Tiaret-ville. Les incessantes patrouilles des services de sécurité se sont soldées en fait par l’arrestation de quelque 40 manifestants et le retour à la normale de la situation. Dans la même journée, le wali de Tiaret avait reçu un groupe de 21 jeunes pour les écouter et leur expliquer les opportunités de travail qui seront générées incessamment avec la réception des futurs projets d’envergure que connaîtra la wilaya comme le port sec, la raffinerie, le marché de gros et fruits et légumes, la voie ferroviaire, outre les possibilités qu’offriront bientôt à Tiaret les investisseurs étrangers tels les Emiratis et les Coréens.. Les manifestants de leur côté et tout en étant légèrement rassurés, n’ont pas été sans mettre à l’index les différents dispositifs d’emploi mis en vigueur jusque-là peu efficaces, ainsi que les banques qui entravent diront-ils toutes leurs démarches pour créer leurs propres micro-entreprises. Par ailleurs, la (re)programmation des rencontres avec les citoyens pour privilégier le dialogue est l’autre mesure prise par le premier responsable de la wilaya, nous fait-on savoir. Dossier à suivre. Mourad Benameur
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