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Réunion de la direction du FLN demain ou après-demain
au plus tard. Pour la présider, Abdekka va désigner …
…Ouyahia
Le palais a ordonné aux ministres d’annuler toutes leurs missions à
l’intérieur du pays et à l’extérieur. Personne ne bouge. Personne ne respire. Et
tous en poste devant le téléphone. Quelle épreuve terrible pour tous ces braves
commis de l’Etat. Attendre ! Attendre avec cette boule au creux de l’estomac.
Comme un gros sac de nœuds mouillés et donc atrocement lourds. Attendre en
faisant semblant de ne rien attendre. Il y en a qui sifflotent de manière
ridicule, tout en regardant un point fixe sur le plafond. Ils espèrent ainsi
donner le change et ne pas apparaître angoissés. Leurs proches, leurs épouses,
leurs enfants et leurs aides-ménagères savent bien qu’il se passe quelque chose
d’anormal, car ils n’ont jamais passé des journées entières à siffloter sans
raison, le regard scotché au lustre. D’autres se repassent inlassablement des
vidéos de leurs visites de travail et d’inspection. Ceux-là ont toujours un
paquet de Kleenex à portée de larmes. D’autres épuisent leurs téléphones
portables à appeler des collègues et à les bombarder de questions intelligentes
: «Et toi, que t’ont-ils dit exactement ? De rester à côté du téléphone ? Assis
ou debout ? En face ou juste à côté ? Lorsqu’il sonne, doit-on répondre
aussitôt, dès la première sonnerie ou attendre deux ou trois sonneries afin de
ne pas paraître empressé de connaître son sort ?» Et puis, il y a les
hypocondriaques à tendance maniaco-dépressive. Ils ferment leurs portes à double
tour. Rajoutent une chaîne et des cadenas. Débranchent la télévision, jettent
les piles du transistor, arrachent les fils du téléphone fixe et vont se
réfugier dans leur lit, sous une pile de couettes avec pour seul compagnon leur
Samsung double puce. Hypocondriaques peut-être, mais prévenant tout de même. Les
plus hardis sortent de chez eux, saluent même ceux qui ne les saluent pas,
sourient aux quatre vents, brassent de l’air et parlent à haute voix pour se
convaincre que l’attente ne les a pas déjà anéantis. Par expérience, ce sont
ceux-là qui s’effondrent les premiers lorsque le téléphone sonne enfin et qu’une
voix fine et sadiquement suave leur annonce qu’ils «sont appelés à d’autres
fonctions qui leur seront précisées un jour ou l’autre, peut-être». Alors, en ce
début de semaine, vous qui n’attendez plus rien de ce régime de bananes qui nous
gouverne si mal, vous qui, au fond, avez gardé intacte votre générosité
méditerranéenne, ayez une pensée attendrie pour ces ministres qui vivent des
heures d’enfer et qui découvrent enfin qu’il est parfois utile de… fumer du thé
pour rester éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L.
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