Actualités : CONSÉQUENCE DE L'ÉVASION DES NEUF TERRORISTES MAROCAINS DE KENITRA
Les FAR ferment l'Ahdada
De notre envoyé spécial à Maghnia, Tarek Hafid


Les Forces de sécurité marocaines ont installé un important dispositif sécuritaire au niveau des frontières avec l’Algérie. Officiellement, ces renforts ont pour objectif d’empêcher les neuf terroristes, récemment échappés du pénitencier de Kenitra, de sortir du Maroc. Une situation qui s’est répercutée «négativement» sur les activités des contrebandiers de l’Ahdada, la bande frontalière.

Pour les gendarmes qui opèrent sur la bande frontalière ouest, l’activité des cafés est un indice fiable pour évaluer le mouvement des contrebandiers au cours de la nuit. «Si les cafés restent ouverts tard dans la soirée, cela veut dire qu’il y aura du travail. Les cafetiers et les contrebandiers seront de permanence, et nous aussi», explique le capitaine Mohamed Benyahia, commandant de la compagnie de Gendarmerie nationale de Ghazaouet. Les hommes du Darak et les trabendistes ont appris à se connaître. Ils s’épient et s’observent à longueur de temps. Jeudi dernier, la théorie de la «caféine» a une nouvelle fois été confirmée.
L’affaire de Kenitra

L’opération coup-de-poing menée par les unités territoriales de Maghnia et de Ghazaouet contre les réseaux de contrebande a été plutôt «décevante» avec ses 360 litres de carburant saisis sur trois baudets. «D’habitude, les halabas (contrebandiers spécialistes en trafic de mazout, ndlr) sont très nombreux, notamment dans les zones de Souani, Bab-El-Assa et Bou-Kanoun. Mais il faut reconnaître que la situation est particulièrement calme depuis quelques jours», souligne le capitaine Mohamed Benyahia. L’officier n’en dira pas plus sur les causes de la soudaine baisse d’activité. Selon un notable rencontré à Maghnia, la raison est à chercher de l’autre côté de la frontière. «C’est à cause de l’évasion des neuf terroristes du pénitencier de Kenitra. Les services de sécurité marocains ont décidé de boucler hermétiquement la frontière car ils estiment que leurs terroristes pourraient entrer en territoire algérien. Cette situation a bloqué les contrebandiers qui évitent depuis quelques jours, de se risquer au-delà des frontières», affirme notre source. Les terroristes en question purgeaient de lourdes peines au pénitencier de Kenitra pour avoir participé aux attentats de Marrakech de mai 2003. Ils se sont enfuis le 7 avril dernier à travers un tunnel creusé sous la prison.
Consommation externe
Des unités des FAR (Forces armées royales) participent à ce dispositif aux côtés du corps des Mokhazni, habituellement fort laxistes en matière de lutte contre le trabendo. Les renforts ont été dispersés sur plusieurs centaines de kilomètres sur l’Ahdada. Mais la mise en place de ce dispositif est des plus étranges. «C’est un message à consommation externe. A quelques mois de la saison estivale, les autorités marocaines ont tout intérêt à faire croire que leurs terroristes souhaitent regagner l’Algérie, pays qu’ils considèrent être comme étant le territoire de prédilection des groupes armés. Objectivement, un argument qui ne tient pas. D’ailleurs, il est important de rappeler que la ville de Kenitra est située à plusieurs centaines de kilomètres des frontières algériennes», relève notre source.
Nouveau dispositif de la GN
De son côté, la Gendarmerie nationale préfère mettre en exergue son propre dispositif, celui-ci n’étant vraisemblablement pas circonstanciel. «Depuis quelques mois, nous avons pris de nouvelles mesures visant à endiguer le phénomène de la contrebande. Ces mesures concernent autant les unités de gendarmes gardes-frontières que les unités territoriales», souligne le lieutenant-colonel Boukhebiza Noureddine, commandant du groupement de Gendarmerie nationale de Tlemcen. Ainsi, en plus du renforcement des postes avancés des GGF, il a été décidé de creuser des tranchées au niveau de l’ensemble des pistes afin d’empêcher la circulation des véhicules entre les deux pays. D’autre part, il a été décidé de créer de nouvelles brigades dans les villages frontaliers pour consolider l’action des unités territoriales. Il semble que le nouveau dispositif ait donné des résultats positifs. «Si l’on compare le premier trimestre de l’année 2007 à celui de l’année en cours, on peut constater une diminution sensible de la contrebande dans la wilaya de Tlemcen. Nos statistiques démontrent une baisse de 2,01% des affaires et de près de 21% en matière d’interpellation. Nous estimons que ce n’est qu’un début et qu’il est nécessaire de persévérer», ajoute l’officier. Les données sont certes positives pour ce qui est de la contrebande de carburant et de produits alimentaires mais la situation est tout autre en ce qui concerne le trafic de stupéfiants. En effet, les prises de kif effectuées par la gendarmerie sont de 382,09 kilogrammes pour les trois premiers mois de 2008 contre 186,84 pour la même période de 2007.
T. H.





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http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/04/12/article.php?sid=66804&cid=2