Régions : CONFLIT SOCIAL AU LABORATOIRE PHARMACEUTIQUE DE BOUDOUAOU
Les travailleurs licenciés reviennent à la charge


Les travailleurs licenciés par le Laboratoire pharmaceutique algérien (LPA) de Boudouaou ont démenti certaines déclarations émanant de leur directrice générale, Mme Aït Adjedjou (Le Soir d’Algérie du 25 mars 2008). Ces derniers, qui mettent en cause des responsables de cette entreprise quant à leur situation, persistent dans leurs propos concernant les affirmations de la directrice relatives au salaire minimum de 18 000 DA que payerait le LPA à ses agents. Nos visiteurs d’un jour ont exhibé plusieurs fiches de paye pour contredire cette déclaration.
Nous avons effectivement constaté que plusieurs salaires sont inférieurs à 18 000 DA. Dans sa réponse écrite, la directrice générale du LPA maintient ses précédentes déclarations et ajoute dans sa réponse écrite : «La moyenne de l’ensemble des salaires nets du LPA est de 28 700 DA.» Les travailleurs congédiés ont en outre réitéré leur protestation contre la double sanction qui leur aurait été infligée. Nous avions cité dans notre questionnaire adressé à la direction de cette entreprise le cas du travailleur Reffas Mouloud. Ce dernier nous a effectivement remis les copies d’un titre de congé de 15 jours valable à partir du 24 février 2008, d’une instruction lui intimant l’ordre de rejoindre son poste de travail le 25 février 2008, d’une convocation pour être auditionné le même jour par le conseil de discipline. Durant la même journée, il a également reçu la décision mettant fin à ses fonctions au sein de l’entreprise. Dans sa réponse, Mme Adjedjou exige la divulgation des noms des travailleurs pour apporter une réponse précise à chaque cas. S’agissant de l’exemple cité, elle s’est contentée d’indiquer que son administration s’est conformée au règlement intérieur de la société LPA et que le concerné avait commis deux fautes de second degré consignées par ailleurs dans son dossier. Dans ce conflit qui se situe dans la sphère privée, il est utile de rappeler qu’ils sont pour notre part d’égale importance et que par conséquent nous ne nous départirons aucunement de notre rôle d’informer. Pour en revenir à cette pénible affaire, les travailleurs qui nous ont rendu visite disent, documents à l’appui, que l’entreprise et sa filiale Digrpharm font travailler les agents en plus des heures légales sans pour autant leur payer ces heures supplémentaires. L’un d’eux, magasinier, nous a remis la liste des journées travaillées commençant à 8 heures du matin pour se terminer, par exemple, à 23 heures et ce, pendant une semaine. Il précise qu’il n’a pas bénéficié de journées de récupération. «Notre pays a légiféré en matière de conditions de travail et d’heures supplémentaires. Les droits des travailleurs sont assurés non seulement par ces réglementations mais ils sont en plus contrôlés périodiquement par les autorités. Ainsi LPA comme entreprise algérienne est régulièrement inspectée», ripostait Mme Adjedjou dans sa réponse écrite. Les protestataires reviennent sur le cas d’un ex-élu au comité de participation (CP) auquel la directrice générale avait contesté, dans sa précédente déclaration, sa qualité de représentant des travailleurs. Nos visiteurs insistent pour dire qu’il a été contraint de quitter son poste de travail. D’ailleurs ce dernier faisait partie du groupe qui nous avait déjà rendu visite. Dans sa seconde réponse, la direction s’est limitée cette fois à énoncer des informations précises sur une demande de départ volontaire déposée le 31 janvier 2008. Le 17 février 2008, l’ex-représentant des travailleurs percevait 20 mois de salaire pour quitter l’entreprise. Il y a lieu de rappeler qu’en matière de départ volontaire, la réglementation impose entre autre cette solution lorsqu’il s’agit de restructuration d’une entreprise et en cas de démission, l’employeur n’est pas tenu de verser une indemnité de départ volontaire mais juste un solde de tous comptes. La différence, pécuniaire notamment, est importante. Aux dires des travailleurs licenciés, l’un des adjoints de la directrice avait proféré des insultes à leur endroit. Mme Adjedjou apporte un démenti catégorique. S’agissant de la suppression de la prime du mouton et de l’indemnité du treizième mois qui reste un droit, selon les travailleurs, ce qui n’est pas de l’avis de la direction de cette entreprise. «La prime du mouton et le treizième mois ne constituent pas une obligation légale mais une faveur concédée aux employés en fonction des résultats de l’entreprise», écrivait Mme Adjedjou. Dans la dernière partie de sa réponse écrite, comme elle le souhaitait, la patronne du LPA fait l’éloge de l’entreprise qu’elle dirige depuis 2002, cependant elle n’a pas jugé utile d’apporter la contradiction à ses anciens employés qui nous ont déclaré que 47 travailleurs de la Digrophar ont été licenciés en une seule fois. D’ailleurs, ils nous ont remis une copie d’un jugement condamnant cette filiale du LPA à verser 100 000 DA de dommages et intérêts à l’un d’eux. Par ailleurs, elle s’est abstenue de répondre aux allégations insistantes de ces protestataires sur le fait qu’un certain K. M., cadre de LPA démissionnaire en 2004, continue tout de même à s’immiscer dans la gestion aussi bien de la filiale (Digropharm) que du laboratoire et qui serait l’instigateur de leurs déboires.
Abachi L.



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