La revue de Celaan, consacrée aux littératures et aux arts de
l'Afrique du Nord, met à l'honneur, dans son dernier numéro de l'année
2007, la nouvelle poésie algérienne de langue française. Cette revue,
bilingue (français-anglais) et bi-annuelle, éditée aux Etats-Unis sous
la direction de Hédi Abdel-Jaouad, écrivain et professeur au Skidmore
Collège de New York, a pour vocation de promouvoir la culture maghrébine
auprès d'un public anglophone.
La nouvelle poésie, ou poésie récente,
porte la marque de la décennie noire. Elle recouvre la production
poétique depuis cette époque là. Seize poètes ont été retenus pour cette
édition, un choix subjectif dicté notamment par la disponibilité des
textes et par les contraintes éditoriales. Ils ont en commun cette
revendication du Moi, passé au filtre de la quête tant individuelle que
collective, cheminant entre passé et présent, désespoir et espérance.
L'exil, l'errance, le mal-être leur confèrent une dimension universelle
à laquelle les voue la diversité de leur lieu d'énonciation (Algérie,
France, Hollande, Allemagne, Belgique). Les poètes et plasticiens Hamid
Tibouchi et Kamel Yahiaoui illustrent l'édition mêlant au fil des pages
poétique et visuel. Le verbe épique d'Habib Tengour croise l'errance,
comme en un jeu de cache-cache, de l'univers mythique de Nabile Farès.
Dimension épique aussi de la quête de Mohamed Sehaba peuplée des
déchirements de la nostalgie. Au monologue insomniaque d'El-Mahdi
Acherchour répondent les rires en cascade échappés de l'exil de Ouahiba
Aboun Adjali et la sensualité «lointaine et si proche» des quatrains d'Habiba
Djanine. Les mémoires dévastées des Marcheurs sans passé d'Hafid Gafaïti
résonnent dans la nuit des écritures d'Abdelmadjid Kaouah, lieux de vie
embaumés. Le poème corsaire d'Arezki Metref nous conte une histoire de
père et de peuples luxuriants abîmés dans l'illusion de la grandeur.
Désirs d'amour et de liberté dans l'élan mystique des Marcheurs du temps
d'Amine Khan, dont les vies se gâtent dans le lointain exil. Le
Questionnement d'Hamid Nacer-Khodja fouille les confins des énigmes
premières et l'enfance d'Hamid Skif danse sur les lèvres offertes des
amoureuses. Danse encore pour Nacéra Tolba, danse avec les anges «au
large des passions avec les fleurs et les papillons», tandis que Samira
Negrouche chante Alger «entre griffons et croquis». Cette visite à la
nouvelle poésie s'achève par un hommage aux grands disparus : Kateb
Yacine, Rabah Belamri, Mohammed Dib, Tahar Djaout, Jean Pélégri, Jean
Sénac et Youcef Sebti. Là encore, on s'étonne de ne pas y rencontrer
Jean Amrouche que certains qualifient de pionnier dans le genre
poétique, ou bien Anna Greki, Hadj Ali ou Djamel Amrani. Mais il n'y a
pas d'anthologie idéale et les exigences éditoriales ont nécessité des
choix. Chacune de ces voix a apposé son empreinte sur la pratique
poétique algérienne. Ancrées dans la tradition, elles disent l'histoire
du pays et de ses déchirements. Elles clament leur révolte et, au-delà
de l'affirmation de l'identité algérienne, leur vocation à dire l'être
universel.
Meriem Nour
Nouvelle poésie algérienne, Recent Algerian Poetry,
Celaan, volume 5, number 2&3, fall 2007
Nombre de lectures : 154
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