Résumé du précédent épisode : le 23 mars 2009 à 5h30, pour des raisons inconnues, le peuple algérien a collectivement émigré. Oui, ce jour-là, tout le peuple s’est transformé en «harraga». Pour le ministre de la Solidarité qui avait en horreur le mot «harraga», c’était le trouble… Mais pour le gouvernement, c’était carrément la pire des catastrophes. Le peuple algérien s’étant installé en Sardaigne, appelée désormais Sardélie, les officiels restés sur place devaient rapidement trouver des solutions aux problèmes les plus urgents. La présence de 100 000 Chinois rassurait les membres du gouvernement… Les Algériens restés sur place, c’est-à-dire deux citoyens sur les 40 millions que comptait le pays, étaient devenus des héros. Leurs portraits ornaient les grands bâtiments. D’énormes effigies de Da Moh l’Oiseau, malade mental de Bouchegouf, étaient visibles partout. Dans les villes de l’Ouest, c’était le portrait de Meriem El Agounna — la femme enceinte de Oued Rhiou — qui agrémentait les immeubles de Tlemcen, Oran, Bel Abbès, Relizane, Tiaret, Saïda et Mostaganem. Avec ces deux héros positifs, les autorités comptaient mobiliser les rares revenants de l’aventure sarde. Cependant, personne parmi les partants n’avait décidé de revenir. Quant aux Chinois, au nombre de 100 000, ils furent rassemblés au stade du 5- Juillet pour un grand meeting présidé par le chef du gouvernement. Son discours, traduit par une belle Chinoise qui avait le don de faire hurler les présents par ses trémoussements, était axé sur le patriotisme post-mondialiste ! Une théorie inventée par un certain Habib Khali Nez Rouge qui remplaçait les vieilles idées internationalistes en offrant une alternative sérieuse à la lutte des classes. Dans le troisième paragraphe du deuxième chapitre de La Plongée en milieu post-mondialiste sans scaphandre, célèbre ouvrage de Habib Khali Nez Rouge, l’illustre théoricien écrivait : «Si jamais les pressions d’un gouvernement d’extrême droite, qui essaye de se présenter comme un digne représentant de la révolution, nous poussent à composer avec les milieux défendant les intérêts du grand capital, il se pourrait que l’on passe par des phases d’abandon et de découragement. L’on assiste alors au bradage des richesses nationales et à la vente des unités du secteur public. Il ne faut jamais se décourager et si jamais les Rammet and Co persistent, si jamais l’issue paraît obstruée, si l’intégrisme s’installe partout et que la modernité recule, il ne faut pas alors hésiter à utiliser n’importe quel moyen pour prendre la mer. Le peuple souverain peut même décider de partir massivement. Ce n’est pas une trahison. C’est laisser en Algérie ceux qui, de toutes les manières, n’ont aucune envie d’y être puisqu’ils n’y sont pas. Leur bref séjour dans notre pays, loin de leur chers Baltimore, Genève, Lausanne, Paris, Londres, Dubaï, n’a d’intérêt que pour y puiser l’argent nécessaire pour leurs vies de pacha ailleurs…» Plus loin, Habib Khali Nez Rouge poursuivait : «Dans ces conditions, le peuple algérien absent peut compter sur les masses chinoises pour remplir les tâches quotidiennes en attendant que l’éveil des consciences aboutisse à une nouvelle révolution !» La belle traductrice chinoise, consciente des enjeux, ne répétait pas toutes les bêtises dites par le chef du gouvernement. Elle essayait de faire comprendre aux 100 000 Chinois qu’il leur appartenait de faire fonctionner les services publics et offrir le confort aux maîtres du pays, en attendant de changer la situation. Après quelques mois, les autorités supérieures furent amenées à demander un renfort d’immigrants chinois. Les sociétés capitalistes américaines, saoudiennes, émiraties et égyptiennes avaient besoin de main-d’œuvre. Il fut décidé de déplacer 30 millions de Chinois, provenant d’une demi-douzaine de petites villes. Le nouveau peuple algérien était en place ! Le gouvernement était satisfait. Désormais, les travailleurs arrivaient à l’heure sur les lieux de travail et lorsque les officiels présentaient des taux optimistes du chômage, tout le monde les croyait car on ne croisait que de rares personnes dans les rues. Jadis, personne ne prenait au sérieux les fantaisistes taux de 13% déclinés par le gouvernement. N’importe quel étranger se baladant à 11h du matin dans les rues d’Alger, d’Oran ou de Constantine pouvait comprendre que c’étaient des chiffres démagogiques. Les ministres étaient contents. Tout marchait à merveille et il s’est dit, dans les milieux officiels, que le peuple algérien avait bien fait de partir. On avait désormais affaire à un peuple discipliné, travailleur et même performant. Certains avaient même déclaré qu’on aurait dû penser à chasser l’ancien peuple fainéant plus tôt ! Quant au peuple algérien installé en Sardaigne, il était heureux et beaucoup de Sardèles avaient déclaré aux chaînes de télévision locales qu’ils auraient dû expulser les membres du gouvernement et rester en Afrique. L’agriculture, l’industrie, les travaux publics fonctionnaient très bien. Sans pétrole, les Algériens avaient compris qu’il leur fallait compter sur d’autres richesses et, notamment, sur le travail. Le football sardèle avait conquis l’Europe. La Sardélie se qualifiait en Coupe du monde et ses matches – même amicaux – se déroulaient dans le grand et beau stade olympique de Sidi-Cagliari. On avait oublié les humiliations du terrain sans nom de la banlieue parisienne… Cependant, pour l’Algérie africaine, les choses évoluèrent autrement. Après quelques mois, les Chinois demandèrent la création de comités populaires pour la gestion des affaires publiques ! Ils exigèrent aussi la création d’un parti communiste et même d’une milice populaire pour combattre la corruption ! Mais l’incident diplomatique fut atteint le jour où le wali de Bir Ghbalou, M. Chang Khlet Alikoum, offrit un méchoui de serpent au ministre de la Solidarité nationale. Le peuple chinois d’Algérie n’apprécia guère que le chef du gouvernement écrivît au wali une lettre salée dans laquelle il lui rappelait qu’offrir un reptile grillé à un ministre était une indélicatesse sans précédent ! Petit à petit, les 30 millions de Chinois réalisèrent qu’il était injuste qu’une minorité composée de quelques rescapés de la grande «harba» du 23 mars 2009 continue de commander une grande majorité d’Asiatiques. Ils demandèrent des élections. Ce fut la panique ! Tous les trafics possibles ne pouvaient changer les résultats du vote. Les Chinois, considérablement majoritaires, allaient choisir des candidats chinois ! C’est alors que Habib Khali Nez Rouge proposa de changer la Constitution votée en septembre 2008… M. F.
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