
Culture : SAMIR EL HAKIM AU PRINTEMPS DU THÉÂTRE (BOIS-DES ARCADES) L’Escargot entêté conspire !
Des rats, encore des rats, ils sont cinq
millions et il faut absolument les exterminer. Un homme, le chef d’un
service de dératisation, est en charge de cette mission impitoyable.
Mardi soir, sous le chapiteau du Printemps théâtre, Bois-des- Arcades (OREF),
une conspiration se jouait. L’Escargot entêté, une adaptation du roman
de Rachid Boudjedra (1977), a été interprété par le comédien Samir El
Hakim.
Une belle interprétation. Poignante, vacillante, Samir El Hakim a
séduit son public dès les premières minutes. «Ça n’a pas été facile »,
s’est confié l’artiste, notamment lorsque l’écrivain et auteur du roman
est dans la salle. Rachid Boudjedra, lui, s’est dit satisfait du travail
de Samir El Hakim. L’ambiance, ce soir-là, était au rendez-vous. Si au
début le public était dissipé, au fil de la pièce, il fut totalement
conquis par la présentation. Une heure de rires et de remise en
question. Même s’il est vrai que la trame n’est pas très originale, la
métaphore avec les rats et en particulier l’escargot est ludique. Samir
El Hakim s’affirme dans son art. Il avance serein vers un avenir
certain. Nul doute sur son talent. Le comédien était, rappelons-le, le
week-end dernier aux côtés de la comédienne Adila Bendimerad dans
Soliloque. Prolixe. Samir El Hakim est percutant. Son jeu de rôle
saisissant. Le public se languissant, ne parvient pas toujours à se
contenir. Parmi les spectateurs, un homme lui parle. Il donne la
réplique à samir. Tout le monde éclate de rire. Samir, lui, réplique.
Sympathique échange qui dénote une complicité à fleur de peau. Dans
L’Escargot entêté, le personnage principal se livre une guerre de
sentiments. Du drame à l’humour, la nostalgie de sa mère lui revient de
plein foin. Elle est là. Dans ses moments où son fils se lâche. Il
transgresse les lois du silence. Il oublie les conventions. Le commis de
l’Etat saborde on ras-le-bol. Excédé, le fonctionnaire se sent
persécuté. Un complot est fomenté contre lui. Il pense à tuer les six
rats qui sont dans cave. Ce matin encore, un escargot le coursait.
Maniaque, l’employé note tout. Des bouts de papier emplissent sa vie,
son quotidien. Il en a planqués partout. Dans son manteau, il a cousu
une vingtaine de poches. Et une dernière exclusivement «secrète». Le
fonctionnaire passe sa vie à constater. Il écrit tout ce qu’il l’entend
autour de lui. Il en a même fait une copie qu’il a cachée chez sa sœur,
au douar. La caricature de l’employé modèle s’effrite. De son rapport
avec la hiérarchie, il n’en a plus cure. Son sacrifice au service de l’Etat
et contre les rats n’est plus sa priorité. Demeure alors cet escargot
qu’il ne cesse d’écrabouiller mais qui le retrouve le matin suivant
partout. Il menacera la capitale. L’invertébré, aveugle, remue l’esprit
du fonctionnaire. Dans un délire totale, le fonctionnaire met en avant
le mal-être de toute une société. Il n’a pas de nom. C’est voulu.
Beaucoup peuvent s’identifier et d’autres en reconnaître beaucoup aussi.
Pari gagné pour l’équipe que forme l’Association arc en ciel qui a
chacune de ses prestations s’en tire avec plusieurs rappels du public.
Et du public, il y en a de plus en plus.
L’Escargot entêté , tous les mardi et mercredi au Bois-des- Arcades,
prix du billet 200 et 300 DA.
S. H.
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