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Jusqu’où peut aller Belkhadem pour garder son poste
de chef du gouvernement ?
Jusqu’à prendre une carte du RND !
Un jeune qui se coupe le kiki à Bordj-Bou-Arréridj. Des manifestants qui
s’automutilent au rasoir devant le siège d’une wilaya en Kabylie. Des barques
pourries pour aller nourrir le poisson ou engraisser les propriétaires terriens
espagnols, italiens ou français en main-d’œuvre facile et à vil prix. Des
enseignants et des médecins grévistes qui se font charger à coups de matraque
par les troupes antiémeutes. Des demandeurs de logement qui s’aspergent
d’essence et s’immolent sur la place publique. Une ville de l’Oranie, Gdyel,
réduite en cendres par ses habitants, en quelques petites heures. Deux
communautés religieuses qui s’affrontent jusqu’à la mort dans la région de
Ghardaïa. Des champs clandestins de pavot qui poussent à l’ombre des dunes
d’Adrar. Une industrie du kidnapping d’enfants. Une industrie du kidnapping de
leurs parents. Une industrie du kidnapping des industriels. Une industrie du
kidnapping des entrepreneurs. Des kidnappeurs de touristes étrangers qui passent
et repassent la frontière au gré de leurs bivouacs et de leur business de la
rançon. Ce pays, notre pays est en train de foutre le camp ! Une dérive qui n’a
rien de lent. Une dérive accélérée vers le crash. Et pendant ce temps-là, vous
recevez des SMS sur vos portables vous invitant à mesurer toute l’importance de
l’opération de recensement général entamée il y a quelques heures. Et pendant ce
temps-là, les autorités fêtent Youm El Ilm. Et pendant ce temps-là, les
responsables de la téléphonie mobile confirment que l’option de la 3G a été
retenue. Et pendant ce temps-là, le P-dg de Sonatrach annonce de nouvelles
découvertes de gisements de pétrole et de gaz. Et pendant ce temps-là, Chakib
Khelil, ministre du pétrole à 115 dollars, inaugure tout sourire dehors un
nouveau siège de Sonatrach à Oran. Et pendant ce temps-là, nos dirigeants
éclairés s’enorgueillissent de la signature imminente d’un accord avec la Suisse
dans le domaine du nucléaire civil. A Bordj, un jeune de 24 ans, issu d’une
famille de chômeurs, se coupe le zizi pour dire qu’il ne se sent plus homme à
rester comme ça sans job. En Kabylie, des jeunes, pas plus âgés que celui de
Bordj, se balafrent le corps à coups de lame Gilette et pissent le sang sur les
perrons marbrés des wilayas autistes. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je
n’ai même pas le courage de rajouter un mot, une phrase à ce tableau d’une
Algérie dont le premier responsable aspire au prix Nobel de la paix. La seule
chute possible, vous la connaissez : je fume du thé et je reste éveillé à ce
cauchemar qui continue.
H. L.
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