jeudi 08 mai 2008
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Actualités : À UN AN DE L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE
La Tunisie bouge


Depuis le 5 janvier, le bassin minier de Gafsa est le théâtre d’une véritable émeute citoyenne et sociale. Des dizaines de milliers de travailleurs, de jeunes diplômés et non diplômés, de femmes veuves de mineurs manifestent depuis le mois de janvier sans interruption pour une revalorisation des salaires des mineurs, du travail pour les chômeurs, notamment les jeunes diplômés, l’éducation et l’amélioration des conditions de vie ( pollution des eaux, électrification, routes…).
De Tunis, Hassane Zerrouky
Et ce, malgré un déploiement sans précédent des forces de police et des arrestations par centaines de jeunes et de syndicalistes. Selon le journal arabophone Al Badil, organe en ligne du PCOT (Parti communiste ouvrier de Tunisie), des familles des villes de Redeyef, Métlaoui, Oum-El-Arayess, Gafsa où se sont déroulés ces évènements, ont fuit la répression « vers l’Algérie et se trouvent dans le dénuement le plus total». Evènement inédit en Tunisie : à la suite de manifestations de centaines de femmes et de parents de détenus dans cette région, le gouvernement a été contraint de faire marche arrière et de libérer les détenus. Certains syndicalistes, battus, à leur tête Adnane Hajji, sont sortis de prison, dans un piteux état, mais accueillis comme des héros par les populations de la région. Sur ces évènements, le régime tunisien a imposé un black-out total. La presse aux ordres n’en a pas parlé. Seul l’hebdomadaire arabophone Al Mawkif, organe du Parti progressiste démocratique (P-DP), dirigé par Mme Maya Jbiri et Al Mouatinoune, organe du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) ont osé informer de la situation. De plus, Al Mawkif a fait l’objet, sans la moindre explication, de quatre saisies. Bien qu’imprimé, il est de plus interdit de distribution, contraignant ses journalistes et salariés à une vente militante en pleine avenue Bourguiba, et ce, le jour même de la visite d’Etat de Nicolas Sarkozy. Et bien que ce soit un parti légal, en conformité avec la loi, le P-DP est l’objet d’une nouvelle cabale politico-policière : en plus de la fermeture des sièges de plusieurs de ses fédérations régionales, les autorités cherchent à le contraindre au silence. En effet, le contrat de location du siège du parti à Tunis est l’objet d’une annulation par le propriétaire des lieux ! Ajoutons que la Tunisie a aussi ses «harraga» : 27 jeunes ont péri récemment, noyés, au large des côtes tunisiennes ! En plus de ces faits, pas un jour ne passe sans que les militants des droits de l’Homme et démocrates soient harcelés, provoqués par des «voyous», molestés en pleine rue ou tout simplement interdits de travailler. L’avocate Radhia Nasraoui, qui défend les démocrates et journalistes comme Slim Boudkhir, correspondant du journal londonien Al Quds al-Arabi, condamné à un an de prison ferme en décembre 2007, en sait quelque chose. Sa voiture, une vieille Golf, est dans un triste état : rétroviseurs cassés, y compris celui de l’intérieur, afin, lui a expliqué un policier, qu’elle ne puisse voir «qui la suit»… Son domicile est sous surveillance quasipermanente. Qui plus est, elle est accusée par la presse aux ordres de travailler pour son mari, le militant de gauche, Hama Hammami, qualifié pour l’occasion de… proxénète ! Or, il se trouve que ce dernier, viré de la fonction publique en raison de ses activités militantes, se voit non seulement refuser du travail, mais est en plus l’objet d’une interdiction de fait de sortie du territoire tunisien : les autorités, sous divers prétextes, refusent de lui renouveler son passeport. Tewfik Ben Brik subit de nouveau des tracasseries policières. Sihem Besdrinne, la militante féministe, et d’autres militantes femmes, sont régulièrement insultées dans la presse aux ordres. Elles sont traitées d’homosexuelles, voire de prostituées… Se greffe à cette situation, l’interdiction de tenue du congrès de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH). De telles méthodes n’ont guère découragé le combat des démocrates. Ils multiplient les initiatives et alertent une opinion lassée par des méthodes d’un autre temps. L’université a connu des mouvements sociaux. Même au sein du parti au pouvoir, le RCD ( Rassemblement constitutionne démocratique), des voix commencent à s’élever prônant une ouverture politique. «Aujourd’hui, la peur a reculé. Les Tunisiens ne demandent pas la lune, explique Hama Hammami, mais une juste répartition des fruits de la croissance, des emplois et des salaires décents». Car en dépit d’un taux de chômage élevé (14,5%), la Tunisie connaît une croissance soutenue de l’ordre de 5% par an mais qui ne profite pas à tous. Le revenu moyen par habitant ( 2100 euros) a augmenté mais la pauvreté a progressé. «Ce pays, visité par 7 millions de touristes par an, a pourtant des atouts : un peuple éduqué, des diplômés de haut niveau, un statut de la femme sans équivalent dans le monde arabe et musulman, des infrastructures développées… De ce fait, le développement économique doit aller de pair avec la démocratie et la liberté d’expression, et non l’inverse», explique un membre du PDP. C’est pourtant dans ce pays que s’est rendu en visite d’Etat Nicolas Sarkozy pour affirmer que «l’espace des libertés progresse», allant jusqu’à affirmer que la presse est «bien sévère» avec le régime de Ben Ali. «La Tunisie, a-t-il asséné, n’est pas la Corée du Nord». Un discours qui n’a pas surpris les militants avertis. «Aux yeux du président français, la vente de 15 Airbus, de l’énergie nucléaire et autres contrats conclus comptent assurément plus que la défense des droits de l’Homme», assure une responsable de l’Association des femmes démocrates tunisiennes. «Cette fermeture des espaces d’expression fait le jeu du salafisme», tonne Hama Hammami qui ajoute : «Chômage et pauvreté aidant, faute de perspectives, fermeture des Maisons de la culture et absence de libertés, font que de plus en plus de jeunes se réfugient dans le salafisme diffusé par les télés du Golfe». En effet, le hidjab et le kamis progressent dans les quartiers populaires…
H. Z.

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