Périscoop : BAZOOKA
Entre conversion et prosélytisme
PAR MOHAMED BOUHAMIDI
mbouhamidi2001@yahoo.fr


Un lecteur m’a indiqué, à juste titre, que je n’ai pas traité du prosélytisme des évangélistes et que cette lacune due à l’espace de cette chronique, laisse dans l’ombre des aspects importants de la question. Disons, en bref, que tout contact permanent entre hommes de religions différentes provoque des conversions «naturelles ».
Un chrétien ou un musulman peut trouver dans la religion de l’autre des principes, des pratiques, des propositions qui l’attirent pour une raison ou une autre. Les mariages sont souvent l’occasion de conversion. Mais plus profondément une conversion permet un apaisement, une sérénité, une découverte de soi et d’une relation à Dieu plus conforme à ses besoins. Ces conversions émanent d’une dynamique interne aisée et soutenue par des contacts et des échanges. Elles sont «naturelles» et inévitables, répétons-le, dans toute zone de contact des religions. Dans ce cas, le converti «va» vers sa nouvelle foi, on ne l’y amène pas. Le prosélytisme, c’est tout à fait autre chose. C’est un acte militant qui consiste à ramener les autres à la foi en les travaillant sur tous les terrains qui permettent d’atteindre ce but : difficultés psychologiques, détresse sociale, perte de repères, dépression, etc. C’est souvent un travail au corps. Bien sûr ce travail ne peut être le fait que de gens convaincus de posséder la vérité, la «vraie religion» et envoyés en mission par Dieu pour le faire connaître. Pour eux, le monde est un lieu de lutte entre le Bien et le Mal, les lumières et les ténèbres, les anges et les démons, et ils doivent participer à cette lutte pour amener la consécration du règne terrestre de Dieu. Tous les hommes qui ne sont pas dans leur foi sont les proies du diable et ils ne peuvent eux-mêmes atteindre ce règne de Dieu que si se termine cette lutte. Ils sont dans une logique de lutte et sont convaincus de se battre pour ce règne de Dieu. L’ennui est que le venue de ce règne passe par la conversion des autres. De tous les autres. Ou de leur défaite, leur extermination. Le prosélytisme est une action réfléchie, planifiée, avec ses méthodes, ses évaluations, ses adaptations successives, son acharnement, la recherche des points faibles, etc. Les évangélistes vivent dans un monde devenu irréel mais obsessionnel : il faut à tout prix réaliser la parole de la Bible. Dans cette irréalité, les hommes et les pays ne sont plus des hommes ou des pays mais des incarnations du Mal ou du Bien. La guerre menée au Mal est une guerre menée à Satan. Vous trouvez normal que H. Clinton parle de rayer l’Iran de la carte du monde sans que personne réagisse à une promesse d’holocauste, de génocide ? Rayer de la carte des dizaines de millions d’hommes et cela passe comme une lettre à la poste ? Mais l’Iran et les Iraniens n’existent pas ou n’existent plus comme réalité humaine dans leur tête mais comme une création diabolique ! Les évangélistes vivent dans la négation du monde réel et dans la classification surnaturelle des différences sociales, culturelles, politiques ou culturelles dans les deux camps opposés. Bien sûr, pour eux, toute conversion est un ticket acquis pour le Paradis. Mais ce n’est pas l’entrée du Paradis et il faut encore couvrir la distance qui mène à ses portes. Ils doivent chaque fois donner plus, consentir plus, prouver plus, confirmer plus la conversion par une vie consacrée à la lutte du Bien. Dans leur postulat de base, nous ne sommes que face à une alternative : nous convertir ou flamber en enfer, entrer dans leur vision de l’homme ou finir dans la damnation terrestre ou céleste. Le prosélytisme est bien vécu comme un acte de guerre contre le mal que nous incarnons et n’a rien à voir avec ces conversions, inévitables, redisons-le, mais naturelles et normales. Mais le plus important est de comprendre la visée de domination des évangélistes. Ils portent une idéologie impérialiste digne des errements de Christophe Colomb. Pas plus que celle qui a mené au génocide des Indiens et des habitants des îles «découvertes » par le navigateur choqué de trouver des hommes nus sur son chemin et qu’il a mis à mort. Au nom de sa foi et de son ardeur évangélisatrice avant la lettre.
M. B.

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