lundi 09 juin 2008
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Corruptions : À QUAND LE LIBRE ACCÈS À L’INFORMATION ?
Briser la loi du silence imposée par le gouvernement


«Toute personne a le droit à la liberté d’opinion et d’expression ; ce droit doit inclure la liberté d’obtenir, de recevoir et de transmettre des informations et des idées quelles qu’elles soient, sans qu’il existe de frontières.» Article 19 de la Convention internationale des droits civils et politiques.
Si l’action des gouvernements avait toujours été transparente, le libre accès à l’information pour tous ne poserait alors aucun problème. Livrer une information qui ne ternit pas l’image d’un gouvernement ne soulève pas de problème. En revanche, lorsqu’il s’agit d’une image négative, cela est beaucoup plus problématique. Quand l’information est embarrassante, les hommes politiques ou le corps administratif sont très souvent tentés de refuser l’accès à l’information ou du moins de le rendre difficile. Dans le contexte des pays non démocratiques, comme l’Algérie, la loi du silence ou «omerta» au sein du pouvoir est couramment pratiquée pour favoriser la corruption. Ceux qui ne s’y soumettent pas sont marginalisés, parfois humiliés et exclus. D’ailleurs, les gouvernements ont tendance à favoriser les décisions discrétionnaires, ce qui va à l’encontre du principe de liberté de l’information. Cet environnement défavorable ne devrait pas décourager les initiatives pour un changement d’attitude permettant un accès à l’information plus libre pour le public comme pour les médias.
Combattre la censure et les intimidations
Plusieurs facteurs interviennent pour réduire le rôle et la portée de la liberté d’expression et de l’information dans la lutte contre la corruption en Algérie. Parmi ces éléments il y a lieu de citer :
• la fragilité et l’instabilité économique des médias, le manque de liberté, l’accès difficile à l’information, le monopole des médias publics dans certains cas, etc.
• la censure et l’intimidation sont des pratiques habituelles. Elles entraînent souvent le développement d’une culture qui repose inconsciemment sur l’autocensure. Mais malgré l’existence d’un environnement non favorable à la liberté de la presse en Algérie, il existe des expériences variées et prometteuses. Hormis quelques exceptions, le développement d’une opinion publique active dans le champ social est encore au stade de projet. Des citoyens bien informés, conscients de leurs droits et disposés à les défendre forment un des piliers du système national d’intégrité qui reste à construire. Par contre, une population ignorante de ses droits et résignée constitue un terrain propice à la prolifération de la corruption.
Consacrer le droit à l’information
Le droit à l’information a été consacré par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ainsi que dans l’article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Toute entrave à ce droit met en péril les droits fondamentaux des citoyens, notamment leurs choix électoraux et politiques, et engendre un climat de méfiance entre la base et le sommet. Le droit à l’information est lié de façon indissociable à la responsabilité du gouvernement, qui est au cœur d’un système politique démocratique. Il est impossible d’établir une capacité à s’informer de la part des citoyens, de la presse comme du Parlement, si les activités du gouvernement et le processus de prise de décision sont dissimulés au public. Dans nombre de pays, beaucoup plus avancés démocratiquement que l’Algérie, d’autres mécanismes existent au sein de l’appareil gouvernemental, comme le Parlement, les tribunaux ou les instances d’arbitrage qui peuvent contrôler les abus de pouvoir de l’Exécutif. Mais pour que ceux-ci soient efficaces, l’accès à l’information est impératif. Étant donné qu’il est fondamental de reconnaître ce droit, quelles sont alors les meilleures façons de garantir qu’il soit librement exercé ?
Lancer des initiatives citoyennes
D’un pays à un autre, les moyens et les instruments pour que les citoyens accèdent à l’information diffèrent. Des expériences originales se développent ici et là, liées aux conditions socioculturelles particulières. C’est ainsi que dans différents pays ont été mis en place des bureaux d’information des citoyens, à l’initiative notamment d’associations et d’ONG. Pour apporter un soutien aux citoyens ordinaires, parfois aux prises avec des problèmes mineurs mais ennuyeux, des organisations de la société civile ont mis en place des bureaux où les citoyens peuvent obtenir gratuitement des conseils et une assistance relative à la façon de traiter avec l’administration et les organismes gouvernementaux (par exemple dans des domaines comme le logement, les allocations et les prestations sociales, etc.) et à la prise en compte de leurs droits en général. Quoique, dans certains pays, ces bureaux de conseil aux citoyens soient subventionnés par les gouvernements ou des donateurs, ils gardent en général leur indépendance afin d’être reconnus comme offrant des services justes et impartiaux. Dans certains cas, ils distribuent une grande variété de brochures publiées par le gouvernement, tandis que d’autres produisent leurs propres dépliants. En règle générale, l’information fournie concerne les services publics disponibles, les façons d’y accéder, les manières de porter plainte, les moyens d’obtenir réparation, etc. En plus de l’offre de services d’information et d’assistance aux citoyens, ces bureaux donnent aussi au gouvernement des conseils précieux quant au développement des services et aux plaintes les plus fréquentes des citoyens, établissant ainsi pour le gouvernement une voie de communication utile. Même si certains bureaux donnent des conseils sur la façon de «tirer la sonnette d’alarme» et, pour la plupart d’entre eux, sur la manière de déposer une plainte, rares sont ceux qui agissent à la place des citoyens lorsque ceux-ci désirent obtenir réparation d’un préjudice.
Djilali Hadjadj

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