«Toute personne a le droit à la liberté d’opinion et d’expression ; ce droit doit inclure la liberté d’obtenir, de recevoir et de transmettre des informations et des idées quelles qu’elles soient, sans qu’il existe de frontières.» Article 19 de la Convention internationale des droits civils et politiques. Si l’action des gouvernements avait toujours été transparente, le
libre accès à l’information pour tous ne poserait alors aucun problème.
Livrer une information qui ne ternit pas l’image d’un gouvernement ne
soulève pas de problème. En revanche, lorsqu’il s’agit d’une image
négative, cela est beaucoup plus problématique. Quand l’information est
embarrassante, les hommes politiques ou le corps administratif sont très
souvent tentés de refuser l’accès à l’information ou du moins de le
rendre difficile. Dans le contexte des pays non démocratiques, comme
l’Algérie, la loi du silence ou «omerta» au sein du pouvoir est
couramment pratiquée pour favoriser la corruption. Ceux qui ne s’y
soumettent pas sont marginalisés, parfois humiliés et exclus.
D’ailleurs, les gouvernements ont tendance à favoriser les décisions
discrétionnaires, ce qui va à l’encontre du principe de liberté de
l’information. Cet environnement défavorable ne devrait pas décourager
les initiatives pour un changement d’attitude permettant un accès à
l’information plus libre pour le public comme pour les médias.
Combattre la censure et les intimidations
Plusieurs facteurs interviennent pour réduire le rôle et la portée
de la liberté d’expression et de l’information dans la lutte contre la
corruption en Algérie. Parmi ces éléments il y a lieu de citer :
• la fragilité et l’instabilité économique des médias, le manque de
liberté, l’accès difficile à l’information, le monopole des médias
publics dans certains cas, etc.
• la censure et l’intimidation sont des pratiques habituelles. Elles
entraînent souvent le développement d’une culture qui repose
inconsciemment sur l’autocensure. Mais malgré l’existence d’un
environnement non favorable à la liberté de la presse en Algérie, il
existe des expériences variées et prometteuses. Hormis quelques
exceptions, le développement d’une opinion publique active dans le champ
social est encore au stade de projet. Des citoyens bien informés,
conscients de leurs droits et disposés à les défendre forment un des
piliers du système national d’intégrité qui reste à construire. Par
contre, une population ignorante de ses droits et résignée constitue un
terrain propice à la prolifération de la corruption.
Consacrer le droit à l’information
Le droit à l’information a été consacré par la Déclaration
universelle des droits de l’homme de 1948 ainsi que dans l’article 9 de
la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Toute entrave
à ce droit met en péril les droits fondamentaux des citoyens, notamment
leurs choix électoraux et politiques, et engendre un climat de méfiance
entre la base et le sommet. Le droit à l’information est lié de façon
indissociable à la responsabilité du gouvernement, qui est au cœur d’un
système politique démocratique. Il est impossible d’établir une capacité
à s’informer de la part des citoyens, de la presse comme du Parlement,
si les activités du gouvernement et le processus de prise de décision
sont dissimulés au public. Dans nombre de pays, beaucoup plus avancés
démocratiquement que l’Algérie, d’autres mécanismes existent au sein de
l’appareil gouvernemental, comme le Parlement, les tribunaux ou les
instances d’arbitrage qui peuvent contrôler les abus de pouvoir de
l’Exécutif. Mais pour que ceux-ci soient efficaces, l’accès à
l’information est impératif. Étant donné qu’il est fondamental de
reconnaître ce droit, quelles sont alors les meilleures façons de
garantir qu’il soit librement exercé ?
Lancer des initiatives citoyennes
D’un pays à un autre, les moyens et les instruments pour que les
citoyens accèdent à l’information diffèrent. Des expériences originales
se développent ici et là, liées aux conditions socioculturelles
particulières. C’est ainsi que dans différents pays ont été mis en place
des bureaux d’information des citoyens, à l’initiative notamment
d’associations et d’ONG. Pour apporter un soutien aux citoyens
ordinaires, parfois aux prises avec des problèmes mineurs mais ennuyeux,
des organisations de la société civile ont mis en place des bureaux où
les citoyens peuvent obtenir gratuitement des conseils et une assistance
relative à la façon de traiter avec l’administration et les organismes
gouvernementaux (par exemple dans des domaines comme le logement, les
allocations et les prestations sociales, etc.) et à la prise en compte
de leurs droits en général. Quoique, dans certains pays, ces bureaux de
conseil aux citoyens soient subventionnés par les gouvernements ou des
donateurs, ils gardent en général leur indépendance afin d’être reconnus
comme offrant des services justes et impartiaux. Dans certains cas, ils
distribuent une grande variété de brochures publiées par le
gouvernement, tandis que d’autres produisent leurs propres dépliants. En
règle générale, l’information fournie concerne les services publics
disponibles, les façons d’y accéder, les manières de porter plainte, les
moyens d’obtenir réparation, etc. En plus de l’offre de services
d’information et d’assistance aux citoyens, ces bureaux donnent aussi au
gouvernement des conseils précieux quant au développement des services
et aux plaintes les plus fréquentes des citoyens, établissant ainsi pour
le gouvernement une voie de communication utile. Même si certains
bureaux donnent des conseils sur la façon de «tirer la sonnette
d’alarme» et, pour la plupart d’entre eux, sur la manière de déposer une
plainte, rares sont ceux qui agissent à la place des citoyens lorsque
ceux-ci désirent obtenir réparation d’un préjudice.
Djilali Hadjadj
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