lundi 09 juin 2008
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Sports : FOOTBALL
LE GROUPE «C» OUVRE AVEC UN CHOC ET UN INÉDIT
Les «Latinos» débarquent en Suisse


L’Euro-2008 entamé samedi prendra dès aujourd’hui un accent latin avec l’entrée en lice des sélections de la rive sud du Vieux Continent, la France et l’Italie, qui auront en face les talentueux footballeurs roumains et les Oranje Mécanique des Pays-Bas. Deux matches qui promettent malgré le fait que ces quatre sélections vont subir, à différents degrés, les aléas d’une compétition qui intervient à la fin d’une saison harassante. Des incertitudes planent sur la participation de nombreuses vedettes notamment côté français où le sélectionneur ne savait pas s’il pouvait présenter ses deux cadres, Vieira et Henry. Son homologue batave devrait se priver de Arjen Robben, Melchiot et Van Persie. La Squadra Azzura de Donadoni abordera cet Euro-2008 sans sa tour de contrôle, Fabio Canavarro alors que l’autre pièce maîtresse de la défense, Christian Panucci, est incertaine. Pourtant, il en restera du beau monde pour régaler spectateurs et téléspectateurs.

PAYS-BAS- ITALIE (STADE DE SUISSE À BERNE, 19H45)
Dans le vif du sujet

Gagner son premier match pour ne pas être d'ores et déjà au pied du mur, c'est évidemment l'ambition de toutes les équipes à l'Euro-2008, mais c'est un peu plus vrai encore pour les Pays-Bas et l'Italie, qui s'offrent le premier choc du «groupe de la mort» (Gr.C),ce soir à Berne.

Dans une compétition aussi relevée que l'Euro, où la cadence des rencontres — une tous les quatre jours — n'autorise pas de répit, il est vivement recommandé de ne pas s'incliner d'entrée. Et c'est particulièrement vrai lorsqu'une poule rassemble le champion du monde (Italie), le vice-champion du monde (France), un géant européen (Pays-Bas) et un outsider ambitieux (Roumanie). Aujourd’hui, peu après que la France et la Roumanie se seront expliquées à Zurich, Azzurri et Oranje se retrouvent à 19h45 dans la capitale helvète. Avant d'en découdre, ceux-ci partagent une interrogation commune : comment vont-ils se comporter en l'absence de joueurs clés ? Côté néerlandais, Marco van Basten doit en effet faire sans Robben, touché aux adducteurs, tandis que Van Persie est en manque de rythme. Et dans un schéma où les deux ailiers, deux concentrés d'explosivité, doivent servir l'unique attaquant de pointe, Ruud van Nistelrooy, ces absences «sont un énorme coup dur», selon le sélectionneur. Côté italien, l'absence de Cannavaro — qui est lui forfait pour l'ensemble de l'épreuve — est du même acabit. Privée de son capitaine et Ballon d'or 2006, la défense italienne est orpheline. Face aux Pays-Bas, l'axe Barzagli- Materazzi probablement aligné sera ainsi très observé. S'il n'a jamais déçu dans les matches qui comptent, le premier a cependant toujours été «chaperonné» par Cannavaro, tandis que l'état de forme du second laisse dubitatif après une saison très moyenne.
Scénario cauchemar
Van Nistelrooy devrait en tout cas mettre rapidement les deux hommes à l'ouvrage. Mais cela n'empêche pas le buteur du Real Madrid de redouter un scénario cauchemar: «Nous consacrons toute notre énergie à l'attaque, ils défendent le 0-0. Puis ils marquent à la 80e minute et disent ‘‘arrivederci’’ (au revoir)». «Nous ne sommes pas une équipe de contres. Mais face à l'Italie, il faudra pourtant songer à défendre», avertit quant à lui Sneijder, qui redoute sûrement la ligne d'attaque italienne, composée de Toni, le meilleur buteur de Bundesliga (24 buts cette saison), et de deux ailiers très vifs, Camoranesi et Di Natale. Les Italiens partent de surcroît avec un ascendant psychologique : cela fait 30 ans qu'ils sont devenus les bêtes noires des Bataves (6 victoires et 2 nuls depuis 1978). Aux Pays-Bas, le souvenir du dernier match entre les deux nations à l'Euro demeure très vivace : le 29 juin 2000 à Amsterdam, les Italiens s'étaient qualifiés pour la finale aux tirs au but (0-0, 3 t.a.b. à 1), au terme d'un match «fou» pendant lequel les Néerlandais avaient raté deux penaltys et tiré sur la barre contre un adversaire qui avait pourtant été vite réduit à dix.

Van Nistelrooy, la sérénité retrouvée
L'attaquant néerlandais Ruud van Nistelrooy, critiqué aux Pays- Bas après des prestations indignes de son statut lors du Mondial-2006 puis un différend avec le sélectionneur Marco van Basten, assure avoir «retrouvé la sérénité» à l'entame de l'Euro-2008. «Je suis mieux dans mes “godasses” qu'il y a deux ans. Beaucoup plus calme. Je sortais d'une période difficile à Manchester United, je manquais de confiance. Mais aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre : j'ai retrouvé mes sensations», explique à l'AFP le buteur qui fêtera ses 32 ans le 1er juillet. Auteur d'un seul but lors du Mondial allemand il y a deux ans, «Van Gol» s'était ensuite disputé avec Van Basten. L'attaquant réclamait la garantie d'une place de titulaire que l'entraîneur ne voulait plus lui promettre. Résultat : une mise au ban de plus d'un an jusqu'à l'été 2007. Le retour en grâce de l'attaquant s'opéra sur les terrains d'Espagne. Transféré en juin 2006 de Manchester au Real Madrid, Van the Man décroche le titre de Pichichi (meilleur buteur du championnat d'Espagne) avec 25 buts dès sa première saison en Liga. Sous la pression des médias, de l'opinion et surtout des cadres de l'équipe néerlandaise, Van Basten réintègre son attaquant en sélection. «Nous ne pouvions pas nous passer plus longtemps d'un tel buteur», expliquera le gardien et capitaine Edwin van der Sar qui joua les intermédiaires entre le coach et le joueur. «Ce conflit est oublié», assure Van Nistelrooy qui concède toutefois entretenir depuis lors «des rapports purement professionnels» avec Van Basten. «Nous partageons tous les deux le même but et la même vision : tout faire pour remporter l'Euro. Il n'est pas nécessaire d'aller au resto ensemble pour faire du bon boulot», explique l'ancien joueur du PSV Eindhoven.Et Van Nistelrooy assure que ce boulot est bien fait. «Nos matches de préparation m'ont vraiment rassuré. Certes, nous manquons encore de constance mais, sur le plan offensif, nous sommes capables de très belles combinaisons», se réjouit le Madrilène qui se souvient «comme si c'était hier» du sacre européen des Pays-Bas en 1988 en Allemagne. «J'avais douze ans. Mon père m'avait emmené voir le match face à l'Irlande à Gelsenkirchen. C'est un souvenir inoubliable. Et le jour de la finale, il y avait une euphorie incroyable au pays», se remémore Van Nistelrooy. «Vingt ans ont passé. C'est long. Le temps est venu pour un nouveau succès. Nos supporteurs le méritent», conclut le buteur (31 buts en 61 sélections) de la formation Oranje. Ruud van Nistelrooy, qui doit affronter la concurrence de plus en plus vive de Klaas-Jan Huntelaar, l'attaquant qui monte au Plat pays, sait surtout que cet Euro est sa dernière occasion de s'illustrer en sélection. Lui qui a tout gagné en club mais dont le palmarès est toujours vierge sous le maillot orange.

GROUPE «D»
La Suède rêve d'une destinée grecque

Devenue une habituée des grands rendez-vous internationaux, la Suède veut passer à l'occasion de l'Euro-2008 à la vitesse supérieure et s'inspire pour cela de son premier adversaire du groupe D, la Grèce, qui avait surpris l'Europe du football il y a quatre ans. Pour la première fois de son histoire, la sélection suédoise va participer à sa cinquième phase finale consécutive d'un grand tournoi, après l'Euro-2000, le Mondial-2002, l'Euro-2004 et le Mondial-2006. Sous l'impulsion du sélectionneur Lars Lagerbäck, en place depuis 2000, les Suédois développent un football efficace qui leur a permis de terminer à la 2e place du groupe F lors des éliminatoires, derrière l'Espagne, mais qui ne fait guère d'étincelles, avec pour meilleur résultat un quart de finale en 2004 au Portugal. «Il faut être un peu plus intelligent que l'adversaire, rester compact et attaquer quand l'occasion se présente», a expliqué cette semaine Lagerbäck à Lugano (sud de la Suisse) pour résumer sa philosophie. Alors qu'il dispose de deux attaquants parmi les plus efficaces et renommés d'Europe, Henrik Larsson (95 sélections, 36 buts) et Zlatan Ibrahimovic (50 sélections, 18 buts), sans parler de Johan Elmander et de Markus Rosenberg, l'austère M. Lagerbäck ne va pas révolutionner son équipe, qui n'a pourtant marqué que deux buts en six sorties internationales en 2008. «Et pourquoi le ferait-il, s'est étonné le défenseur Mikael Nilsson, car nous sommes en termes de licenciés (250 000, NDLR) une petite nation européenne du football et pour sortir de ce groupe (qui comprend aussi l'Espagne et la Russie), il faut continuer à faire ce qu'on sait faire.»
Physique en défense
«L'exemple de la Grèce en 2004 l'a bien montré : ils se sont tenus à un schéma de jeu durant tout le tournoi et ils ont surpris tout le monde», a-t-il rappelé. Nilsson, qui défend les couleurs du Panathinaikos (1re div. grecque), ne voit pas beaucoup de différences entre Suédois et Grecs. «Notre jeu est similaire, très physique en défense et reposant sur la rapidité d'action en attaque. En termes de qualité des joueurs, c'est identique, cela va être du 50-50 mardi», a-t-il pronostiqué. Lagerbäck a de toute façon bien des questions à régler : après le forfait sur blessure d'Erik Edman, il va sans doute devoir aligner Mikael Nilsson au poste de latéral gauche, alors qu'il évolue côté droit normalement. Il y a aussi les incertitudes concernant Ibrahimovic et Tobias Linderoth, de retour de blessure. «Contre les Grecs, cela sera un match physique et je ne sais pas encore si «Ibra» et Linderoth peuvent jouer 90 minutes à ce niveau», a admis le sélectionneur dimanche. S'il n'a pas le charisme et la poigne d'un Otto Rehhagel, architecte des succès grecs, Lagerbäck a, avec Ibrahimovic, buteur prolifique en club mais paralysé lorsqu'il revêt le maillot jaune et bleu, un personnage digne d'une tragédie... grecque. Son dernier but en sélection remonte à octobre 2005.

 

C’est l'heure de «Toto» Di Natale

Les Italiens ont hâte d'entamer l'Euro-2008 face aux Pays-Bas lundi à Berne, et l'un d'entre eux plus encore que les autres, l'attaquant Antonio Di Natale, inconnu hors d'Italie car révélé tardivement, mais qui, à 30 ans, a tout pour être une des sensations de l'épreuve. A l'évocation des champions du monde, nul doute que les Néerlandais répondent Toni, Pirlo ou Buffon. Voilà donc qui fait bien peu de cas de celui que tous les Azzurri surnomment affectueusement «Toto». Il est vrai que le «petit» Napolitain (1,70 m) n'est pas une des stars de la Serie A, là où il défend les couleurs de l'Udinese depuis 2004 après cinq saisons passées au sein de la modeste équipe d'Empoli. Mais tout cela n'empêche pas Di Natale d'être un des hommes de base de la Nazionale (17 sélections/7 buts). Avec le latéral Panucci — qui pouvait déjà se prévaloir d'une longue histoire avec la sélection avant d'être rappelé en septembre —, il sera probablement le seul nonchampion du monde titulaire contre les Oranje. En fait, il est le symbole de l'équipe bâtie par Roberto Donadoni : Di Natale (4 sélections seulement entre 2002 et 2004), c'est «la» trouvaille du sélectionneur, la petite mais indispensable touche de sang neuf injectée au sein du groupe des vainqueurs du Mondial-2006. «Il (le sélectionneur) m'a accordé sa confiance, et cela m'a rempli d'orgueil. Il m'a fait sentir important, et moi, j'ai toujours cherché à ne pas le décevoir», expliquait-il fin mai lors du stage de préparation de la Nazionale à Florence. Au sein de l'attaque à trois, il est le dynamiteur du côté gauche. Sa vélocité, sa technique et son altruisme font mouche. En plus, il n'est pas maladroit devant le but, en témoigne son doublé, capital, inscrit contre l'Ukraine à Kiev (1-2) en septembre lors des qualifications de l'Euro. Aujourd'hui, Di Natale, conscient qu'il n'a plus de temps à perdre à déjà 30 ans, est dans une forme éclatante à l'heure d'aborder sa première grande compétition (en club, il n'a joué qu'une poignée de matches de Ligue des champions en 2005). Lors du dernier match de préparation contre la Belgique, il avait marqué deux buts en ne passant que la première période sur le terrain et, samedi, la très respectée Gazzetta dello Sport l'a classé comme le joueur le plus en forme des 23 avant les débuts de l'Euro. «Je suis parvenu au plus haut niveau un peu en retard. Maintenant que je joue un Euro, j'espère vraiment bien faire. C'est une occasion importante pour ma carrière», dit-il. «Je suis arrivé dans un groupe humble, nonobstant la victoire au Mondial. Mes coéquipiers ont immédiatement fait en sorte de m'intégrer et, désormais, je me sens un élément à part entière», poursuit-il, pas le moins du monde perturbé par le rappel in extremis pour l'Euro de Cassano et Del Piero, deux «cracks» qu'il a pourtant bel et bien relégués sur le banc. Aujourd'hui, Di Natale peut assurément être une des révélations du tournoi, un peu comme un autre attaquant italien qui, il y a 18 ans, était subitement sorti de l'anonymat pour terminer meilleur buteur du Mondial- 90 : Salvatore Schillaci. Comme un signe, il était surnommé «Toto».

FRANCE - ROUMANIE (AU «LETZIGRUND» DE ZURICH, À 17H)
Une question de statut

Le premier match de la France à l'Euro-2008 contre la Roumanie, cet après-midi à Zurich, se résume à une question de statut entre des Bleus, qui doivent assumer leur rôle de favoris, même sans Patrick Vieira, et des Roumains, vexés par leur étiquette d'outsider du groupe C.

Aujourd'hui, 12 des 16 sélectionneurs engagés à l'Euro voient la France aller au bout, dans le sillage de ses nouvelles stars, Franck Ribéry et Karim Benzema. La réalité est bien sûr plus complexe. Aujourd’hui, les Bleus devront prouver que leur vécu depuis le Mondial-2006 et leur organisation à tiroirs (4-4-2 à plat, milieu en losange, 4-2-3- 1) peut leur permettre d'atteindre la finale, le 29 juin à Vienne. En dehors du statut, il sera aussi question d'absences, attendues ou impromptues. Les double champions d'Europe (1984, 2000) abordent ce tournoi sans Zidane, le «magnifique» du Mondial- 1998, le «maudit» du Mondial-2006. La vie sans «Zizou» s'est écrite en douceur depuis le 16 août 2006 en Bosnie (succès 2-1 en amical), première étape avant les qualifications à l'Euro. Il n'y a donc pas de peur du vide liée à Zidane, mais l'angoisse est là avec Vieira. Le mur porteur des Bleus se remet d'une déchirure à la cuisse gauche et est d'ores et déjà forfait contre la Roumanie. L'encadrement des Bleus se donne jusqu'au matin du match pour décider s'il garde ou non «Pat» (105 sélections) pour la suite dans ce «groupe de la mort», complété par l'Italie et les Pays- Bas.
Frustration

Le joueur de l'Inter Milan a repris l'entraînement depuis jeudi en Suisse. Mais le sélectionneur français, Raymond Domenech, a été clair : il ne le prendra que s'il est à 100% de ses moyens. Flamini a été rappelé en renfort en tant que 24e homme, en cas de forfait définitif du capitaine. Aujourd’hui, en tout cas, c'est Toulalan, 24 ans et 13 sélections, qui épaulera Makelele. Au cas Vieira s'est greffé récemment celui de l'attaquant Thierry Henry, ménagé depuis trois entraînements pour des «coups reçus». D'autres questions attendent leurs réponses aujourd’hui. Thuram et Sagnol ont-ils assez de matches dans les jambes après des saisons tronquées ? Abidal reste-t-il le choix numéro un à gauche en dépit de la concurrence d'Evra ? Loin de ces interrogations, les Roumains ruminent leur frustration. Tout le monde a oublié qu'ils ont fini en tête de leur groupe de qualification (Gr.G) pour l'Euro, devant les Pays-Bas. Contre les Oranje, les hommes de Victor Piturca ont d'ailleurs glané en qualifications une victoire (1-0) et un nul (0-0). Beaucoup d'équipes auraient aimé en faire autant. C'est dans cette frustration que les Roumains vont sans doute puiser cette «motivation » dont parle Piturca comme d'un carburant pour ses joueurs. Mutu, son attaquant vedette, a d'ailleurs confié à son partenaire de la Fiorentina, Sébastien Frey, gardien remplaçant des Bleus, qu'il espérait laisser «une trace dans cet Euro».

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