L’Euro-2008 entamé samedi prendra dès aujourd’hui un accent latin avec l’entrée en lice des sélections de la rive sud du Vieux Continent, la France et l’Italie, qui auront en face les talentueux footballeurs roumains et les Oranje Mécanique des Pays-Bas. Deux matches qui promettent malgré le fait que ces quatre sélections vont subir, à différents degrés, les aléas d’une compétition qui intervient à la fin d’une saison harassante. Des incertitudes planent sur la participation de nombreuses vedettes notamment côté français où le sélectionneur ne savait pas s’il pouvait présenter ses deux cadres, Vieira et Henry. Son homologue batave devrait se priver de Arjen Robben, Melchiot et Van Persie. La Squadra Azzura de Donadoni abordera cet Euro-2008 sans sa tour de contrôle, Fabio Canavarro alors que l’autre pièce maîtresse de la défense, Christian Panucci, est incertaine. Pourtant, il en restera du beau monde pour régaler spectateurs et téléspectateurs.
PAYS-BAS- ITALIE (STADE DE SUISSE À BERNE, 19H45)
Dans le vif du sujet
Gagner son premier match pour ne pas être d'ores et déjà au pied du
mur, c'est évidemment l'ambition de toutes les équipes à l'Euro-2008,
mais c'est un peu plus vrai encore pour les Pays-Bas et l'Italie, qui
s'offrent le premier choc du «groupe de la mort» (Gr.C),ce soir à Berne.
Dans une compétition aussi relevée que l'Euro, où la cadence des
rencontres — une tous les quatre jours — n'autorise pas de répit, il est
vivement recommandé de ne pas s'incliner d'entrée. Et c'est
particulièrement vrai lorsqu'une poule rassemble le champion du monde
(Italie), le vice-champion du monde (France), un géant européen
(Pays-Bas) et un outsider ambitieux (Roumanie). Aujourd’hui, peu après
que la France et la Roumanie se seront expliquées à Zurich, Azzurri et
Oranje se retrouvent à 19h45 dans la capitale helvète. Avant d'en
découdre, ceux-ci partagent une interrogation commune : comment vont-ils
se comporter en l'absence de joueurs clés ? Côté néerlandais, Marco van
Basten doit en effet faire sans Robben, touché aux adducteurs, tandis
que Van Persie est en manque de rythme. Et dans un schéma où les deux
ailiers, deux concentrés d'explosivité, doivent servir l'unique
attaquant de pointe, Ruud van Nistelrooy, ces absences «sont un énorme
coup dur», selon le sélectionneur. Côté italien, l'absence de Cannavaro
— qui est lui forfait pour l'ensemble de l'épreuve — est du même acabit.
Privée de son capitaine et Ballon d'or 2006, la défense italienne est
orpheline. Face aux Pays-Bas, l'axe Barzagli- Materazzi probablement
aligné sera ainsi très observé. S'il n'a jamais déçu dans les matches
qui comptent, le premier a cependant toujours été «chaperonné» par
Cannavaro, tandis que l'état de forme du second laisse dubitatif après
une saison très moyenne.
Scénario cauchemar
Van Nistelrooy devrait en tout cas mettre rapidement les deux hommes
à l'ouvrage. Mais cela n'empêche pas le buteur du Real Madrid de
redouter un scénario cauchemar: «Nous consacrons toute notre énergie à
l'attaque, ils défendent le 0-0. Puis ils marquent à la 80e minute et
disent ‘‘arrivederci’’ (au revoir)». «Nous ne sommes pas une équipe de
contres. Mais face à l'Italie, il faudra pourtant songer à défendre»,
avertit quant à lui Sneijder, qui redoute sûrement la ligne d'attaque
italienne, composée de Toni, le meilleur buteur de Bundesliga (24 buts
cette saison), et de deux ailiers très vifs, Camoranesi et Di Natale.
Les Italiens partent de surcroît avec un ascendant psychologique : cela
fait 30 ans qu'ils sont devenus les bêtes noires des Bataves (6
victoires et 2 nuls depuis 1978). Aux Pays-Bas, le souvenir du dernier
match entre les deux nations à l'Euro demeure très vivace : le 29 juin
2000 à Amsterdam, les Italiens s'étaient qualifiés pour la finale aux
tirs au but (0-0, 3 t.a.b. à 1), au terme d'un match «fou» pendant
lequel les Néerlandais avaient raté deux penaltys et tiré sur la barre
contre un adversaire qui avait pourtant été vite réduit à dix.
Van Nistelrooy, la sérénité retrouvée
L'attaquant néerlandais Ruud van Nistelrooy, critiqué aux Pays- Bas
après des prestations indignes de son statut lors du Mondial-2006 puis
un différend avec le sélectionneur Marco van Basten, assure avoir
«retrouvé la sérénité» à l'entame de l'Euro-2008. «Je suis mieux dans
mes “godasses” qu'il y a deux ans. Beaucoup plus calme. Je sortais d'une
période difficile à Manchester United, je manquais de confiance. Mais
aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre : j'ai retrouvé mes
sensations», explique à l'AFP le buteur qui fêtera ses 32 ans le 1er
juillet. Auteur d'un seul but lors du Mondial allemand il y a deux ans,
«Van Gol» s'était ensuite disputé avec Van Basten. L'attaquant réclamait
la garantie d'une place de titulaire que l'entraîneur ne voulait plus
lui promettre. Résultat : une mise au ban de plus d'un an jusqu'à l'été
2007. Le retour en grâce de l'attaquant s'opéra sur les terrains
d'Espagne. Transféré en juin 2006 de Manchester au Real Madrid, Van the
Man décroche le titre de Pichichi (meilleur buteur du championnat
d'Espagne) avec 25 buts dès sa première saison en Liga. Sous la pression
des médias, de l'opinion et surtout des cadres de l'équipe néerlandaise,
Van Basten réintègre son attaquant en sélection. «Nous ne pouvions pas
nous passer plus longtemps d'un tel buteur», expliquera le gardien et
capitaine Edwin van der Sar qui joua les intermédiaires entre le coach
et le joueur. «Ce conflit est oublié», assure Van Nistelrooy qui concède
toutefois entretenir depuis lors «des rapports purement professionnels»
avec Van Basten. «Nous partageons tous les deux le même but et la même
vision : tout faire pour remporter l'Euro. Il n'est pas nécessaire
d'aller au resto ensemble pour faire du bon boulot», explique l'ancien
joueur du PSV Eindhoven.Et Van Nistelrooy assure que ce boulot est bien
fait. «Nos matches de préparation m'ont vraiment rassuré. Certes, nous
manquons encore de constance mais, sur le plan offensif, nous sommes
capables de très belles combinaisons», se réjouit le Madrilène qui se
souvient «comme si c'était hier» du sacre européen des Pays-Bas en 1988
en Allemagne. «J'avais douze ans. Mon père m'avait emmené voir le match
face à l'Irlande à Gelsenkirchen. C'est un souvenir inoubliable. Et le
jour de la finale, il y avait une euphorie incroyable au pays», se
remémore Van Nistelrooy. «Vingt ans ont passé. C'est long. Le temps est
venu pour un nouveau succès. Nos supporteurs le méritent», conclut le
buteur (31 buts en 61 sélections) de la formation Oranje. Ruud van
Nistelrooy, qui doit affronter la concurrence de plus en plus vive de
Klaas-Jan Huntelaar, l'attaquant qui monte au Plat pays, sait surtout
que cet Euro est sa dernière occasion de s'illustrer en sélection. Lui
qui a tout gagné en club mais dont le palmarès est toujours vierge sous
le maillot orange.
GROUPE «D»
La Suède rêve d'une destinée grecque
Devenue une habituée des grands rendez-vous internationaux, la Suède
veut passer à l'occasion de l'Euro-2008 à la vitesse supérieure et
s'inspire pour cela de son premier adversaire du groupe D, la Grèce, qui
avait surpris l'Europe du football il y a quatre ans. Pour la première
fois de son histoire, la sélection suédoise va participer à sa cinquième
phase finale consécutive d'un grand tournoi, après l'Euro-2000, le
Mondial-2002, l'Euro-2004 et le Mondial-2006. Sous l'impulsion du
sélectionneur Lars Lagerbäck, en place depuis 2000, les Suédois
développent un football efficace qui leur a permis de terminer à la 2e
place du groupe F lors des éliminatoires, derrière l'Espagne, mais qui
ne fait guère d'étincelles, avec pour meilleur résultat un quart de
finale en 2004 au Portugal. «Il faut être un peu plus intelligent que
l'adversaire, rester compact et attaquer quand l'occasion se présente»,
a expliqué cette semaine Lagerbäck à Lugano (sud de la Suisse) pour
résumer sa philosophie. Alors qu'il dispose de deux attaquants parmi les
plus efficaces et renommés d'Europe, Henrik Larsson (95 sélections, 36
buts) et Zlatan Ibrahimovic (50 sélections, 18 buts), sans parler de
Johan Elmander et de Markus Rosenberg, l'austère M. Lagerbäck ne va pas
révolutionner son équipe, qui n'a pourtant marqué que deux buts en six
sorties internationales en 2008. «Et pourquoi le ferait-il, s'est étonné
le défenseur Mikael Nilsson, car nous sommes en termes de licenciés (250
000, NDLR) une petite nation européenne du football et pour sortir de ce
groupe (qui comprend aussi l'Espagne et la Russie), il faut continuer à
faire ce qu'on sait faire.»
Physique en défense
«L'exemple de la Grèce en 2004 l'a bien montré : ils se sont tenus à
un schéma de jeu durant tout le tournoi et ils ont surpris tout le
monde», a-t-il rappelé. Nilsson, qui défend les couleurs du
Panathinaikos (1re div. grecque), ne voit pas beaucoup de différences
entre Suédois et Grecs. «Notre jeu est similaire, très physique en
défense et reposant sur la rapidité d'action en attaque. En termes de
qualité des joueurs, c'est identique, cela va être du 50-50 mardi»,
a-t-il pronostiqué. Lagerbäck a de toute façon bien des questions à
régler : après le forfait sur blessure d'Erik Edman, il va sans doute
devoir aligner Mikael Nilsson au poste de latéral gauche, alors qu'il
évolue côté droit normalement. Il y a aussi les incertitudes concernant
Ibrahimovic et Tobias Linderoth, de retour de blessure. «Contre les
Grecs, cela sera un match physique et je ne sais pas encore si «Ibra» et
Linderoth peuvent jouer 90 minutes à ce niveau», a admis le
sélectionneur dimanche. S'il n'a pas le charisme et la poigne d'un Otto
Rehhagel, architecte des succès grecs, Lagerbäck a, avec Ibrahimovic,
buteur prolifique en club mais paralysé lorsqu'il revêt le maillot jaune
et bleu, un personnage digne d'une tragédie... grecque. Son dernier but
en sélection remonte à octobre 2005.
C’est l'heure de «Toto» Di Natale
Les Italiens ont hâte d'entamer l'Euro-2008 face aux Pays-Bas lundi à
Berne, et l'un d'entre eux plus encore que les autres, l'attaquant
Antonio Di Natale, inconnu hors d'Italie car révélé tardivement, mais
qui, à 30 ans, a tout pour être une des sensations de l'épreuve. A
l'évocation des champions du monde, nul doute que les Néerlandais
répondent Toni, Pirlo ou Buffon. Voilà donc qui fait bien peu de cas de
celui que tous les Azzurri surnomment affectueusement «Toto». Il est
vrai que le «petit» Napolitain (1,70 m) n'est pas une des stars de la
Serie A, là où il défend les couleurs de l'Udinese depuis 2004 après
cinq saisons passées au sein de la modeste équipe d'Empoli. Mais tout
cela n'empêche pas Di Natale d'être un des hommes de base de la
Nazionale (17 sélections/7 buts). Avec le latéral Panucci — qui pouvait
déjà se prévaloir d'une longue histoire avec la sélection avant d'être
rappelé en septembre —, il sera probablement le seul nonchampion du
monde titulaire contre les Oranje. En fait, il est le symbole de
l'équipe bâtie par Roberto Donadoni : Di Natale (4 sélections seulement
entre 2002 et 2004), c'est «la» trouvaille du sélectionneur, la petite
mais indispensable touche de sang neuf injectée au sein du groupe des
vainqueurs du Mondial-2006. «Il (le sélectionneur) m'a accordé sa
confiance, et cela m'a rempli d'orgueil. Il m'a fait sentir important,
et moi, j'ai toujours cherché à ne pas le décevoir», expliquait-il fin
mai lors du stage de préparation de la Nazionale à Florence. Au sein de
l'attaque à trois, il est le dynamiteur du côté gauche. Sa vélocité, sa
technique et son altruisme font mouche. En plus, il n'est pas maladroit
devant le but, en témoigne son doublé, capital, inscrit contre l'Ukraine
à Kiev (1-2) en septembre lors des qualifications de l'Euro.
Aujourd'hui, Di Natale, conscient qu'il n'a plus de temps à perdre à
déjà 30 ans, est dans une forme éclatante à l'heure d'aborder sa
première grande compétition (en club, il n'a joué qu'une poignée de
matches de Ligue des champions en 2005). Lors du dernier match de
préparation contre la Belgique, il avait marqué deux buts en ne passant
que la première période sur le terrain et, samedi, la très respectée
Gazzetta dello Sport l'a classé comme le joueur le plus en forme des 23
avant les débuts de l'Euro. «Je suis parvenu au plus haut niveau un peu
en retard. Maintenant que je joue un Euro, j'espère vraiment bien faire.
C'est une occasion importante pour ma carrière», dit-il. «Je suis arrivé
dans un groupe humble, nonobstant la victoire au Mondial. Mes
coéquipiers ont immédiatement fait en sorte de m'intégrer et, désormais,
je me sens un élément à part entière», poursuit-il, pas le moins du
monde perturbé par le rappel in extremis pour l'Euro de Cassano et Del
Piero, deux «cracks» qu'il a pourtant bel et bien relégués sur le banc.
Aujourd'hui, Di Natale peut assurément être une des révélations du
tournoi, un peu comme un autre attaquant italien qui, il y a 18 ans,
était subitement sorti de l'anonymat pour terminer meilleur buteur du
Mondial- 90 : Salvatore Schillaci. Comme un signe, il était surnommé
«Toto».
FRANCE - ROUMANIE (AU «LETZIGRUND» DE ZURICH, À 17H)
Une question de statut
Le premier match de la France à l'Euro-2008 contre la Roumanie, cet
après-midi à Zurich, se résume à une question de statut entre des Bleus,
qui doivent assumer leur rôle de favoris, même sans Patrick Vieira, et
des Roumains, vexés par leur étiquette d'outsider du groupe C.
Aujourd'hui, 12 des 16 sélectionneurs engagés à l'Euro voient la
France aller au bout, dans le sillage de ses nouvelles stars, Franck
Ribéry et Karim Benzema. La réalité est bien sûr plus complexe.
Aujourd’hui, les Bleus devront prouver que leur vécu depuis le
Mondial-2006 et leur organisation à tiroirs (4-4-2 à plat, milieu en
losange, 4-2-3- 1) peut leur permettre d'atteindre la finale, le 29 juin
à Vienne. En dehors du statut, il sera aussi question d'absences,
attendues ou impromptues. Les double champions d'Europe (1984, 2000)
abordent ce tournoi sans Zidane, le «magnifique» du Mondial- 1998, le
«maudit» du Mondial-2006. La vie sans «Zizou» s'est écrite en douceur
depuis le 16 août 2006 en Bosnie (succès 2-1 en amical), première étape
avant les qualifications à l'Euro. Il n'y a donc pas de peur du vide
liée à Zidane, mais l'angoisse est là avec Vieira. Le mur porteur des
Bleus se remet d'une déchirure à la cuisse gauche et est d'ores et déjà
forfait contre la Roumanie. L'encadrement des Bleus se donne jusqu'au
matin du match pour décider s'il garde ou non «Pat» (105 sélections)
pour la suite dans ce «groupe de la mort», complété par l'Italie et les
Pays- Bas.
Frustration
Le joueur de l'Inter Milan a repris l'entraînement depuis jeudi en
Suisse. Mais le sélectionneur français, Raymond Domenech, a été clair :
il ne le prendra que s'il est à 100% de ses moyens. Flamini a été
rappelé en renfort en tant que 24e homme, en cas de forfait définitif du
capitaine. Aujourd’hui, en tout cas, c'est Toulalan, 24 ans et 13
sélections, qui épaulera Makelele. Au cas Vieira s'est greffé récemment
celui de l'attaquant Thierry Henry, ménagé depuis trois entraînements
pour des «coups reçus». D'autres questions attendent leurs réponses
aujourd’hui. Thuram et Sagnol ont-ils assez de matches dans les jambes
après des saisons tronquées ? Abidal reste-t-il le choix numéro un à
gauche en dépit de la concurrence d'Evra ? Loin de ces interrogations,
les Roumains ruminent leur frustration. Tout le monde a oublié qu'ils
ont fini en tête de leur groupe de qualification (Gr.G) pour l'Euro,
devant les Pays-Bas. Contre les Oranje, les hommes de Victor Piturca ont
d'ailleurs glané en qualifications une victoire (1-0) et un nul (0-0).
Beaucoup d'équipes auraient aimé en faire autant. C'est dans cette
frustration que les Roumains vont sans doute puiser cette «motivation »
dont parle Piturca comme d'un carburant pour ses joueurs. Mutu, son
attaquant vedette, a d'ailleurs confié à son partenaire de la Fiorentina,
Sébastien Frey, gardien remplaçant des Bleus, qu'il espérait laisser
«une trace dans cet Euro».
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