mardi 17 juin 2008
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Sports : FOOTBALL
LE GROUPE C DEVRAIT SACRIFIER UN FAVORI, VOIRE DEUX
France-Italie-Roumanie : qui survivra au «groupe de la mort» ?


La France et l'Italie, adversaires aujourd’hui à Zurich, ainsi que la Roumanie, qui affronte les Pays-Bas, déjà qualifiés, à Berne, se disputeront aujourd’hui la deuxième place du groupe C, dit «de la mort», qui laissera l'un voire les deux finalistes du Mondial-2006 sur la touche.

Annoncé comme le choc du groupe, le match entre les champions du monde italiens en titre et leurs dauphins en 2006 sera le dernier du tournoi pour au moins l'une des deux équipes. Laminés par les Pays-Bas (défaite 3-0 pour les Italiens, 4-1 pour les Français), Bleus et Azzurri ne sont plus maîtres de leur destin : même en cas de succès, ils seront éliminés si les Roumains battent les Pays-Bas. Côté français, les principales incertitudes concernent la présence du milieu de terrain et capitaine Patrick Vieira dans le onze de départ ainsi que la composition de la défense, qui a pris l'eau face aux Néerlandais. Le sélectionneur français Raymond Domenech reconduira- t-il son arrière-garde ? En attaque, le tandem Henry-Benzema pourrait être aligné comme lors des matches de préparation. Les Italiens croient en leur bonne étoile après être passés tout près de l'élimination face aux Roumains (match nul 1-1). Le sélectionneur Roberto Donadoni devrait opter pour une stratégie offensive avec trois attaquants : Luca Toni, Antonio Cassano, Antonio Di Natale (ou Mauro Camoranesi). Pour les Roumains, l'équation est simple : s'ils gagnent, ils seront qualifiés. S'ils font match nul ou perdent, ils seront tributaires du résultat de France-Italie. Les Néerlandais, déjà qualifiés, savent eux qu'ils seront scrutés par les Français et les Italiens, qui craignent qu'ils ne laissent «filer» le match en alignant une équipe bis. Les hommes de l'entraîneur Marco van Basten, qui a annoncé vouloir aligner «la meilleure équipe possible» tout en considérant certains paramètres (joueurs avertis, fatigue), pourraient toutefois trouver une motivation supplémentaire en songeant à leur campagne de qualification : en deux rencontres, ils avaient concédé un nul (0-0) et une défaite (1-3) face aux Roumains.

FRANCE - ITALIE (19H45, À ZURICH)
Une «finale» pour rien ?

La France et l'Italie, finalistes du Mondial-2006 claudicants, se retrouvent aujourd’hui à Zurich pour une sorte de «finale» du groupe C, dit «de la mort», dans un match qui ne servira à rien si la Roumanie gagne contre les Pays-Bas, éliminant ainsi Français et Italiens.
Calculs : pour la France, c'est très simple : il faut gagner et prier pour que la Roumanie ne gagne pas contre les Pays- Bas. Même chose pour l'Italie, qui possède en outre un «minijoker ». Un nul peut éventuellement suffire à la Nazionale, toujours dans le cas où les Roumains perdent, en fonction du nombre de buts italiens marqués et ceux encaissés par les Roumains. «Même si je n'ai pas tout compris aux calculs, je crois qu'on a un peu plus de chance de passer», résume Buffon. «Il faut faire le match de notre vie», tranche le gardien italien. «On a un match plus qu'excitant à faire contre l'Italie, avec beaucoup de tension, mais c'est pour ça qu'on est professionnel, pour croire en un exploit», lance son homologue français Coupet.
Moral
: il est en berne chez les Bleus après leur nul poussif contre la Roumanie (0-0) et la «gifle», le mot est de Ribéry, reçue face aux Pays-Bas (4- 1). Avant le tournoi, les Français baignaient dans une confiance incroyable. Gallas lançait le 25 mai : «Cette équipe de France, je la sens bien.» «On a un peu la tête dans le sac», confie aujourd'hui Coupet. Les joueurs de Raymond Domenech se remettront-ils d'être tombés de si haut ? Les champions du monde ont touché le fond lors de leurs débuts contre les Néerlandais (3-0). A défaut d'être irrésistibles, ils sont ensuite apparus en progrès face à la Roumanie (1-1). «On a donné des signes de reprise», relève ainsi Buffon, qui estime qu'une dynamique positive s'est enclenchée.
Forme
: la vitesse des Sneijder, Robben et Van Persie a fait cruellement ressortir le grand âge des défenseurs français avec un Thuram payant ses 36 ans, et Sagnol souffrant de sa saison passée à l'infirmerie au Bayern. Quant à Vieira, il n'est sans doute pas encore suffisamment remis de sa déchirure à la cuisse gauche. Voilà un triste remake de la cuisse de Zidane en 2002. Materazzi, celui que les Français adorent détester, complètement dépassé face aux Néerlandais, a ainsi perdu pour de bon sa place en défense centrale au profit de Chiellini, plus jeune et plus dynamique. Au milieu, la paire milanaise Gattuso-Pirlo n'est pas non plus au meilleur de sa forme. Gattuso, sur le banc face à la Roumanie, pourrait néanmoins retrouver sa place de titulaire. Pirlo, lui, très endeçà de son niveau, et même s'il est le seul vrai créateur, pourrait quant à lui faire le chemin en sens inverse au profit d'un milieu plus «musclé» avec Gattuso, De Rossi et Ambrosini.
Tactique
: Domenech devrait revenir à un 4-4-2 avec un duo Henry-Benzema, celui privilégié dans les matches de préparation. Malouda devrait céder sa place à Ribéry à gauche, tandis que Govou devrait être milieu droit. Makelele et Toulalan devraient assurer le verrou au milieu. Les questions sont en défense. Domenech osera-t-il toucher à Thuram et ses 142 sélections ? Sagnol sera-t-il laissé sur le banc ? Si oui, Abidal et Clerc pourraient les remplacer dans une défense où Gallas et Evra resteraient devant Coupet. Donadoni devrait, une nouvelle fois, procéder à des modifications dans son équipe. La défense va demeurer inchangée avec Zambrotta, Panucci, Chiellini et Grosso devant Buffon. Mais en attaque, le sélectionneur pourrait à nouveau se passer de Del Piero, décevant contre les Roumains, et revenir à un système à trois avec Toni en pointe, entouré de Di Natale ou Camoranesi à gauche et Cassano à droite. Ce dernier, s'il est titularisé après deux entrées en jeu plus que correctes, doit apporter la créativité et la fantaisie qui ont jusqu'ici considérablement manqué.

ROUMANIE - PAYS-BAS (19H45 À BERNE)
Le pari fou des Roumains

La Roumanie, qui affronte les Pays-Bas ce soir à Berne, a l'occasion de créer la sensation dans la groupe C de l'Euro-2008 en se qualifiant pour les quarts de finale et en renvoyant la France et l'Italie chez elles. Les Roumains ne l'avouent pas, mais ils ne pouvaient rêver aborder leur troisième rencontre dans une telle situation. Après deux matches nuls face à la France (0-0) et l'Italie (1-1), ils sont les seuls à avoir leur destin en mains. S'ils battent les Pays- Bas, déjà qualifiés, ils seront en quarts de finale. Tout autre résultat les rendrait dépendants du cours du match France- Italie. En revanche, la Roumanie n'avait peut-être pas prévu l'état de forme des Néerlandais, qui viennent d'infliger deux «raclées» historiques à la France (4-1) et à l'Italie (3-0). «C'est vraiment l'équipe en forme du tournoi», a reconnu le défenseur roumain Cosmin Contra. Les interrogations sur l'attitude qu'adopteront les Néerlandais face aux Roumains n'ont cessé d'alimenter les discussions. Mais la possibilité de voir les Bataves lâcher le match a été écartée par les deux parties. «A ce niveau, tous les joueurs qui rentrent sur le terrain veulent gagner», a assuré Contra. Bien évidemment, le sélectionneur des Pays-Bas Marco Van Basten va faire tourner son effectif pour laisser ses cadres au repos. Mais il a prévenu hier : «En tenant compte de certains paramètres — la fatigue de certains, les menaces de suspension —, j'alignerai la meilleure équipe possible. Je prends le match face à la Roumanie très au sérieux. Les sensations doivent rester positives. » «Si Van Nistelrooy ne joue pas, ce sera Van Persie...», a rappelé Contra signifiant que le banc des Pays-Bas était tout aussi redoutable. Les Néerlandais ont également un contentieux à régler avec les Roumains, qui ont remporté un succès (1-0) et décroché un nul (0-0) lors des qualifications de l'Euro. «Nous devrons jouer comme lors des qualifications», a rappelé Cristian Chivu, le capitaine roumain. Cette fois, le contexte sera différent. «C'est un moment spécial pour la Roumanie. Nous avons 90 minutes pour marquer l'histoire», martèle Cristian Chivu. «Nous allons attendre, et ne pas montrer d'impatience». Face à la France et l'Italie, la Roumanie a démontré qu'elle pouvait compter sur une défense solide et un milieu de terrain qui tient tout à fait la route. Devant les champions du monde italiens, les Roumains ont été les plus dangereux et les plus créatifs. Et sans un arrêt incroyable du gardien Buffon sur le penalty de Mutu, les affaires seraient encore mieux engagées. La Roumanie sera toutefois privée de deux très bons éléments : le milieu Radoi, qui devait être opéré d'un œil hier et forfait jusqu'à la fin du tournoi, et le défenseur Goian, suspendu pour cette rencontre. Mais l'espoir demeure tenace.

Chivu, l'assurance défense
Si la Roumanie se retrouve en position de se qualifier pour les quarts de finale de l'Euro-2008 face aux Pays-Bas, elle le devra en priorité à sa défense extrêmement tenace, dirigée de main de maître par son capitaine Cristian Chivu, le «cerveau» de cette équipe. La Roumanie, en deux matches, n'a pris qu'un but face aux champions du monde et aux vice-champions (0-0 face à la France, 1-1 face aux Italiens, ndlr). Cette qualité défensive n'est pas nouvelle. Les Néerlandais l'avaient appris à leurs dépens, incapables de marquer en deux confrontations face aux Roumains lors des qualifications pour l'Euro-2008 (0-0 et 1-0). Leur capitaine n'y est pas pour rien. Car si la Roumanie possède un attaquant d'exception en la personne d'Adrian Mutu, elle dispose avec Chivu de l'un des meilleurs défenseurs centraux en Europe, deuxième pilier de cette sélection dont peu de gens pensaient qu'elle jouerait sa qualification pour les quarts de finale face aux Néerlandais dans leur dernier match de poule (Gr.C). La Roumanie, sans Chivu, n'aurait pas le même visage. D'ailleurs, le sélectionneur, Victor Piturca, le reconnaît sans ambages: «Sans lui, il ne manque pas seulement deux jambes à l'équipe, mais aussi un cerveau.» Un cerveau bien rempli. «Au-delà du joueur, c'est quelqu'un d'extrêmement intelligent», assure l'un des journalistes qui suit régulièrement la sélection. Passant aisément de l'anglais à l'italien, le joueur de l'Inter Milan ne rechigne pas à s'attarder en conférence de presse, des séances que «sèche» à l'inverse régulièrement son compatriote Mutu. Son aisance linguistique, Chivu, 27 ans, la doit à un parcours impressionnant. Il connaît d'ailleurs bien les Pays-Bas pour y avoir passé quatre saisons, à l'Ajax Amsterdam (1999-2003), avant de partir à l'AS Rome (2003-2007) puis à l'Inter Milan. «Le maillot de l'Ajax est le premier que j'ai enfilé quand j'étais tout petit», raconte l'ancien coéquipier de Philippe Mexès à Rome. Et quand on lui demande ce que sera l'attitude des Pays-Bas face à la Roumanie (une défaite des Oranje éliminerait la France et l'Italie, ndlr), Chivu affirme, convaincu : «Ce n'est pas dans leurs gènes de laisser filer un match». En dehors du terrain, son passage de l'Universitatea Craiova à l'Ajax lui vaut depuis peu quelques soucis. Son sélectionneur avait ainsi refusé qu'il soit entendu avant l'Euro par le parquet anti-corruption roumain, qui enquête sur plusieurs transferts suspects. Cela ne se voit pas non plus, mais Chivu est blessé à une épaule. Depuis plusieurs semaines, il joue sous infiltration. Altruiste, il avait cependant refusé de se faire opérer avant le tournoi pour aider son club de l'Inter Milan dans sa quête du titre de champion d'Italie, mais aussi sa sélection. «Mon club et mon équipe nationale avaient besoin de moi, donc j'ai décidé que je prendrais soin de mon épaule après l'élimination de la Roumanie à l'Euro», avait-il déclaré avant la compétition. A l'Euro-2000, alors âgé de 19 ans, il faisait partie de cette équipe roumaine, aux côtés de Hagi, qui avait créé la surprise lors du premier tour. Les Roumains, qui évoluaient déjà dans un groupe extrêmement relevé (Allemagne, Angleterre et Portugal, ndlr) s'en étaient sortis. Chivu, lui, avait inscrit le dernier but lors de la victoire décisive face aux Anglais (3-2). Capable de défendre et de marquer... Une double menace pour les Pays-Bas, déjà conscients du danger que représente la Roumanie.

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