
Sports : FOOTBALL LE GROUPE C DEVRAIT SACRIFIER UN FAVORI, VOIRE DEUX France-Italie-Roumanie : qui survivra au «groupe de la mort» ?
La France et l'Italie, adversaires aujourd’hui à Zurich, ainsi que la Roumanie, qui affronte les Pays-Bas, déjà qualifiés, à Berne, se disputeront aujourd’hui la deuxième place du groupe C, dit «de la mort», qui laissera l'un voire les deux finalistes du Mondial-2006 sur la touche.
Annoncé comme le choc du groupe, le match entre les champions du monde
italiens en titre et leurs dauphins en 2006 sera le dernier du tournoi
pour au moins l'une des deux équipes. Laminés par les Pays-Bas (défaite
3-0 pour les Italiens, 4-1 pour les Français), Bleus et Azzurri ne sont
plus maîtres de leur destin : même en cas de succès, ils seront éliminés
si les Roumains battent les Pays-Bas. Côté français, les principales
incertitudes concernent la présence du milieu de terrain et capitaine
Patrick Vieira dans le onze de départ ainsi que la composition de la
défense, qui a pris l'eau face aux Néerlandais. Le sélectionneur
français Raymond Domenech reconduira- t-il son arrière-garde ? En
attaque, le tandem Henry-Benzema pourrait être aligné comme lors des
matches de préparation. Les Italiens croient en leur bonne étoile après
être passés tout près de l'élimination face aux Roumains (match nul
1-1). Le sélectionneur Roberto Donadoni devrait opter pour une stratégie
offensive avec trois attaquants : Luca Toni, Antonio Cassano, Antonio Di
Natale (ou Mauro Camoranesi). Pour les Roumains, l'équation est simple :
s'ils gagnent, ils seront qualifiés. S'ils font match nul ou perdent,
ils seront tributaires du résultat de France-Italie. Les Néerlandais,
déjà qualifiés, savent eux qu'ils seront scrutés par les Français et les
Italiens, qui craignent qu'ils ne laissent «filer» le match en alignant
une équipe bis. Les hommes de l'entraîneur Marco van Basten, qui a
annoncé vouloir aligner «la meilleure équipe possible» tout en
considérant certains paramètres (joueurs avertis, fatigue), pourraient
toutefois trouver une motivation supplémentaire en songeant à leur
campagne de qualification : en deux rencontres, ils avaient concédé un
nul (0-0) et une défaite (1-3) face aux Roumains.
FRANCE - ITALIE (19H45, À ZURICH)
Une «finale» pour rien ?
La France et l'Italie, finalistes du Mondial-2006 claudicants, se
retrouvent aujourd’hui à Zurich pour une sorte de «finale» du groupe C,
dit «de la mort», dans un match qui ne servira à rien si la Roumanie
gagne contre les Pays-Bas, éliminant ainsi Français et Italiens.
Calculs : pour la France, c'est très simple : il faut gagner et
prier pour que la Roumanie ne gagne pas contre les Pays- Bas. Même chose
pour l'Italie, qui possède en outre un «minijoker ». Un nul peut
éventuellement suffire à la Nazionale, toujours dans le cas où les
Roumains perdent, en fonction du nombre de buts italiens marqués et ceux
encaissés par les Roumains. «Même si je n'ai pas tout compris aux
calculs, je crois qu'on a un peu plus de chance de passer», résume
Buffon. «Il faut faire le match de notre vie», tranche le gardien
italien. «On a un match plus qu'excitant à faire contre l'Italie, avec
beaucoup de tension, mais c'est pour ça qu'on est professionnel, pour
croire en un exploit», lance son homologue français Coupet.
Moral : il est en berne chez les Bleus après leur nul poussif contre
la Roumanie (0-0) et la «gifle», le mot est de Ribéry, reçue face aux
Pays-Bas (4- 1). Avant le tournoi, les Français baignaient dans une
confiance incroyable. Gallas lançait le 25 mai : «Cette équipe de
France, je la sens bien.» «On a un peu la tête dans le sac», confie
aujourd'hui Coupet. Les joueurs de Raymond Domenech se remettront-ils
d'être tombés de si haut ? Les champions du monde ont touché le fond
lors de leurs débuts contre les Néerlandais (3-0). A défaut d'être
irrésistibles, ils sont ensuite apparus en progrès face à la Roumanie
(1-1). «On a donné des signes de reprise», relève ainsi Buffon, qui
estime qu'une dynamique positive s'est enclenchée.
Forme : la vitesse des Sneijder, Robben et Van Persie a fait
cruellement ressortir le grand âge des défenseurs français avec un
Thuram payant ses 36 ans, et Sagnol souffrant de sa saison passée à
l'infirmerie au Bayern. Quant à Vieira, il n'est sans doute pas encore
suffisamment remis de sa déchirure à la cuisse gauche. Voilà un triste
remake de la cuisse de Zidane en 2002. Materazzi, celui que les Français
adorent détester, complètement dépassé face aux Néerlandais, a ainsi
perdu pour de bon sa place en défense centrale au profit de Chiellini,
plus jeune et plus dynamique. Au milieu, la paire milanaise
Gattuso-Pirlo n'est pas non plus au meilleur de sa forme. Gattuso, sur
le banc face à la Roumanie, pourrait néanmoins retrouver sa place de
titulaire. Pirlo, lui, très endeçà de son niveau, et même s'il est le
seul vrai créateur, pourrait quant à lui faire le chemin en sens inverse
au profit d'un milieu plus «musclé» avec Gattuso, De Rossi et Ambrosini.
Tactique : Domenech devrait revenir à un 4-4-2 avec un duo
Henry-Benzema, celui privilégié dans les matches de préparation. Malouda
devrait céder sa place à Ribéry à gauche, tandis que Govou devrait être
milieu droit. Makelele et Toulalan devraient assurer le verrou au
milieu. Les questions sont en défense. Domenech osera-t-il toucher à
Thuram et ses 142 sélections ? Sagnol sera-t-il laissé sur le banc ? Si
oui, Abidal et Clerc pourraient les remplacer dans une défense où Gallas
et Evra resteraient devant Coupet. Donadoni devrait, une nouvelle fois,
procéder à des modifications dans son équipe. La défense va demeurer
inchangée avec Zambrotta, Panucci, Chiellini et Grosso devant Buffon.
Mais en attaque, le sélectionneur pourrait à nouveau se passer de Del
Piero, décevant contre les Roumains, et revenir à un système à trois
avec Toni en pointe, entouré de Di Natale ou Camoranesi à gauche et
Cassano à droite. Ce dernier, s'il est titularisé après deux entrées en
jeu plus que correctes, doit apporter la créativité et la fantaisie qui
ont jusqu'ici considérablement manqué.
ROUMANIE - PAYS-BAS (19H45 À BERNE)
Le pari fou des Roumains
La Roumanie, qui affronte les Pays-Bas ce soir à Berne, a l'occasion
de créer la sensation dans la groupe C de l'Euro-2008 en se qualifiant
pour les quarts de finale et en renvoyant la France et l'Italie chez
elles. Les Roumains ne l'avouent pas, mais ils ne pouvaient rêver
aborder leur troisième rencontre dans une telle situation. Après deux
matches nuls face à la France (0-0) et l'Italie (1-1), ils sont les
seuls à avoir leur destin en mains. S'ils battent les Pays- Bas, déjà
qualifiés, ils seront en quarts de finale. Tout autre résultat les
rendrait dépendants du cours du match France- Italie. En revanche, la
Roumanie n'avait peut-être pas prévu l'état de forme des Néerlandais,
qui viennent d'infliger deux «raclées» historiques à la France (4-1) et
à l'Italie (3-0). «C'est vraiment l'équipe en forme du tournoi», a
reconnu le défenseur roumain Cosmin Contra. Les interrogations sur
l'attitude qu'adopteront les Néerlandais face aux Roumains n'ont cessé
d'alimenter les discussions. Mais la possibilité de voir les Bataves
lâcher le match a été écartée par les deux parties. «A ce niveau, tous
les joueurs qui rentrent sur le terrain veulent gagner», a assuré
Contra. Bien évidemment, le sélectionneur des Pays-Bas Marco Van Basten
va faire tourner son effectif pour laisser ses cadres au repos. Mais il
a prévenu hier : «En tenant compte de certains paramètres — la fatigue
de certains, les menaces de suspension —, j'alignerai la meilleure
équipe possible. Je prends le match face à la Roumanie très au sérieux.
Les sensations doivent rester positives. » «Si Van Nistelrooy ne joue
pas, ce sera Van Persie...», a rappelé Contra signifiant que le banc des
Pays-Bas était tout aussi redoutable. Les Néerlandais ont également un
contentieux à régler avec les Roumains, qui ont remporté un succès (1-0)
et décroché un nul (0-0) lors des qualifications de l'Euro. «Nous
devrons jouer comme lors des qualifications», a rappelé Cristian Chivu,
le capitaine roumain. Cette fois, le contexte sera différent. «C'est un
moment spécial pour la Roumanie. Nous avons 90 minutes pour marquer
l'histoire», martèle Cristian Chivu. «Nous allons attendre, et ne pas
montrer d'impatience». Face à la France et l'Italie, la Roumanie a
démontré qu'elle pouvait compter sur une défense solide et un milieu de
terrain qui tient tout à fait la route. Devant les champions du monde
italiens, les Roumains ont été les plus dangereux et les plus créatifs.
Et sans un arrêt incroyable du gardien Buffon sur le penalty de Mutu,
les affaires seraient encore mieux engagées. La Roumanie sera toutefois
privée de deux très bons éléments : le milieu Radoi, qui devait être
opéré d'un œil hier et forfait jusqu'à la fin du tournoi, et le
défenseur Goian, suspendu pour cette rencontre. Mais l'espoir demeure
tenace.
Chivu, l'assurance défense
Si la Roumanie se retrouve en position de se qualifier pour les
quarts de finale de l'Euro-2008 face aux Pays-Bas, elle le devra en
priorité à sa défense extrêmement tenace, dirigée de main de maître par
son capitaine Cristian Chivu, le «cerveau» de cette équipe. La Roumanie,
en deux matches, n'a pris qu'un but face aux champions du monde et aux
vice-champions (0-0 face à la France, 1-1 face aux Italiens, ndlr).
Cette qualité défensive n'est pas nouvelle. Les Néerlandais l'avaient
appris à leurs dépens, incapables de marquer en deux confrontations face
aux Roumains lors des qualifications pour l'Euro-2008 (0-0 et 1-0). Leur
capitaine n'y est pas pour rien. Car si la Roumanie possède un attaquant
d'exception en la personne d'Adrian Mutu, elle dispose avec Chivu de
l'un des meilleurs défenseurs centraux en Europe, deuxième pilier de
cette sélection dont peu de gens pensaient qu'elle jouerait sa
qualification pour les quarts de finale face aux Néerlandais dans leur
dernier match de poule (Gr.C). La Roumanie, sans Chivu, n'aurait pas le
même visage. D'ailleurs, le sélectionneur, Victor Piturca, le reconnaît
sans ambages: «Sans lui, il ne manque pas seulement deux jambes à
l'équipe, mais aussi un cerveau.» Un cerveau bien rempli. «Au-delà du
joueur, c'est quelqu'un d'extrêmement intelligent», assure l'un des
journalistes qui suit régulièrement la sélection. Passant aisément de
l'anglais à l'italien, le joueur de l'Inter Milan ne rechigne pas à
s'attarder en conférence de presse, des séances que «sèche» à l'inverse
régulièrement son compatriote Mutu. Son aisance linguistique, Chivu, 27
ans, la doit à un parcours impressionnant. Il connaît d'ailleurs bien
les Pays-Bas pour y avoir passé quatre saisons, à l'Ajax Amsterdam
(1999-2003), avant de partir à l'AS Rome (2003-2007) puis à l'Inter
Milan. «Le maillot de l'Ajax est le premier que j'ai enfilé quand
j'étais tout petit», raconte l'ancien coéquipier de Philippe Mexès à
Rome. Et quand on lui demande ce que sera l'attitude des Pays-Bas face à
la Roumanie (une défaite des Oranje éliminerait la France et l'Italie,
ndlr), Chivu affirme, convaincu : «Ce n'est pas dans leurs gènes de
laisser filer un match». En dehors du terrain, son passage de l'Universitatea
Craiova à l'Ajax lui vaut depuis peu quelques soucis. Son sélectionneur
avait ainsi refusé qu'il soit entendu avant l'Euro par le parquet
anti-corruption roumain, qui enquête sur plusieurs transferts suspects.
Cela ne se voit pas non plus, mais Chivu est blessé à une épaule. Depuis
plusieurs semaines, il joue sous infiltration. Altruiste, il avait
cependant refusé de se faire opérer avant le tournoi pour aider son club
de l'Inter Milan dans sa quête du titre de champion d'Italie, mais aussi
sa sélection. «Mon club et mon équipe nationale avaient besoin de moi,
donc j'ai décidé que je prendrais soin de mon épaule après l'élimination
de la Roumanie à l'Euro», avait-il déclaré avant la compétition. A
l'Euro-2000, alors âgé de 19 ans, il faisait partie de cette équipe
roumaine, aux côtés de Hagi, qui avait créé la surprise lors du premier
tour. Les Roumains, qui évoluaient déjà dans un groupe extrêmement
relevé (Allemagne, Angleterre et Portugal, ndlr) s'en étaient sortis.
Chivu, lui, avait inscrit le dernier but lors de la victoire décisive
face aux Anglais (3-2). Capable de défendre et de marquer... Une double
menace pour les Pays-Bas, déjà conscients du danger que représente la
Roumanie.
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