A quelques jours de l’ouverture du Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement européens (Bruxelles, 19 et 20 juin 2008) et quelques semaines des assises constitutives de l’Union pour la Méditerranée (Paris 13 juillet), la France de Sarkozy est dans la gadoue. Le «no» irlandais de jeudi dernier au traité de Lisbonne, censé rappeler la faillite du traité constitutionnel, a littéralement assommé le président français. Le locataire de l’Elysée, qui voulait, alors que son pays doit prendre le relais de la présidence européenne le 1er juillet prochain, d’un sommet réussi avant le lancement solennel de l’Union pour la Méditerranée, doit recalculer à la baisse ses ambitions. Déjà qu’avec la mer chère à Hachemi Guerrouabi, à Georges Brassens et à Raïs Hamidou, les vagues négatives successives ne s’arrêtent pas, voilà que ces Irlandais se mettent de la partie et obligent N. Sarkozy à chambouler, de fond en comble son calendrier. Pour lui, il s’agira, dans l’urgence — à chaque jour suffit sa peine — non plus de convaincre de la nécessité de l’UPM mais de sauver Lisbonne du naufrage. Concernant le projet méditerranéen, le président français et ses collaborateurs estiment, à tort, que d’ici la mi-juillet, il y aura suffisamment de temps pour que la houle diminue ou disparaisse. Cependant, rien n’est moins évident. Le non irlandais au traité de Lisbonne, après le «nee» néerlandais et le non français à la Constitution Giscard, mettent à mal l’Europe des 27. Comment l’UE pourra-t- elle gérer une nouvelle configuration, la Méditerranée, c’est tout de même 22 Etats riverains auxquels veut ajouter, pour les besoins de la cause, la Jordanie et la Mauritanie, non méditerranéens, aussi complexe et aussi déchirée alors que Bruxelles bricole, pour l’instant, son pilotage avec le presque illisible traité de Nice ? D’ores et déjà, les observateurs relèvent une constante. Même si la pauvre Irlande sera sommée de revoter au risque de se voir isolée du reste de l’Europe, la construction européenne est mal barrée. Les Irlandais, qui avaient, l’on s’en souvient, déjà averti du mal en disant non au traité de Nice, n’avaient pas alors été écoutés. On les a fait revoter et on leur avait fait dire oui. La question européenne n’a pas, pour autant, été réglée, puisque, quelque temps après, Néerlandais et Français ont mis à la poubelle le traité constitutionnel. Avec un fonctionnement institutionnel chaotique, plus proche de la structuration de la sinistre ligue arabe que d’un organigramme moderne et normal, l’Union européenne ne pourra pas, c’est certain, être au «top» pour la gouvernance de l’Union pour la Méditerranée. Le 13 juillet prochain, il ne sortira de Paris que des broutilles. Ce n’est pas plus mal sur l’orientation, paternaliste, de type néocolonial que Sarkozy a donnée à son projet méditerranéen. A. M.
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