Culture : NACÉRA BELLOULA, JOURNALISTE ET AUTEURE DE VISA POUR LA HAINE
Un ouvrage contre le temps !


«De mon éducation hallucinatoire, je garde une sensation de perpétuel danger. J’ai la peur des choses et des hommes. Je n’ai jamais su si ma peur était réelle. J’étais donc prisonnière de cette éducation basée sur la méfiance et l’interdit…» Alger, 1990. Lever de rideau sur une tragédie qui a eu lieu hier. Dans une société qui s’émeut et s’agite encore des séquelles d’une sale guerre, un retour pour la mémoire s’impose.
Nacéra Belloula, journaliste et auteure de Visa pour la haine, paru aux éditions Alpha, s’est glissée dans les dédales d’une histoire qui commence par New York pour aboutir à Kandahar et Falloudjah. Un récit géométrique qui est passé aussi par les pans dévastés de Bab El Oued, Ouled Allal puis Sidi Moussa. C’est l’histoire poignante d’une famille algérienne déchirée, au cœur d’un conflit devenu plus tard mondial. La terreur est partout. L’écho de la mort, retentissant. Nul abri pour ces femmes et ces hommes livrés en pâture. L’Algérie a retranscrit une décennie et plus de son histoire patente à l’encre rouge. Explosion de violence et montée d’extrémisme à la hâte. Les fondements de la religion se sont mesurés aux intérêts politiques. Premières victimes, les femmes et les enfants évidemment. C’est l’histoire de Souha. Jeune fille âgée de 19 ans à peine. Elle s’est mariée au retour de la mosquée, dans l’arrière-boutique d’un boulanger. Ses convictions religieuses se sont heurtées à son amour immuable pour Béchir, «l’émir». Descente aux enfers. Souha va connaître les pires instincts des hommes devenus par la force des animaux enragés. Les mots sont aussi lourds que les maux d’une société qui n’a jamais fait son deuil. La misère morale et physique est réelle. A partir de là, tous s’autorisent, tout est autorisé. Les lois volent en éclats. Les rêves amoureux s’évanouissent au rythme de l’hymen forcé par la bête. Jeune brebis dévorée par la folie des hommes enturbannés par la crasse. Ils ont violé leur avenir du revers d’une arme. Souha a commis la pire des erreurs. Confiante, elle s’est égarée au détour d’un bonheur impossible. D’un Eden qui n’existe pas. Souha, sa mère aliénée par la volonté de ses fils… Bouleversante, saisissante, révoltante, Nacéra Belloula, dans Visa pour la haine, plonge le lecteur dans les méandres d’une cité qui a décidé aujourd’hui de faire allégeance à la horde sauvage. Visa pour la haine, un ouvrage contre le temps. A lire !
Sam H.
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