Monde : Ces chrétiens palestiniens que personne ne veut voir

Le contraste est saisissant. Dans cette partie de Jérusalem-Est qu’Israël a annexée et ne veut pas restituer aux Palestiniens, au Saint Sépulcre, là où selon la tradition chrétienne, le Christ a été crucifié, les Palestiniens chrétiens célèbrent une fête.

De Palestine, Hassane Zerrouky

Habillés de costumes traditionnels bleu marine, coiffés de chechia stamboul, munis de sortes de bâton rythmant la marche d’un jeune évêque portant une croix, tandis que des femmes lancent des youyous, ils font le chemin de croix, celui emprunté par le Christ plus de 2000 ans plus tôt, sous l’œil suspicieux des militaires israéliens. A un moment, un habitant du quartier chrétien a sorti une derbouka et a commencé à en jouer. Les femmes, lançant des youyous, se sont mises à danser. Mais il a été vite rappelé à l’ordre par des policiers israéliens qui surveillaient cette procession comme le lait sur le feu. Les touristes, majoritairement européens, prenaient des photos, applaudissaient à la vue de cette foule de croyants marchant derrière les dignitaires religieux. «En quelle langue chantent-ils ?» demande cette touriste française qui s’est signée au passage de la procession. «En arabe», lui répond un Palestinien. La dame, abreuvée certainement par le matraquage médiatique assimilant tous les Arabes à des terroristes, ne savait pas que dans cette partie est de la ville sainte, il existe des Palestiniens de confession chrétienne. Elle ne savait pas non plus, comme beaucoup d’Européens, que George Habache n’est pas un nom de guerre, mais bien celui du fondateur du Front populaire de la libération de la Palestine (FPLP), considéré comme un terroriste notoire parce qu’il avait refusé jusqu’au terme de sa vie — il est mort en exil récemment à Amman — qu’il était chrétien. Comme elle ne savait pas que Nayef Hawathma, fondateur du FDPLP (Front démocratique populaire de la libération de la Palestine), en exil à Damas, qu’Israël n’a pas autorisé à retourner en Cisjordanie, est également de confession chrétienne. Les clichés ont la vie dure. Les médias européens ne font rien pour montrer cette composante de la société palestinienne de confession chrétienne de crainte sans doute que l’opinion occidentale ne se retourne contre Israël. L’image la plus véhiculée et qui conforte Israël se résume à une équation très simple : un Palestinien ne peut être qu’Arabe et islamiste, donc terroriste. C’est ainsi. Ces touristes viennent visiter la vieille ville et ne cherchent même pas à voir ni à savoir. Pourtant, comme leurs frères de confession musulmane, ces Palestiniens chrétiens souffrent de l’occupation israélienne. Khader, qui signifie George en arabe, tient une petite boutique dans la vieille ville. Il habite à Beit Jala, près de Bethléem, la ville qui a vu la naissance du Christ et que Nicolas Sarkozy et son épouse Carla vont visiter aujourd’hui, avant de rencontrer Mahmoud Abbas. «La répression israélienne, le chômage et la misère ont fait fuir beaucoup de jeunes chrétiens. Bien sûr, un Palestinien chrétien a plus de chance d’avoir un visa d’immigration que son frère musulman. Le résultat, dit-il, est que ça arrange les Israéliens. Moins il y a de chrétiens palestiniens, mieux ils peuvent faire croire qu’ils mènent une guerre contre les islamistes. Les chrétiens étaient majoritaires à Bethléem et même à Ramallah. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et ça fait le jeu d’Israël. Moi, j’ai décidé de rester. Pas question que je quitte Bethléem» dit-il sur un ton ferme. A Bethléem, justement, les chrétiens ne représentent pas moins de 40% de la population. Mais feu Yasser Arafat, en homme politique avisé, a signé un décret stipulant que le poste de maire et la majorité des sièges du Conseil municipal doivent revenir à des chrétiens. Mme Khouloud Douiaibes, ministre du Tourisme de l’Autorité palestinienne, est d’ailleurs chrétienne, comme l’est Mme Hind Khouri, l’ambassadrice de l’Autorité palestinienne en France. Qu’à cela ne tienne, il y a quelques années, des islamistes palestiniens se sont mis en tête de construire une mosquée en face de la basilique de la Nativité, lieu de naissance du Christ. Les Israéliens, qui avaient intérêt à une «fitna» interreligieuse, avaient encouragé en sous-main ces barbus d’un autre temps, allant jusqu'à empêcher l’Autorité palestinienne d’intervenir pour déloger les intrus islamistes qui campaient devant la basilique. Finalement, ce sont les imams de Bethléem et une majorité de croyants musulmans encadrés par le Fatah qui ont fait échouer une manœuvre que le Hamas n’avait même pas osé désavouer. C’est dire ! Nicolas Sarkozy, venu en ami d’Israël, se rendra dans cette ville entourée par le mur de séparation qui la coupe de Jérusalem distante d’à peine une vingtaine de kilomètres. Il ne verra pas les check-points israéliens qui contrôlent les entrées et sorties de la ville de naissance du Christ. Il ne verra pas les tracasseries que subissent les Palestiniens toutes confessions confondues quand ils veulent se rendre à Jérusalem si proche. D’ailleurs, aucun chef d’Etat occidental ne s’est soucié des Palestiniens, fussent-ils chrétiens. Sans doute, ces derniers ont-ils le tort d’être arabe !
H. Z.

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