Le tramway d’Alger serait-il sur le point de subir le même sort que le métro de la capitale ? Considéré comme stratégique par les plus hautes autorités du pays, la réalisation de ce projet connaît aujourd’hui un important retard. Blocages dans les travaux de déviation des réseaux et dans la réalisation des infrastructures, absence de coordination, défaillances, tractations opaques… Le tramway semble partir à la dérive.
Enquête réalisée
par Tarek Hafid
Pourtant, rien ne laissait présager une telle situation au lancement
des travaux. Les membres du groupement Méditérrail — composé d’Alstom,
de Todini et de l’ETRHB Haddad — étaient plutôt enthousiastes en donnant
le premier coup de pioche. Mais la tâche s’avère plus ardue que prévu :
les études de déviation des réseaux remises par les concessionnaires
(SEAAL, Sonelgaz et Algérie Télécom) ne sont pas fiables. Alstom,
désigné comme chef de file du groupement Méditérrail, décide de revoir
ces études. Au mois d’août 2007, l’entreprise française lance une longue
campagne de sondage pour reconstituer l’ensemble des réseaux. Les études
du secteur 5 sont finalisées par Alstom au mois de novembre. Elles sont
validées par Systra, qui est en charge de la maîtrise d’œuvre. Le 5
décembre 2007, le maître de l’ouvrage, l’Entreprise du métro d’Alger en
l’occurrence, assiste au coup d’envoi des travaux de déviation des
réseaux du secteur 5.
Fiasco
L’opération, qui se déroule de 20 heures à minuit, est un véritable
fiasco : les études revues et corrigées par Alstom sont tout aussi
fausses que les premières ! Dans une lettre datée du 8 décembre, l’EMA
dénonce «le manque de rigueur, la négligence et la légèreté dans les
travaux de sondage des réseaux et leur validation sur le secteur 5».
«Nous avons le regret de constater à nouveau le manque de sérieux qui
caractérise la préparation des travaux liés à la réalisation de la ligne
Est du tramway d’Alger tant du côté du groupement que du côté du suivi
de la réalisation. En effet, alors que les travaux de déviation des
réseaux devaient être effectivement entamés le mercredi 5 décembre,
notre visite technique sur site a laissé apparaître que les plans
d’exécution élaborés par Méditérrail et validés par Systra ne sont pas
conformes à la réalité du terrain (…) Nous vous demandons de faire
montre de rigueur, de responsabilité, de célérité et d’efficacité
positive dans l’accomplissement respectif de vos tâches», souligne dans
cette correspondance Fayçal Labraoui, le chef de projet tramway à l’EMA.
La situation devient ingérable. Et pour cause, la déviation des réseaux
est l’une des phases les plus importantes dans ce type de projet. Mais
dans le cas du tramway d’Alger, elle est quasiment irréalisable sans
études fiables. L’ETRHB, qui devait réaliser l’ensemble des déviations
de réseaux, travaille à tâtons. Après avoir accompli le secteur 5 à
hauteur de 80%, l’entreprise algérienne finit par céder les autres
secteurs à Alstom.
Défaillance
Méditérrail est également confrontée à d’importantes difficultés dans la
réalisation des ouvrages d’art. Au nombre de six, les chantiers de ces
derniers sont quasiment à l’arrêt. Ce dossier fait même l’objet de
litige entre les membres du groupement. L’ETRHB, qui est chargée de la
construction de deux ponts, est, là aussi, confrontée à des problèmes
d’étude. Les travaux sur l’ouvrage d’art n°6 (OA6) ne débuteront qu’au
mois de décembre 2007. Mais l’ETRHB sera obligée de stopper les travaux
suite à des «réserves» émises par Systra sur la qualité des pieux. La
réalisation de l’OA5, qui enjambe l’autoroute au niveau de Bab-Ezzouar,
n’a, quant à elle, toujours pas débuté faute… de plans. La situation est
bien plus confuse dans le cas de Todini. Le co-traitant italien avait à
charge la construction des quatre autres ouvrages d’art. Il sera
toutefois déclaré défaillant par Alstom vu son incapacité à réaliser ces
infrastructures. «Malgré les notifications répétées constituant des
demandes claires de remédier adressées par le chef de file du groupement
Méditérrail, aucune mesure réellement significative n’a été prise par
Todini de nature à permettre d’éviter que le maître d’ouvrage mette en
œuvre la résiliation du marché aux torts exclusifs de Méditérrail (…)
Nous sommes donc contraints, en tant que chef de file du groupement
Méditérrail, de déclarer la société Todini défaillante au titre de
l’article 10.1 de la convention de groupement et de vous retirer de ce
fait la part de travaux dont vous aviez la responsabilité, ainsi que
tout pouvoir de décision et de droit de vote au sein des organes du
groupement», écrit Marc Chagnas, président de Méditérrail, dans une
correspondance datée du 11 avril 2008. Réponse de Michel De Capoa,
général manager de l’entreprise italienne : «Todini conteste le plus
vivement cette déclaration de défaillance et la rejette dans le fond et
dans la forme (…) Todini constate qu’ATSA (Alstom) a notifié sa propre
défaillance à son co-traitant (…) Contrairement à vos affirmations
infondées, nous avons maintenu nos engagements indiqués dans notre
courrier du 12 mars dernier. En effet, tous les démarrages de front de
travaux annoncés ont eu lieu comme prévu et le chantier est en plein
déploiement de jour comme de nuit.» Dans ce courrier daté du 14 avril
2008, De Capoa dénonce avec vigueur «le blocage des paiements» décidé
par le chef de file.
Qui perd gagne
Néanmoins, les relations entre les deux partenaires semblent
subitement s’améliorer au courant du mois de mai. Le 29 mai 2008, De
Capoa adresse une correspondance à Marc Chagnas dans laquelle il évoque
«un accord acceptable par les parties dans l’intérêt principal du
projet». Des informations font état de négociations entre Todini et
Alstom. Les responsables de l’EMA et l’ETRHB confirment, sans pour
autant donner plus de détails, l’existence de ces tractations (voir
entretiens). Certains observateurs font état du deal suivant : Todini se
retirerait du projet en contrepartie d’une compensation financière. Le
tramway d’Alger se transforme en une partie de «qui perd gagne» pour
Todini. Pour sa part, le groupe Alstom dément formellement ce qu’il
considère être une «rumeur». «La rumeur que vous évoquez est totalement
infondée et nous avons clairement l'intention de continuer à travailler
ensemble sur ce projet. Tous les projets sont guidés par la recherche
d’une performance optimale. Cette règle s’applique au projet du tramway
d’Alger, comme aux autres projets que mène Alstom avec ses partenaires
dans le monde. Un projet est donc par nature en évolution permanente et
il est tout à fait normal que les partenaires évoquent ensemble la
meilleure façon de remplir les exigences en matière de coût, qualité et
délai. Tous les partenaires du tramway d’Alger discutent continuellement
entre eux de la meilleure façon de s’organiser, ce qui est le cas entre
Alstom et Todini», note Bertrand Blaise, directeur de la communication
d’Alstom transport. Pourtant, sur le champ des opérations, Todini est
quasiment absent du projet du tramway. Cette situation ne semble pas
inquiéter outre mesure les pouvoirs publics. Un projet d’un
demi-milliard d’euros qui prend l’eau de toute part est un fait plutôt
banal en Algérie. Pourtant, le tramway a été visité par de nombreux
responsables politiques, tant algériens que français. Lors de ces
visites officielles, les représentants de l’EMA et de Méditérrail n’ont
jamais évoqué les défaillances, blocages et autres arrêts de chantiers.
Ni même les retards dans la livraison du tramway. Ce retard est
aujourd’hui une réalité. Et l’Entreprise du métro d’Alger est la
première à le reconnaître. Là encore, Bertrand Blaise contredit
totalement l’EMA. «Nous n'avons pas eu connaissance d'une déclaration de
retard émanant de notre client EMA. La mise en œuvre du contrat du
tramway d'Alger est effective depuis le mois de mars 2007, pour une
durée de 30 mois concernant la phase 1 du projet. Le chantier progresse
et n'a pas révélé, à ce jour, de nouveau problème de ce type. En
parallèle, les travaux de construction du dépôt se déroulent
conformément au planning d'origine, ainsi que la pose des voies qui a
déjà commencé. Concernant le matériel roulant, les tramways sont en
production et les premières livraisons se dérouleront comme prévu en
novembre 2008 avec des essais dynamiques qui débuteront en août 2009.»
T. H.
Black-out de Todini
Tous les responsables de Todini en Algérie ont refusé de s’exprimer
au sujet du projet du tramway d’Alger. Nos nombreuses sollicitations
n’ont pas abouti face au blackout imposé par Todini.
T. H.
AFFAIRE DES RAILS CONTAMINÉS
Le flou persiste
L’affaire des rails de tramway contaminés par de l’engrais n’a
toujours pas livré tous ses secrets. Ce lot de rails, d’un total de 1300
tonnes, a été déclassé par le fabricant Thyssen Krupp et rejeté par
Systra. Contre toute attente, Alstom avait décidé de nettoyer ces rails
au Kärcher. Un fait des plus étranges. Les responsables du projet
tramway à l’Entreprise du métro d’Alger affirment que leurs services
étaient au courant de cette affaire. «Nous savions qu’il y avait des
rails défectueux. Ce lot a été rejeté par l’EMA et par la maîtrise
d’œuvre (Systra)», a précisé Amar Khalouia. «C’est l’assureur d’Alstom
qui a exigé à ce que ces rails soient lavés. C’est donc une affaire
entre Alstom et son assureur», a-t-il ajouté pour expliquer le nettoyage
de ce lot. Alstom transport, par la voix de son directeur de la
communication, présente une tout autre version des faits. «Alstom n'a
jamais eu l'intention d'installer les rails défectueux, mentionnés dans
un précédent article (voir Le Soir d’Algérie du 5 juin 2008). Une
expertise réalisée par le fabricant a clairement identifié les rails
défectueux, qui seront intégralement pris en charge par l'assurance du
transitaire, sans aucune conséquence financière pour le projet », a
indiqué Blaise Bertrand. Alors, de quel assureur s’agit-il : celui d’Alstom
ou celui de son transitaire ? La question reste posée.
T. H.
AMAR KHALOUIA, DIRECTEUR DE PROJET À L’EMA :
«Nous avons un retard approximatif de trois mois»
Le directeur des projets à l’Entreprise du métro d’Alger reconnaît
que la réalisation du tramway de la capitale accuse un retard
«approximatif» de trois mois. Dans cet entretien, Amar Khalouia revient
sur les causes du blocage de cet important projet et sur les
tiraillements de certains partenaires du groupement Méditérrail.
Le Soir d’Algérie : Quel est actuellement l’état d’avancement du
projet du tramway d’Alger ?
Amar Khalouia : Nous sommes approximativement à 25% d’avancement
physique. Nous avons la partie génie civil qui est en cours et les
équipements sont en fabrication. L’essentiel ce sont les rames. Le taux
d’avancement est de 25% car nous avons intégré les extensions jusqu’à
Dergana. Pour certaines parties, nous n’avons pas encore entamé les
travaux et pour d’autres nous sommes à 90%.
Mais dans ce type de projet, la partie la plus difficile à réaliser
est la déviation des réseaux. Où en est actuellement cette phase ?
Effectivement, pour libérer le tracé, il est nécessaire de procéder à la
déviation des réseaux. Alors, ce tracé est divisé en cinq parties. Le
secteur de Bordj-El-Kiffan a été réalisé à 90-95%, le secteur 4 (Bab-
Ezzouar/ les Bananiers) nous en sommes à 25% et le secteur 3 à 35%.
Quant aux secteurs 1 et 2 nous ne les avons pas encore entamés mais nous
avons introduit des autorisations auprès de la circonscription
administrative de Hussein-Dey et nous attendons leur accord pour engager
les travaux. Ceci étant, les études elles-mêmes de déviation des réseaux
sont terminées. Malheureusement, il y a toujours des conduites qui ne
sont répertoriées ni au niveau de la SEAAL ni au niveau du service
technique de la wilaya.
A propos des études de déviation des réseaux, il s’avère quelles ont été
réalisées en deux temps puisque Alstom a décidé de les revoir. Que
valent ces études ?
D’abord, il faut savoir qu’il n’y a pas d’études fausses. Celui qui
dit que ces études sont fausses se trompe. Simplement, quand on fait des
études, on le fait sur la base de données de la SEAAL ou de Sonelgaz.
Mais si l’entrepreneur n’a pas d’expérience dans la déviation des
réseaux et qu’il découvre une conduite non répertoriée il déclare que
ces études sont fausses.
Est-ce que Alstom a refait les études ?
Oui… Mais nous avons refait les études parce que les premières
données étaient incomplètes. On a procédé, à partir du mois d’août et
septembre de l’année dernière, à des sondages. Même ces sondages
n’étaient pas fiables à 100%.
Mais vous avez vous-même remis en cause les études réalisées par
Alstom…
Nous n’avons rien remis en cause…
Pourtant, dans une correspondance datée du 8 décembre 2007,
l’Entreprise du métro d’Alger fait part du «manque de rigueur,
négligence et légèreté dans les travaux de sondage des réseaux et leur
validation sur le secteur 5»…
Non, on ne parlait pas en matière d’étude…
Pas en matière d’étude ? Mais vous faites état des sondages qui ont
été réalisés dans le cadre de ces études…
Oui… Non… C’est pour la collecte d’information…
Pour les études ?
Oui pour les études…
Dans cette correspondance, vous déclarez que les plans d’exécution
élaborés par Méditérrail et validés par Systra ne sont pas conformes à
la réalité du terrain…
Oui… Les entreprises chargées de réaliser la déviation des réseaux
ne peuvent pas le faire car les études ne sont pas fiables à 100%
puisqu’elles sont faites à partir de collecte de données sur le terrain.
C’est que le sondage n’est pas fiable à 100% et nous, de notre côté,
sommes obligés de demander plus et de mettre la pression sur tout le
monde. C’est une stratégie de projet. C’est normal.
La convention de groupement prévoit la création d’organes de direction
pour gérer et administrer Méditérrail. Comment expliquez-vous que la
majorité de ces organes n’aient toujours pas été installés ?
Officiellement, ils ont été installés. Mais leur fonctionnement est
une question interne au groupement. Nous n’avons pas à nous immiscer
dans ses affaires. Nous, nous avons affaire avec le chef de file (Alstom),
c’est lui qui représente les autres partenaires car c’est lui qui a 90%
du marché. Non seulement c’est lui le chef de file et c’est également
lui le mandataire des autres mandataires.
Pour revenir aux partenaires. Qu’en est-il de Todini ? L’entreprise
est quasiment absente sur le terrain.
Todini était défaillante. Certains travaux qui lui ont été confiés n’ont
pas été réalisés. Todini devait réaliser 4 ouvrages d’art et la
déviation des réseaux des lots 1, 2 et 3. Pour l’EMA, lorsqu’il y a
défaillance, nous saisissons le groupement. Nous avons émis des mises en
demeure concernant les lots déviations des réseaux et ouvrages d’art. Vu
cette défaillance, Alstom s’est entretenu avec Todini et a décidé de
prendre 90% des activités de son partenaire. Actuellement, Todini ne
réalise que quelques travaux secondaires.
Et l’ETRHB ?
L’ETRHB, qui est une entreprise algérienne, nous lui avons mis la
pression et avons demandé à Alstom de la renforcer dans le domaine de la
déviation des réseaux. On lui a même confié deux ouvrages d’art. Pour le
premier ouvrage d’art, je m’excuse, mais la réalisation des pieux a été
une catastrophe. L’ETRHB, qui n’est pas spécialisée dans ce domaine, a
fait appel à Spic, une entreprise étrangère. Mais sur le terrain, il n’y
a eu ni suivi, ni rien du tout. Spic était absent. Seul l‘ETRHB était
sur le terrain. Nous avons constaté des insuffisances en matière de
management du chantier et en matière de réalisation, négligence en
matière de suivi. Ils ont réalisé 41 pieux mais une bonne partie est à
renforcer. Nous avons donc émis un ordre d’arrêt des travaux et nous
nous sommes tournés vers le chef de file pour exiger des solutions le
plus rapidement possible.
Donc autant Todini que l’ETRHB ont été défaillantes sur les lots qui
leur ont été attribués ?
Todini a été défaillante sur les parties qu’elle devait réaliser.
Mais on ne peut pas dire que l’ETRHB a été défaillante sur les lots
qu’elle devait initialement prendre en charge. Elle a été défaillante
sur les ouvrages d’art car ils lui ont été confiés en second lieu.
Todini défaillante, elle a signé un contrat de retrait partiel avec
Alstom et c’est Alstom qui a pris en charge les ouvrages d’art.
Certaines informations font état de négociations entre Todini et Alstom
pour un retrait total de l’entreprise italienne. Etes-vous au courant de
ces tractations ?
Oui. Ils sont en négociations, mais aujourd’hui ils ne sont pas
sortis à 100%.
Mais un tel retrait est-il possible sur le plan légal ?
Bien sûr que c’est possible ! C’est la convention qui le prévoit. Au
cas où un des membres est défaillant, le chef de file est obligé de
prendre des mesures.
Est-ce que cela pourrait être possible pour l’ETRHB ?
Bien sûr! Il suffirait qu’il y ait une entente entre l’ETRHB et
Alstom. C’est entre eux. S’il sont d’accord, il n’y a aucun problème.
Finalement, on est face à une situation de blocage. Mais qui bloque ce
projet ?
Non, il n’y a pas de situation de blocage
Mais qui est la cause de ce blocage…
Les causes sont multiples… Nous avons un retard en matière
d’ouvrages d’art. Il y a également un retard sur les déviations des
réseaux. D’après les dernières informations en notre disposition, nous
avons un retard approximatif de 3 mois. L’essentiel est que nous avons
un engagement de la part du chef de file pour la fin des travaux du
premier secteur ( Bordj-El-Kiffan/ les Bananiers) pour le mois d’août
2009. Et le deuxième secteur qui va jusqu’aux Fusillés, il est prévu
pour janvier ou février 2010. A partir de là, débuteront les essais. On
estime à 6 mois la marche à blanc.
Les autorités sont-elles informées de la situation ?
Les autorités sont informées et elles nous rendent visite. Nous
envoyons des rapports mensuels au ministère des Transports. Les
autorités locales sont impliquées dans le projet.
T. H.
MOHAMED HAKEM, RESPONSABLE DE LA COMMUNICATION DE L’ETRHB :
«Les études sont séquestrées»
L’ETRHB (Entreprise de travaux routiers, hydrauliques et bâtiment)
rejette la responsabilité des retards dans la réalisation du tramway
d’Alger sur le chef de file du groupement Méditérrail. Selon Mohamed
Hakem, responsable de la communication du groupe Haddad, Alstom
«séquestre les études» et agit en prédateur.
Le Soir d’Algérie : Un retard est constaté dans la réalisation du
projet de tramway d’Alger. Quelles sont, selon vous, les raisons de ce
retard ?
Mohamed Hakem : Effectivement, un grand retard dû aux études est
constaté dans la réalisation de ce projet stratégique. La première
raison est exogène et objective car les études de déviation des réseaux
fournies par les concessionnaires étaient sommaires. Elles ont été
reprises par Alstom avec des résultats semblables, ce qui n’est pas
permis pour une multinationale de cette envergure. La deuxième raison
est endogène et subjective car les études sont exagérées. Elles sont
actuellement séquestrées pour des raisons que nous ignorons. Plus de la
moitié des délais sont écoulés et nous n’avons pas encore les études BPE,
notamment pour les ouvrages d’art.
L’EMA estime que l’ETRHB a été défaillante dans certaines parties qui
lui ont été attribuées…
En aucun cas l’ETRHB n’a constitué un problème quelconque pour la
réalisation de ce projet car elle n’intervient qu’en aval du processus,
à savoir lorsque les études sont approuvées et validées. La seule chose
que l’on puisse reprocher à l’ETRHB est de s’être mobilisée depuis
janvier 2007, avant même la signature du contrat, sans pour autant avoir
perçu un dinar à ce jour.
Quelle est actuellement la situation au sein du groupement Méditérrail ?
L’absence volontaire de concertation de la part du chef de file, la
non-mise en place des organes de gestion prévus à cet effet, l’exclusion
de l’ETRHB et la prédation du chef de file font que la situation n’est
pas bonne. A Constantine et à Oran, où Alstom n’est pas chef de file,
les travaux semblent se dérouler normalement.
On évoque des négociations entre Alstom et Todini pour le retrait total
de l’entreprise italienne du groupement. Une proposition similaire
a-t-elle été faite à l’ETRHB ?
Nous avons effectivement pris connaissance d’un échange de courrier
entre Alstom et Todini évoquant ce retrait. Todini pour des raisons
économiques et Alstom pour défaillance. Dans les deux cas, cette
opération n’est pas légale et n’est pas conforme aux dispositions de la
convention régissant le groupement Méditérrail, conjoint et solidaire,
notamment son article 16. En ce qui nous concerne, cette question n’est
pas évoquée. Elle n’est pas et ne sera pas à l’ordre du jour. L’ETRHB
est une entreprise nationale et citoyenne.
T. H.
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