Régions : AZAZGA
Deux ans de prison ferme requis contre les 15 femmes du cabaret de Boubhir


Le parquet d’Azazga a requis deux ans de prison ferme contre les 15 femmes de différentes régions du pays, dont des mères célibataires et des orphelines, appréhendées dans la nuit de jeudi dernier par la gendarmerie d’Illoula Oumalou au cabaret de Boubhir (60 km à l'est de Tizi-Ouzou), rouvert il y a une vingtaine de jours.
Une peine globale, accueillie par des larmes, pour les femmes, dont l’une a crié «hagara ! hagara !» Accusées de délits liés à la prostitution, ces dernières ont clamé leur innocence tout au long du procès qui s’est déroulé en public. Se basant sur le rapport de la gendarmerie, le juge, qui les a entendues les unes après les autres, a tenté tout au long du procès de démontrer la culpabilité des pensionnaires de ce cabaret qui active dans la clandestinité et dont les gérants seraient recherchés. Certaines d’entre elles ont des antécédents judiciaires, et l’une avait été condamnée à six mois de prison ferme pour création d’un lieu de débauche. A quelle période remonte leur présence dans ces lieux, combien elles touchaient et de quelle manière, quels étaient leurs contacts, leurs tenues au moment des faits, si elles buvaient ou fumaient, si elles avaient déjà été condamnées pour un motif similaire? étaient autant de questions qui revenaient lors du procès. La plupart d’entre elles ont indiqué être là depuis une vingtaine de jours et toucher 3 500 DA par mois logées et nourries. Argument que la défense, représentée par six avocats, dont Me Chioulef Nawel du barreau d’Oran, a tenté de battre en brèche en plaidant l’acquittement pour absence de preuves matérielles puisque aucune des femmes n’a été surprise en flagrant délit. «Les gendarmes ont-ils trouvé ces femmes dans des chambres ? Quels sont les clients ? Elles sont venues ici comme d’autres partent ailleurs pour tenter leur chance», a plaidé l’avocate. Une autre avocate a martelé : «Serveuse dans un bar est un métier comme les autres sous d’autres cieux», tandis que l’un des autres avocats s’est interrogé sur la qualification du délit. Les pensionnaires ont justifié leur présence dans les lieux par des considérations socioprofessionnelles, comme barwomen ou serveuses, réfutant les accusations d’entraîneuses ou d’aguicheuses sexuelles aux fins de racolage des clients dont aucun n’a été présenté à la barre. «Ces femmes se prostituaient-elles entre elles ?» avait ainsi ironisé Me Salem Kour de Draâ El Mizan alors que Me Idri a stigmatisé la société, le système éducatif et l’État. «L’une des accusées ne connaît même pas sa date de naissance !» Tout comme ils s’interrogent «sur les vrais coupables» et «les gérants des lieux, les hôtels, sur lesquels devrait s’axer l’action de la justice», a martelé entre autres l’avocate d’Oran. Dans son réquisitoire, le procureur de la République n’a pas omis de distinguer les cercles de responsabilité dans cette affaire, rappelant que le gestionnaire des lieux, qui active dans la clandestinité, a été présenté au tribunal le Ramadhan dernier. Le verdict sera rendu dimanche prochain. Le juge rendra-t-il à son tour un verdict global ou tiendra-t- il compte du passé des filles dont certaines ont un casier judiciaire vierge ?
S. Hammoum



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