Le sommet Russie-Union européenne tenu jeudi et vendredi à Khanty-Mansiisk, en Sibérie occidentale, est intervenu dans une conjoncture internationale marquée par des problèmes énergétiques croissants, a indiqué vendredi le président russe Dmitri Medvedev. Le sommet auquel ont pris part, outre le président russe, le Premier ministre slovène Janez Jansa, dont le pays préside actuellement l'UE, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso et le chef de la diplomatie de l'UE Javier Solana, a été une occasion privilégiée pour poursuivre le dialogue sur les dossiers stratégiques des relations bilatérales, y compris dans le domaine de l'énergie, a déclaré le chef de l’Etat russe lors de la deuxième journée de cette rencontre qui a vu les deux parties lancer les négociations sur un accord-cadre, après une première journée consacrée aux contacts protocolaires. Après le sommet tenu à Sotchi y a deux ans et celui de Samara l’année dernière, le choix de Khanty-Mansiisk, chef-lieu d’une des régions «les plus dynamiques de Russie», s’explique par le fait que «le sommet intervient dans un contexte de problèmes énergétiques croissants», a souligné Medvedev, dont l’intervention a été retransmise par la télévision russe. «C'est ici que prennent naissance les fleuves d'hydrocarbures qui coulent vers l'Europe, c'est ici que se forme une grande partie des recettes budgétaires de la Russie», a lancé le présidence russe en évoquant le choix de cette ville, chef-lieu du district autonome des Khantys et Mansis qui occupe la première place en matière de production de pétrole et d'électricité et la deuxième en matière de production de gaz naturel. Dans une déclaration conjointe à l’issue de la rencontre, les deux parties ont annoncé que le premier round des négociations entamées vendredi aura lieu le 4 juillet à Bruxelles, soulignant que l'objectif était de parvenir à un accord stratégique qui remplacera l'accord de partenariat et de coopération en vigueur depuis le 1er décembre 1997 et qui avait expiré en décembre 2007. Le nouvel accord doit constituer la base d'un partenariat stratégique à long terme, a estimé le président russe dans une conférence de presse conjointe avec les responsables européens à l’issue du sommet. Il a souligné que le futur accord «constituera un instrument de rapprochement réel entre la Russie et l'UE. Il doit reposer sur les principes de l'égalité en droits, le pragmatisme, le respect réciproque des intérêts des parties et, bien entendu, sur une approche commune des problèmes clés de la sécurité. En un mot, l'accord doit constituer la base du partenariat entre la Russie et l'Union européenne à long terme». Cependant, les négociations qui devraient durer au moins un an, voire deux, s’annoncent difficiles en raison de divergences entre les deux parties, notammenten matière d’énergie et de sécurité, relèvent les observateurs. Alors que l’UE cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie en matière d’énergie, notamment en investissant en amont dans ce pays et souhaite par conséquent un climat plus favorable aux investissements étrangers, Moscou demande à l’Europe d’ouvrir son marché, notamment celui de la distribution aux compagnies russes. Le président du géant gazier russe Gazprom a, au moment même où les dirigeants européens étaient réunis avec le président russe, annoncé que sa compagnie proposait à ses partenaires européens de mettre en place conjointement en Europe un réseau de stations-service de GPL pour les voitures. «Je voudrais saisir l'occasion pour dévoiler une nouvelle initiative de Gazprom. Nous proposons à nos partenaires européens d'étudier un projet conjoint de création d'un réseau de stations-service GPL avec la participation de Gazprom», a déclaré le patron du holding russe, Alexeï Miller, lors de l'assemblée annuelle des actionnaires. Il a également profité de l’opportunité pour réitérer que Gazprom envisageait d’augmenter sa production en la portant à 563 milliards de mètre cubes de gaz, soit 14,4 milliards de mètres cubes de plus qu'en 2007. De son côté, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a indiqué que l'Union européenne était préoccupée par la hausse des prix des hydrocarbures, a souligné que «le volet énergétique joue un rôle capital» dans les relations entre les deux parties qui, a-t-il dit, sont «interdépendantes» dans ce domaine. Il a d’autre part conditionné le soutien de l'UE au projet de gazoduc Nord Stream qui doit relier, via la Mer Baltique, le littoral russe dans la région de Vyborg au littoral allemand dans la région de Greifswald, par le règlement de toutes les questions écologiques liées à la mise en œuvre de ce projet. «Nous soutiendrons le projet à condition qu'il soit conforme à la législation de l'UE en matière de protection de l'environnement», a-t-il affirmé lors de la conférence de presse conjointe à l’issue du sommet. Le gazoduc Nord Stream, dont la première canalisation, d'une longueur de 1 200 km et d'une capacité de 27,5 milliards de mètres cubes de gaz par an, devrait être opérationnelle en 2010, se heurte à l’opposition de plusieurs pays, notamment l'Estonie, la Pologne, la Suède et la Finlande, qui considèrent que ce projet porterait préjudice à l’environnement. Outre l’énergie, les positions de la Russie et de l’UE divergent sur les questions liées à la sécurité en Europe. Selon le chef de l’Etat russe, l’UE évite de discuter avec la Russie de certaines questions liées à la sécurité sur le continent, notamment celles relatives au déploiement du bouclier antimissile américain ou au Traité sur la réduction des armements conventionnels en Europe (FCE), laissant ainsi aux Etats-Unis les coudées franches pour imposer leur position. Il a en outre estimé que l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), l'UE et l'Otan n’étaient pas en mesure de régler les problèmes de la sécurité européenne qui, a-t-il estimé, «ne peut pas être divisée en blocs ou alliances, ni être garantie par une poignée d'Etats, car il s'agit de la sécurité du continent européen».
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