
Actualités : EN RAISON DE LACUNES DANS LA LÉGISLATION Les pédophiles récidivistes continuent à sévir
Les violences sexuelles sur mineurs constituent une forme extrême de maltraitance de cette catégorie vulnérable de la société. Pour cela, le réseau Wassila de réflexion et d’action en faveur des femmes et des enfants victimes de violences appelle à briser la loi du silence par le signalement qui doit devenir une obligation, selon les membres du réseau qui préconisent la mise en œuvre de nouvelles dispositions pénales. F.-Zohra B. - Alger (Le Soir) - L’agresseur du petit Yasser, violé,
torturé et assassiné à l’âge de trois à Constantine, est un récidiviste
déjà condamné pour acte de pédophilie. Il a toutefois été relâché sa
peine purgée. Il est retombé dans l’anonymat et il a pu en toute
impunité s’attaquer à un autre innocent sans défense. Cet exemple n’est
malheureusement pas le seul, d’autres cas de récidive sont signalés dans
plusieurs régions du pays, alors que plusieurs agressions sexuelles sur
mineurs restent souvent tues par la famille, si ce n’est par la victime
elle-même. Aussi bien le mouvement associatif que les juristes pointent
du doigt le problème qui entrave les sanctions adéquates, à savoir un
vide juridique flagrant. Le procès de l’assassin de Yasser a été
largement médiatisé, le coupable a été condamné à mort et l’affaire a
fait la une des journaux. Toutefois, l’histoire risque de se répéter,
car les pédophiles, et les psychologues insistent sur ce point, sont des
récidivistes et la pédophilie étant une perversion, le sentiment de
culpabilité n’existe pas chez les pédophiles qui, selon les
spécialistes, ne demandent pas d’aide ni de soins, d’où la crainte de
récidive. Les psychologues noteront aussi que la répression seule ne
règle pas le problème et évoquent donc la nécessité d’une injonction
thérapeutique et surtout un suivi judiciaire par la police.
Plaidoyer du réseau Wassila pour bannir la loi du silence en cas de
viol
Le travail préventif et de sensibilisation auprès des enfants est aussi
recommandé par les spécialistes. C’est pour sensibiliser en premier lieu
les décideurs que le réseau Wassila de réflexion et d’action en faveur
des femmes et des enfants victimes de violence a organisé ce jeudi une
rencontre sur «le droit de l’enfant à la protection : plaidoyer pour le
signalement des violences sexuelles». Le réseau fait ainsi une énième
tentative en vue d’attirer l’attention sur la question des agressions
sexuelles à répétition sur les mineurs. La rencontre, organisée en
collaboration avec SOS Village d’enfants de Draria, a permis aux
spécialistes de donner des recommandations pour de nouvelles
dispositions légales ainsi qu’un code de conduite pour les personnes qui
côtoient les enfants en collectivité. Ainsi, selon les intervenants, le
réseau, depuis sa création au mois d’octobre de l’année 2000, reçoit de
plus en plus de demandes d’aide émanant de parents ou de personnes
proches d’enfants victimes de maltraitance et plus particulièrement de
violences sexuelles. Toutefois, ce phénomène aux conséquences
dramatiques demeure un sujet tabou. «Or, la loi du silence qui entoure
la grande majorité de ces crimes et l’impunité dont bénéficient leurs
auteurs aggravent le retentissement de ce type de violence. Leurs
conséquences sont catastrophiques, au double plan individuel et social.
Elles induisent le plus souvent chez les victimes non aidées des
déséquilibres comportementaux et sociaux qui traduisent des souffrances
inexorables et indélébiles, cette détresse peut également les mener à
des comportements dangereux pour d’autres enfants», expliquent les
membres du réseau. «Chez nous, notent les intervenants, les avancées
dans le domaine de la protection des enfants des agressions sexuelles,
si elles sont encourageantes, elles restent toutefois timides, et de ce
fait, la volonté réelle politique de respecter nos engagements
internationaux et de ne tolérer aucune violation des droits de l’enfant
n’est pas plus encourageante», précisent les membres du réseau Wassila.
«Le signalement des violences sexuelles sur mineur doit être une
obligation pénale»
Il est proposé une série de recommandations qui concernent notamment
l’urgence de définir les actes de violence sexuelle dans le code pénal
en vue de permettre une qualification objective des faits par les
autorités judiciaires. «Jusqu’ici, les termes dans la loi demeurent
vagues et imprécis ; le viol lui-même considéré pourtant comme un crime
dans l’article 336 du code pénal n’a donné lieu à aucune définition »,
tel est le constat des membres du réseau. Souvent et en raison des
ambiguïtés des lois, les adultes confrontés à des situations de violence
sexuelle sur des enfants se trouvent dans l’impossibilité d’aider les
victimes en raison du fait qu’elles ne savent pas à qui s’adresser.
Ainsi, le document présenté par le réseau Wassila se propose de définir
le signalement, mécanisme qui permet aux services compétents (police,
justice, assistants sociaux) d’être informés de tout acte de violence et
de prendre les mesures qui s’imposent pour protéger l’enfant. Le réseau
donne à la réflexion commune des propositions de prise en charge des
situations de violence et propose que le signalement des violences
sexuelles sur enfant soit inscrit dans la loi. Cela veut dire que si le
signalement devient obligatoire, tout manquement doit être sanctionné.
En outre, expliquent les membres du réseau dans le manuel, la loi
devrait déterminer les modalités de signalement de manière claire et
précise en définissant les personnes auxquelles le signalement doit être
indiqué. Ainsi toute personne n’ayant pas rempli cette obligation
devrait être sanctionnée au titre de non-dénonciation de crime ou de
non-assistance à personne en danger, comme le stipulent les articles 181
et 182 du code pénal. Toutefois, actuellement en Algérie, précisent les
juriste du réseau, seuls les professionnels de santé sont tenus de
dénoncer tous sévices constatés sur un mineur ou une personne
handicapée. Ainsi, l’article 54 du code de déontologie médicale
mentionne l’obligation du signalement de sévices relevés dans l’exercice
de la profession. Mais il s’agit d’une obligation morale seulement
aucune sanction n’est envisagée dans les deux textes si les
professionnels ne procèdent pas au signalement. «Il est important de
souligner la nécessité de faire du signalement de la maltraitance et des
violences sexuelles sur enfant une obligation pénale. De plus la nature
même du signalement devrait être connue de tous, les signalements
administratifs distingués du signalement judiciaire, de même que son
contenu et son cheminement», a déclaré Me Sihem Hammache, membre du
réseau Wassila. Des recommandations sont aussi faites pour un changement
urgent des dispositions légales concernant ce type de violences. La
notion de signalement doit aussi être définie car elle ne figure pas
dans les textes légaux et réglementaires. Le signalement permettra,
expliquent les spécialistes, de faire cesser le danger de violences et
est à même de déclencher la prise en charge susceptible de protéger
l’enfant. A cet effet, le réseau Wassila a préparé des exemples de
formulaires à remplir notamment pour les professionnels de la santé mais
aussi pour toute autre personne et institutions.
L’urgence de nouvelles dispositions législatives
Selon Me Hammache, la loi actuelle sanctionnant tous les actes de
violence sexuelle est regroupée dans les chapitres 2 du code pénal :
crimes et délits contre la famille et les bonnes mœurs. De ce fait, le
réseau Wassila estime que ces mesures et ces propositions amélioreraient
la situation en matière de droit de protection de l’enfant dans notre
pays. Ainsi, selon la juriste, la loi en ne citant pas la victime nie
l’impact de ces actes de violence sur la personne. «La forme lexicale
actuelle ne spécifie pas clairement et concrètement que l’enfant,
première victime du crime touchant à son intégrité physique, a droit à
réparation.» Aussi, selon l’intervenante, la justice doit prendre en
considération les témoignages de l’enfant au même titre que celui des
adultes. Les propositions du réseau Wassila concernent aussi d’autres
dispositions qui permettent de faciliter et d’organiser les actes de
signalement et le témoignage des victimes. Il est aussi proposé que les
condamnés pour agressions sexuelles ne puissent bénéficier ni d’une
remise de peine, ni de sursis, ni de grâce présidentielle. Des codes de
conduite dans les lieux d’accueil et de vie de l’enfant tels que les
collectivités scolaires et de loisir sont aussi souhaités et des peines
complémentaires pour les agresseurs
F.-Z. B.
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