L’absence d’une politique de développement des ressources humaines (RH) au sein des entreprises a créé une véritable instabilité du marché du travail en Algérie. Cette instabilité est accentuée par la rareté des profils recherchés et la méconnaissance des spécificités du contexte algérien. Lyès Menacer - Alger (Le Soir) - «Environ 51% des cadres algériens
travaillant dans les entreprises multinationales envisagent de changer
de boîte en moins d’un an après leur recrutement et 6% seulement pensent
y rester pendant 2 à 3 ans et au même poste», a révélé une enquête
réalisée en 2007 par un bureau d’études français auprès d’un échantillon
de 400 cadres algériens travaillant pour le compte d’entreprises
multinationales. «12% seulement se voient rester dans la même entreprise
et dans la même fonction, et 31% dans la même entreprise mais dans une
fonction différente», apprend-on encore du commanditaire de cette
enquête, M. Samir Toumi, directeur général de Team Consulting
International, un bureau d’études algérien spécialisé en ressources
humaines. Près d’un tiers des cadres interrogés expriment un décalage
entre le poste occupé et celui décrit dans le document d’embauche. 46%
n’ont pas bénéficié de formation au sein de l’entreprise et 56% n’ont
pas eu d’information sur les évolutions de carrière possibles. Mais M.
Toumi affirme qu’«en réalité, la première motivation de cette
instabilité est la course au salaire, citée chez 29% des cadres
interrogés, devant les perspectives d’évolution (27%) et devant le
dynamisme de l’entreprise (23%)». Les chiffres présentés par l’enquête
sont très significatifs d’une économie émergente, marquée par une quasi
inexistence d’une politique prenant en charge le volet RH, ajoute notre
interlocuteur. L’installation massive des entreprises multinationales,
depuis le début de l’année 2000, et la rareté des profils recherchés
expliquent en partie l’instabilité de ces cadres qui cherchent un
meilleur salaire et plus de perspectives d’évolution. Cette tension
exercée sur les compétences et sur certains secteurs d’activité
économique a contraint ainsi les patrons de certaines boîtes
multinationales à se rabattre sur les nouveaux diplômés, fraîchement
sortis des grands instituts de formation algériens. Le problème reste
toutefois posé en raison surtout de «l’obsession de certaines
entreprises à chercher le bon profil, de la politique des RH qui se
résume au recrutement et à l’élaboration de la partie salariale du
business plan», précise l’étude. Par ailleurs, 43% des cadres interrogés
se disent peu satisfaits du management de l’entreprise. La question du
management et du marketing a, en effet, été occultée pendant plusieurs
décennies. Le contexte économique mondial a obligé l’Algérie à se mettre
à niveau en matière de formation de cadres spécialisés dans ces deux
domaines. Mais cet effort se limite, pour le moment, à certains
instituts et écoles de formation qui ont choisi d’aller à la rencontre
du monde entrepreunarial. L’exemple de l’Institut national du commerce
(INC) de Ben-Aknoun à Alger est plus qu’illustratif. Ces nouveaux
diplômés, dont le nombre est d’environ 400 chaque année, sont facilement
embauchés par les entreprises qui leur inculquent leur propre culture
managériale dès le départ, a déclaré M. Saâdi, directeur de cet
établissement. Ces étudiants sont souvent repérés durant leur période de
stages pratiques, a-t-il ajouté.
Rapprocher l’université du monde du travail
«Il faut opérer un rapprochement entre les institutions de formation et
le monde du travail», a suggéré M. Belkhiri, un des responsables du
Centre de carrière, créé dans le cadre d’un partenariat entre l’INC et
l’Institut Davidson de l’Université du Michigan des Etats-Unis
d’Amérique. La synergie existante entre le monde de la formation et
celui du travail demeure toutefois au stade embryonnaire, a-t-on
regretté. Les entreprises ne disposent pas ou presque de suffisamment
d’informations sur les institutions de formation, restées distantes du
marché du travail en Algérie. Les agences locales de l’emploi ne
disposent pas, elles aussi, d’information concernant ces institutions et
susceptibles de faciliter l’installation des entreprises étrangères dans
certaines régions du pays. Les universités algériennes n’ont pas jugé
nécessaire la création d’une structure chargée de la relation
université-entreprises, permettant aux étudiants d’être embauchés après
l’achèvement de leur cursus. Ce sont surtout les régions de l’intérieur
du pays qui en souffrent le plus, a-t-on indiqué. «Il faut plus de
flexibilité dans le système éducatif et une nouvelle approche de la
formation universitaire qui doit s’adapter aux besoins du marché du
travail», a affirmé M. Saâdi, directeur de l’INC en marge du deuxième
Forum de recrutement Jincent 2008, organisé hier dans cet établissement.
Ce forum, qui s’achève aujourd’hui, a vu la participation de 32
entreprises nationales et étrangères, venues à la rencontre des
étudiants de l’INC et des différentes universités d’Alger pour les
besoins d’un entretien et d’un éventuel recrutement sur place.
L. M.
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