lundi 30 juin 2008
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Actualités : LA POLITIQUE DE DÉVELOPPEMENT DES RESSOURCES HUMAINES MISE EN CAUSE
Instabilité du marché du travail en Algérie


L’absence d’une politique de développement des ressources humaines (RH) au sein des entreprises a créé une véritable instabilité du marché du travail en Algérie. Cette instabilité est accentuée par la rareté des profils recherchés et la méconnaissance des spécificités du contexte algérien.
Lyès Menacer - Alger (Le Soir) - «Environ 51% des cadres algériens travaillant dans les entreprises multinationales envisagent de changer de boîte en moins d’un an après leur recrutement et 6% seulement pensent y rester pendant 2 à 3 ans et au même poste», a révélé une enquête réalisée en 2007 par un bureau d’études français auprès d’un échantillon de 400 cadres algériens travaillant pour le compte d’entreprises multinationales. «12% seulement se voient rester dans la même entreprise et dans la même fonction, et 31% dans la même entreprise mais dans une fonction différente», apprend-on encore du commanditaire de cette enquête, M. Samir Toumi, directeur général de Team Consulting International, un bureau d’études algérien spécialisé en ressources humaines. Près d’un tiers des cadres interrogés expriment un décalage entre le poste occupé et celui décrit dans le document d’embauche. 46% n’ont pas bénéficié de formation au sein de l’entreprise et 56% n’ont pas eu d’information sur les évolutions de carrière possibles. Mais M. Toumi affirme qu’«en réalité, la première motivation de cette instabilité est la course au salaire, citée chez 29% des cadres interrogés, devant les perspectives d’évolution (27%) et devant le dynamisme de l’entreprise (23%)». Les chiffres présentés par l’enquête sont très significatifs d’une économie émergente, marquée par une quasi inexistence d’une politique prenant en charge le volet RH, ajoute notre interlocuteur. L’installation massive des entreprises multinationales, depuis le début de l’année 2000, et la rareté des profils recherchés expliquent en partie l’instabilité de ces cadres qui cherchent un meilleur salaire et plus de perspectives d’évolution. Cette tension exercée sur les compétences et sur certains secteurs d’activité économique a contraint ainsi les patrons de certaines boîtes multinationales à se rabattre sur les nouveaux diplômés, fraîchement sortis des grands instituts de formation algériens. Le problème reste toutefois posé en raison surtout de «l’obsession de certaines entreprises à chercher le bon profil, de la politique des RH qui se résume au recrutement et à l’élaboration de la partie salariale du business plan», précise l’étude. Par ailleurs, 43% des cadres interrogés se disent peu satisfaits du management de l’entreprise. La question du management et du marketing a, en effet, été occultée pendant plusieurs décennies. Le contexte économique mondial a obligé l’Algérie à se mettre à niveau en matière de formation de cadres spécialisés dans ces deux domaines. Mais cet effort se limite, pour le moment, à certains instituts et écoles de formation qui ont choisi d’aller à la rencontre du monde entrepreunarial. L’exemple de l’Institut national du commerce (INC) de Ben-Aknoun à Alger est plus qu’illustratif. Ces nouveaux diplômés, dont le nombre est d’environ 400 chaque année, sont facilement embauchés par les entreprises qui leur inculquent leur propre culture managériale dès le départ, a déclaré M. Saâdi, directeur de cet établissement. Ces étudiants sont souvent repérés durant leur période de stages pratiques, a-t-il ajouté.
Rapprocher l’université du monde du travail

«Il faut opérer un rapprochement entre les institutions de formation et le monde du travail», a suggéré M. Belkhiri, un des responsables du Centre de carrière, créé dans le cadre d’un partenariat entre l’INC et l’Institut Davidson de l’Université du Michigan des Etats-Unis d’Amérique. La synergie existante entre le monde de la formation et celui du travail demeure toutefois au stade embryonnaire, a-t-on regretté. Les entreprises ne disposent pas ou presque de suffisamment d’informations sur les institutions de formation, restées distantes du marché du travail en Algérie. Les agences locales de l’emploi ne disposent pas, elles aussi, d’information concernant ces institutions et susceptibles de faciliter l’installation des entreprises étrangères dans certaines régions du pays. Les universités algériennes n’ont pas jugé nécessaire la création d’une structure chargée de la relation université-entreprises, permettant aux étudiants d’être embauchés après l’achèvement de leur cursus. Ce sont surtout les régions de l’intérieur du pays qui en souffrent le plus, a-t-on indiqué. «Il faut plus de flexibilité dans le système éducatif et une nouvelle approche de la formation universitaire qui doit s’adapter aux besoins du marché du travail», a affirmé M. Saâdi, directeur de l’INC en marge du deuxième Forum de recrutement Jincent 2008, organisé hier dans cet établissement. Ce forum, qui s’achève aujourd’hui, a vu la participation de 32 entreprises nationales et étrangères, venues à la rencontre des étudiants de l’INC et des différentes universités d’Alger pour les besoins d’un entretien et d’un éventuel recrutement sur place.
L. M.

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