Intelligence économique et défense économique, deux thèmes majeurs
qui ont occupé l’actualité nationale ces derniers jours. La question
nodale qui se pose pour notre pays consiste à comment faire fonctionner
l’intelligence économique au niveau étatique pour garantir une meilleure
défense économique, voire la sécurité alimentaire, dans un contexte de
mondialisation. Par conséquent, rendre notre pays invulnérable à toute
instabilité économique chronique, susceptible de détruire l’ossature de
l’Etat. La mondialisation induit pour notre pays la restructuration des
entreprises et des systèmes productifs, et ce, par l’intensification de
la concurrence qui les met sous haute pression. Ce qui implique un
phénomène de concentration des entreprises, la régionalisation des
économies des Etats-nations, voire la restructuration organisationnelle
de ces derniers selon la doctrine de l’économie libérale. L’intelligence
économique (IE) étant l’organisation de collecte, de traitement,
d’analyse et de diffusion de l’information utile en vue de son optimale
exploitation par les acteurs économiques. Cet effort d’organisation de
recherche d’informations stratégiques implique la coordination de
l’action à tous les niveaux de l’activité économique. De l’unité de base
(entreprise), en passant à des niveaux intermédiaires (secteur
d’activité), jusqu’aux niveaux national (Etat) et international (groupe
des Etats-nations). Ce système de structuration de l’intelligence
économique a pour objectif stratégique de surveiller l’environnement de
toute l’activité économique afin d’anticiper les événements
(opportunités) et de réduire les risques (menaces) liés à l’incertitude.
Le colloque international organisé ces derniers jours à l’hôtel Sheraton
Club des Pins sur «la gouvernance des institutions et l’intelligence
économique» a confirmé la dimension stratégique de l’IE. Parmi les
recommandations des éminents experts en la matière présents, la mise en
place d’un haut-commissariat auprès du chef du gouvernement chargé de l’IE,
la mise en place de son système informationnel et la formation de ses
formateurs en élaborant une loi-cadre la définissant, une réglementation
spécifique régulant son activité et une charte de déontologie écartant
tout espionnage à travers l’information recherchée. D’autant que les
participants ont quasiment insisté sur le caractère algéro-algérien de
l’IE, permettant une indépendance totale dans ce domaine. Toutefois,
prévoir les menaces et les opportunités qui émanent de l’environnement
de l’entreprise, assurer sa protection et sa bonne gouvernance,
tributaire de la fiabilité et de la crédibilité de l’information
récoltée d’une part, d’autre part, de sa large diffusion et de son
optimale exploitation dans l’entreprise. La dynamique qui consiste à
organiser la recherche de l’information utile au niveau national, via
les réseaux informationnels entre entreprises et institutions de l’Etat,
et ce, en coordination avec un réseau informationnel extérieur,
constitué d’entreprises et institutions nationales opérant à
l’international. Etant hautement susceptible de protéger l’économie
nationale d’imminentes crises économiques internes, de la prémunir des
éventuels bouleversements de l’économie mondiale, voire l’efficience
fonctionnelle et opérationnelle de l’IE d’un Etat, permet à celui-ci de
se doter d’une défense économique fiable, lui garantissant autant son
immunité que son existence ellemême. L’histoire récente de l’Algérie
confirme le caractère stratégique de l’IE. Le choc pétrolier de 1986 et
ses répercussions désastreuses avaient mis l’Algérie dans une situation
de plein cessation de payement, qui avait failli emporter l’Etat
national. D’où l’impératif d’un accord avec le FMI portant
rééchelonnement de la dette extérieure. En contrepartie d’une thérapie
de choc administrée par ce dernier (plan d’ajustement structurel), qui
bouleversa autant le schéma institutionnel que la législation du pays.
Les quatrièmes journées d’étude parlementaire sur la défense nationale,
organisées récemment par le Conseil de la nation, portant pour thème
générique «la défense économique», ont mis en exergue le caractère
éminemment stratégique de cette dernière. Participant à ces journées,
des hauts cadres de l’armée, de la gendarmerie nationale, des cades du
ministère de la Défense nationale, des sénateurs, des députés et autres
experts de la question, ces derniers ont mis en évidence la corrélation
existant entre défense nationale et défense économique. La première ne
peut aucunement se construire et se réaliser sans au préalable la
construction et la réalisation de la seconde. La cellule de l’IE,
constituée de réseaux informationnels de tous les domaines de l’activité
économique, est un système national d’information fiable, permettant la
collecte, l’analyse et la diffusion de l’information stratégique et
permet à l’Etat et aux entreprises d’anticiper et de mettre en œuvre un
dispositif économico-institutionnel performant, en adéquation avec
l’orientation de l’économie mondiale et aux implications de la
mondialisation. Désormais, le projet portant réforme des structures et
des missions de l’Etat doit impérativement inclure
l’institutionnalisation de l’IE, en la rattachant aux hautes structures
de l’Etat.
B. R.
*Professeur à l’Institut
international de management
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