jeudi 03 juillet 2008
Accueil | Edition du jour
 
Actualités
Périscoop
Régions
Sports
Femme magazine
Chronique du jour
Pousse avec eux
Le HIC
Edition du jour
 
Culture
Société
 
 
Nos archives en HTML
 

Sports : FOOTBALL
NORDINE KORICHI (ANCIEN PROFESSIONNEL ET INTERNATIONAL ALGÉRIEN) SE CONFIE AU SOIR
«Un jour, je serai le sélectionneur national de mon pays»


Du haut de ses 1.93 m, Nordine Korichi l'ancien footballeur professionnel et international algérien, de Valenciennes, de Bordeaux, de Lille et du club suisse de Sion, qui s'est étalé longuement dans cet entretien sur sa carrière professionnelle de footballeur, de sa reconversion en éducateur et surtout sur ses deux participations avec la sélection nationale aux deux tournois mondiaux (espagnol de 1982 et mexicain de 1986) dont il garde de bons et de mauvais souvenirs.

Il nous raconte aussi sa mésaventure à Farges lors de la préparation du premier mondial algérien. Nordine qui entraîne actuellement le FC Mantois, est père de deux enfants. Mehdi, l'aîné à 18 ans. Il joue comme stoppeur à Levallois avec les moins de 18 ans. Imarane son deuxième garçon, âgé de 9 ans joue comme gardien de but avec l'équipe de Courbevoie. «La tour défensive lilloise» comme l'appelaient les gens du Nord à l'époque en raison de sa combativité au niveau de la défense, réside dans le 20e arrondissement à Paris. Sa passion, c'est le football qu'il a connu à l'âge de 10 ans à Ostricourt dans sa commune de naissance dans la région de Lens où il est né, il y a 54 ans. Nordine qui a terminé sa carrière footballistique avec l'équipe de Sion, un club Suisse en 1987, s'est reconverti en éducateur et ce, après avoir passé tous ses diplômes, du brevet d'Etat au diplôme d'entraîneur de football (DEF). Il a entraîné le Paris FC et Bagneux, alors en CFA. Aujourd'hui, il est toujours lié par un contrat avec le FC Mantois (Mantes-la- Jolie), située à 60 km de la capitale française, avec lequel il a atteint la saison dernière les 1/32es finale de la Coupe de France et de surcroît avec 9 garçons âgés de 19 ans. Il s'est incliné aux tirs au but face au club de ligue 2, Amiens AC. Cette saison, le FC Mantois s'est classé à la troisième place derrière les deux clubs qui ont accédé en CFA.

Le Soir d'Algérie : Entraîneur du FC Mantois depuis deux années et ayant raté de peu l'accession, comptez-vous prolonger votre contrat avec cette équipe dont vous commencez à goûter aux sensations.
Nordine Korichi :
C'est vrai que j'ai connu de bons moments avec le FC Mantois notamment notre parcours en coupe de France l'année dernière où nous avons atteint les 1/32es de finale avant de nous incliner aux tirs au but face à Amiens qui joue en ligue 2. Mon équipe commence à réaliser de bonnes performances dont l'accession qu'elle a ratée d'un cheveu cette saison en se classant à la troisème place. Mon contrat se termine la saison prochaine, mais je voudrais changer d'air.
Avez-vous été contacté par d'autres clubs ?

Oui, j'ai eu des contacts dont notamment dans le nord de la France, ma région natale que j'aime beaucoup. Il y a Valenciennes, Lille et des clubs de la région parisienne d'un bon niveau. Je veux découvrir le haut niveau en tant entraîneur et connaître d'autres sensations avec d'autres clubs plus huppés. Je ne veux pas être entraîneur d'une saison. Je veux toujours laisser mon empreinte pour que le club poursuive ce que j'ai construit.
L'Espagne a remporté l'édition 2008 du Championnat d'Europe de football face au tenant du titre, alors que la France est passée à côté...
En effet, l'équipe qui a gagné, c'est l'équipe qui n'a pas perdu, c'est l'Espagne bien sûr. Le trophée a été remporté par une équipe régulière et qui a gagné tous ses matches. Il y a aussi, la Turquie, la surprise du tournoi que j'aurais aimé voir atteindre la finale. C'est une équipe musulmane, qui en plus est située en Europe, mais ne fait pas partie de l'Europe. Ça aurait été la bombe de l'Europe si elle avait gagné la coupe d'Europe cette année. Mais elle n'a pas démérité et elle a prouvé qu'elle a un potentiel de jeunes joueurs qui peut faire mal lors des prochaines manifestations sportives internationales et mondiales. Quant à la France, c'est une équipe qui a joué cet Euro sans état d'âme. La France a été tétanisée par le problème d'ordre physique, c'est un groupe qui n'était pas prêt à aller au combat. Une défense passive et une attaque qui ne marque pas. Pourtant, lors des matches de préparation, la défense des Bleus n'encaissait que rarement des buts.
Le sélectionneur national des Bleus Domenech a été critiqué de partout.

Domenech n'arrivait pas à gérer le groupe. Il n'arrivait surtout pas à lui inculquer la joie de jouer et de gagner. La France a pourtant de bons joueurs, mais elle a raté son championnat d'Europe.
Passant des Bleus aux Verts. La sélection nationale algérienne n'arrive toujours pas à décoller. Que pensez-vous de sa prestation jusqu'à présent?

J'ai vu le match contre la Gambie et j'ai constaté que les Gambiens étaient les plus déterminés à gagner des duels que ceux de notre équipe. Le jeu technique à l'algérienne ne suffit pas à ce niveau-là. Quand notre équipe possède le ballon c'est bon, mais dès qu’elle le perd, elle se noie. Il y a cette détermination agressive qui lui fait défaut. Il faut sortir un autre outil que la technique, de façon qu'on puisse partir à la «guerre». Contre la Gambie, l'EN a tenté de jouer, mais il lui manquait cette puissance physique et athlétique.
L'entraîneur national, M. Saâdane semble perdre la bataille en affirmant qu'il allait jeter l'éponge. Pensez-vous que c'est le moment d'abandonner le navire en cours de route?

Je pense que tout entraîneur qui se respecte ne devrait pas faire une déclaration durant cette période de la «bataille» et qu'il devrait continuer son programme. Pour une fois qu'il est bien bien parti, le voilà qui tente d'abandonner l'équipe. Cela démontre encore une fois, toutes ses incohérences et ses idées qui sont toujours difficiles à comprendre.
Dans une de ses déclarations rapportées par la presse algérienne, il aurait indiqué qu'il faudrait un entraîneur étranger. Pensez-vous qu'il n'y a pas d'entraîneur algérien capable d'assumer cette fonction ?

C'est une bonne question. Je pense qu'auparavant, Madjer a démontré ses capacités. Ensuite, il y a eu le trio Sandjak Djadaoui-Hamimi qui a fait propulsé l'équipe jusqu'aux quarts de finale de la CAN 2000. Par contre, l'entraîneur étranger, comme le suggère M. Saâdane, à l'image de Cavalli a malheureusement montré ses limites. Avec un groupe de bons joueurs, il n'arrivait pas à battre la Guinée à la maison pour aller à la CAN 2008.
Justement, avant la nomination de Saâdane, votre nom et celui d'un autre Français ont été évoqués pour remplacer Cavalli. Que s'est-il passé après ou est-ce des rumeurs !
Oui, il y avait mon nom et celui de Giresse qui ont été proposés par la tutelle, mais il semble que la FAF avait déjà choisi son entraîneur.
Avez-vous été déçu de ne pas être choisi pour remplacer le sélectionneur français ?

Bien évidement, j'ai été déçu, mais un jour, je serai le sélectionneur de mon pays Inch Allah. Maintenant, il faut penser à propulser l'équipe à la première place, car avec la nouvelle formule de la deuxième place, l'Algérie risque ne ne pas accéder au prochain tour des groupes éliminatoires. Le MJS, la FAF et surtout les joueurs doivent se battre pour atteindre cet objectif.
Que manque-t-il au football algérien pour retrouver son lustre d'antan ? N'avons nous pas d'autres Zidane, Korichi, Madjer, Belloumi, Cerbah et j'en passe ?

Si, il y en encore des Zidane, Madjer, Dahleb et Belloumi ou encore Cerbah. En Algérie, ici en France ou ailleurs en Europe, il y a toujours de bons joueurs. Il ne suffit pas de rester derrière un bureau et dire qu'il n'y a pas de relève. Il suffit d'aller les chercher et les mettre au service du football de leur pays. Moi, je suis sollicité à longueur de journée par nos jeunes joueurs émigrés. Il y a Mehdi, mon fils, qui joue comme stoppeur à Levallois avec les 18 ans, il y a aussi Idir, votre fils, qui joue comme gardien de but avec les moins de 18 ans nationaux. C'est le plus haut niveau en jeunes du football français. Il faudrait une politique pour canaliser ces jeunes joueurs avant qu’ils ne connaîssent le même sort que les Benzema, Nasri et bien d'autres.
Ne pensez-vous pas que la création de l'Association des sportifs algériens de France (ASAF), dont vous faites partie d'ailleurs, est venue au bon moment pour être le lien entre les deux rives et en quelque sorte remplacer l'ancienne Amicale des Algériens en Europe grâce à laquelle, l'Algérie a pu avoir dans ses rangs, les Korichi, Medjadi, Mansouri, Maroc et Djadaoui ?
En effet, c'est une association qui mérite le respect rien qu’à voir la composante de son effectif. Ce sont des personnes qui ont un passé, une histoire et des idées pour aider notre pays. L'ASAF regroupe des personnalités sportives de près de 17 disciplines sportives. Ce genre d'associations est indispensable pour l'Algérie dans la mesure où c'est un moyen également de communiquer et d'avancer dans ce monde qui va de plus en plus vite.
Passons du présent au passé, si vous voulez bien ! Parlez-nous de cette histoire de Farges lors de la préparation du mondial espagnol où votre participation a failli être compromise. Ce jour-là, tout un peuple réclamait votre maintien dans le groupe, alors que la commission de discipline allait vous renvoyer.
Ecoutez, je ne voulais pas revenir 16 ans en arrière, mais au passage je tiens à renouveler mes excuses à tous ceux qui m'ont réclamé et soutenu en ces moments difficiles. Oui, c'était une erreur de jeunesse. Seulement, je voudrais vous dire que je n'étais pas uniquement seul ou avec mon compatriote Medjadi, mais il y avait d'autres joueurs que je ne voulais pas dénoncer à cette époque. Il restait quand même quarante jours pour le Mondial espagnol. Ce jour-là, c'était un représentant de la firme Puma qui nous a invité Liegeon et moi à une sortie nocturne. On est partis sans autorisation. A notre retour, M. Mekhloufi avait décidé de nous renvoyer. Medjadi a plié ses bagages et est reparti à Monaco, mais moi, je ne voulais pas partir. Je suis resté encore 48 heures. J'ai demandé des excuses aux joueurs, au staff et surtout aux sportifs de mon pays qui m'ont soutenu. Je voulais jouer le match contre l'Allemagne et le gagner, histoire de me réconcilier avec les supporters de mon pays.
Mais tout le monde comptait sur vous pour le premier match face à l'ogre allemand, c'était surtout pour museler Rubech, diton !
(Rires), oui en quelque sorte, car quatre mois auparavant, j'ai joué les quarts de finale de la coupe d'Europe avec mon club Bordeaux face à Hambourg contre Rubech. Là, j'ai pu le museler effectivement sur les deux matches. Il fallait surtout surveiller également Kalz, car Rubech sans Kalz ne pourrait rien faire.
Vous allez partir demain avec votre ami Dahleb pour participer au jubilé de l'autre ex-international algérien, Fodhil Megharia. Est-ce que vous partez souvent au pays ?

Non pas souvent, surtout que l'état de santé de mes parents me permet pas d'être absent longtemps. Par contre, je vois souvent mes anciens coéquipiers de l'équipe nationale, à l'image de Mustapha Dahleb, Fawzi Mansouri, Nasser Guedioura et feu Hamimi avec qui je mangeais deux ou trois fois par mois. Cette fois-ci, c'est pour honorer l'invitation de celui qui m'a remplacé en équipe nationale d'Algérie. Même s’il est plus jeune que moi, c'est lui qui a pris la relève et je suis content d'être présent à son jubilé. C'était un très grand stoppeur et je suis ravi d'être présent à son jubilé.
De bons et de mauvais souvenirs à nous raconter que vous avez vécus en équipe nationale…

Tout d'abord, je tiens à vous dire que je n'oublierai, jamais l'incident de Farges qui a failli me coûter cher, n’étaient-ce mes coéquipiers qui ont signé une pétition en ma faveur et surtout les sportifs de mon pays qui m'ont aussi soutenu tout au long de cette mésaventure. Toujours au chapitre des mauvais souvenirs, ma non-participation au match face au Brésil lors de la phase finale de la Coupe du monde en 1986 au Mexique dont je rêve depuis mon jeune âge et ce, malgré mon insistance afin de savoir le pourquoi de ma non-participation auprès de l'ex-sélectionneur national M. Saâdane. M. Saâdane à qui j'ai demandé des explications, n'a pas pu me donner les raisons de mon éviction de la liste. Il a brisé mon rêve de jouer face au Brésil. Pour les bons souvenirs, il y en a beaucoup, mais surtout le jour où nous avons battu l'Allemagne qui n'a pas cessé de vouloir nous ridiculiser avant ce match que nous avions remporté haut la main.
Propos reccueillis à Paris par Mohamed Djadi

Nombre de lectures : 1281

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site