Les dirigeants du G8 devraient entamer aujourd’hui à Toyako (Japon) un sommet dominé par la crise économique et la lutte contre le réchauffement climatique alors que la ville voisine de Sapporo était déjà hier le théâtre de manifestations altermondialistes.
Le président américain George W. Bush et son homologue russe Dmitri
Medvedev, dont c'est le premier G8, ont été parmi les premiers
dirigeants à gagner dès hier le site du sommet, un hôtel de luxe sur les
bords du lac Toya sur l'île de Hokkaido, dans le nord du Japon. Ils y
ont été accueillis par le Premier ministre japonais Yasuo Fukuda. Le G8
se réunit alors que l'économie des pays industrialisés connaît une
période de fort ralentissement provoqué par la hausse des prix du
pétrole et des denrées alimentaires et les conséquences de la crise
financière qui secoue les Etats- Unis et l'Europe depuis l'été dernier .
« Concernant l'augmentation des prix des denrées alimentaires et du
pétrole, qui ont un impact négatif sur l'économie mondiale, nous avons
convenu qu'il faut des efforts urgents sur ces fronts», a souligné M.
Fukuda lors d'une conférence de presse avec M. Bush. Concernant
l'économie mondiale, le président Bush a réaffirmé la politique du
«dollar fort» des Etats- Unis, même si celui-ci continue de baisser face
aux autres devises. Il a toutefois concédé que l'économie américaine
n'était «pas aussi robuste» que les dirigeants américains le
souhaitaient. M. Fukuda a annoncé qu'il se rendrait à la cérémonie
d'ouverture des jeux Olympiques à Pékin en août. Le président américain
a, quant à lui, confirmé sa présence, estimant que «ne pas y aller
serait un «affront» envers la Chine. Des appels ont été lancés à un
boycott des jeux Olympiques après les troubles survenus à la mi-mars au
Tibet et les accusations de répression portées contre les autorités
chinoises. La Chine, qui ne fait pas partie du G8, sera toutefois
invitée à Toyako en la personne de son président Hu Jintao. Le lac Toya
près duquel se tient le sommet est situé à environ 150 kilomètres de
Sapporo où sont confinés plusieurs milliers de manifestants
altermondialistes. Quatre personnes, dont un caméraman, ont été arrêtées
hier lors de légers incidents, a indiqué la police. Le G8 rassemble les
chefs d'Etat et de gouvernement de l'Allemagne, du Canada, des Etats-
Unis, de la France, de la Grande- Bretagne, de l'Italie, du Japon et de
la Russie. Leurs sommets ont été ces dernières années la cible de
manifestations. Les plus violentes avaient eu lieu à Gênes (Italie) en
2001 et avaient fait un mort. Plusieurs dirigeants de pays africains
seront également invités au G8 qui s'était engagé lors de son sommet de
Gleneagles (Ecosse) en 2005 à porter son aide à l'Afrique à 50 milliards
de dollars par an d'ici 2010, un objectif qu'il pourrait toutefois ne
pas être en mesure d'atteindre. Un responsable de la Maison Blanche a
indiqué que les pays du G8 vont également «sérieusement poser la
question de la légitimité du gouvernement» de Robert Mugabe au Zimbabwe,
reconduit après des élections très contestées. Les pays participants
doivent tenir mercredi prochain une réunion consacrée à la lutte contre
le réchauffement climatique dans le cadre d'un sommet des «Major
Economies» (MEM) qui regroupe le G8, la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud,
le Brésil et le Mexique ainsi que l'Australie, la Corée du Sud et
l'Indonésie plus, comme observateurs, les Nations unies et l'Union
européenne. Les observateurs ne prévoyaient pas de percée sur ce thème à
Toyako, les pays participants n'arrivant pas à s'entendre sur un
objectif chiffré de réduction de leurs émissions polluantes.
Les sujets au menu du sommet du G8
Les dirigeants des huit grandes puissances du G8 vont aborder une
série de sujets brûlants, de la crise alimentaire à la situation au
Zimbabwe, à partir d’aujourd’hui à mercredi à Toyako au Japon :
Flambée du pétrole et des prix alimentaires
Les prix record du pétrole et la flambée des prix des produits
alimentaires, qui menacent la croissance mondiale, occuperont la
première place au menu des préoccupations des huit pays les plus
industrialisés. Les dirigeants du G8 veulent prendre des mesures
concrètes pour enrayer la crise qui alimente l'inflation mondiale et
aggrave la pauvreté dans le monde. Plusieurs mesures sont à l'étude pour
augmenter la productivité agricole dans les pays en développement,
approvisionner certaines régions en semences et engrais, voire lever les
restrictions aux exportations des pays riches vers les pays pauvres. Le
président américain George W. Bush suggère pour sa part de lever les
barrières aux cultures génétiquement modifiées. Une déclaration sur les
moyens de stabiliser les marchés mondiaux, alors que l'économie
américaine est en berne, sera également étudiée.
Changement climatique
Après leur accord à minima au dernier sommet du G8 en Allemagne en
juin 2007 promettant «d'envisager sérieusement» une réduction d'au moins
50% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050, les Huit sont
pressés de confirmer un véritable engagement en ce sens. Mais les
Etats-Unis restent hostiles à la définition d'objectifs chiffrés
auxquels ne seraient pas soumises les grandes économies émergentes comme
la Chine ou l'Inde.
Le développement et l’Afrique
Devant les leaders de sept pays africains - dont l'Algérie, le
Sénégal, l'Afrique du Sud et le Nigeria - invités à une session spéciale
du sommet lundi, les Huit seront mis devant leurs engagements de doubler
leur aide à l'Afrique. Au sommet de Gleneagles (Ecosse) en 2005, ils
avaient promis d'augmenter cette aide de plus de 25 milliards de dollars
d'ici 2010 pour la porter à 50 milliards de dollars par an.
Zimbabwe
Les Huit doivent discuter de la réélection du président zimbabwéen
Robert Mugabe, largement condamnée par la communauté internationale, et
de la légitimité de son gouvernement. Le président Mugabe, au pouvoir
depuis 1980, a été investi le 29 juin pour un sixième mandat à la tête
du Zimbabwe après un scrutin où il était seul en lice, son opposant
Morgan Tsvangirai, arrivé en tête au premier tour, s'étant retiré de la
course en raison des violences contre ses partisans.
Corée du Nord
Les cinq pays qui négocient avec Pyongyang d'une dénucléarisation de
la Corée du Nord - Etats-Unis, Chine, Japon, Russie, Corée du Sud -
doivent examiner les moyens de vérifier que les installations nucléaires
nord-coréennes sont bien démantelées.
Iran
Les leaders du G8 discuteront de la réponse de l'Iran, donnée la semaine
dernière mais pas encore rendue publique, à une proposition des six
grandes puissances d'une offre de coopération en échange d'une
suspension de son programme d'enrichissement d'uranium.
Nombre de lectures : 66