Me Olivia Lum est à la tête du groupe industriel singapourien Hyflux. Véritable self-made-woman, elle a créé cette entreprise en 1989 avec un capital de départ de moins de vingt mille dollars. Aujourd’hui, Hyflux est une société leader dans les solutions globales environnementales, emploie 1200 personnes à travers le monde et totalise une capitalisation de l’ordre de 1,7 milliard de dollars. Dans cet entretien, Mme Olivia Lum revient sur les projets développés par son entreprise en Algérie.
Entretien réalisé
par Tarek Hafid
Le Soir d’Algérie : La réalisation de cette nouvelle unité de
dessalement d’eau de mer dans la région d’Oran d’une capacité de 500 000
m3/jour s’avère être un véritable challenge pour votre entreprise.
Olivia Lum : L’avantage de la technologie Hyflux est que nous
employons un système de modules. C’est comme pour les réfrigérateurs,
quand on sait en faire un on peut en fabriquer cent. Il y a quatre ans,
nous lancions la construction de la plus grande unité de dessalement au
monde qui n’était que de 136 000 m3/jour. A l’époque, personne ne
pensait construire une usine d’une telle envergure. Cela est pourtant
possible puisque la technologie à membrane est extensible à volonté.
Hyflux réalise actuellement une unité de dessalement dans la wilaya de
Tlemcen. Quelles sont les difficultés rencontrées lors de cette première
expérience ?
En fait nous sommes plutôt en avance sur les délais. D’une manière
générale, dans l’ensemble dans pays où nous sommes installés, le secret
de la gestion de projet réside dans le fait de comprendre
l’environnement dans lequel on évolue et de s’y adapter. Il me semble
que nous avons réussi dans ce domaine.
Donc Hyflux a réussi à comprendre l’environnement algérien à travers ce
premier projet…
Nécessairement, puisque nous sommes en avance sur les délais…
Hyflux se présente comme une entreprise dont l’élément moteur sont la
recherche et le développement. Existe-t-il un programme de recherche qui
sera mis en œuvre ici même en Algérie ?
Pas encore, dans la mesure où nous sommes en phase de développer notre
présence en Algérie. Mais ça sera nécessairement le cas lorsque nous
devrons procéder au transfert de technologie et avoir une base de
recherche et de développement locale.
Cela devrait se faire dans combien de temps ?
En fait, le plan recherche et développement est un programme de longue
haleine. Il faut avant tout s’installer solidement dans les projets pour
ensuite commencer à réfléchir à la recherche et au développement.
Il y actuellement une polémique à propos de l’impact sur l’environnement
des procédés de dessalement d’eau de mer. Que pensez-vous de cette
problématique et quelles mesures comptez-vous prendre en matière de
préservation de l’écosystème pour les usines de Magtaâ et de Tlemcen ?
Le premier pas à faire avant tout est d’éduquer les gens et de leur
faire comprendre ce qu’est le dessalement. Actuellement, on ne peut pas
produire de l’eau partout. Le seul endroit est la mer. Donc on ne peut
pas, pour de simples rumeurs environnementales, mettre en échec ce noble
projet. Actuellement, il n’y a que par le dessalement que l’on peut
obtenir des ressources supplémentaires en eau. Avant le lancement d’un
projet, il est nécessaire de faire une étude d’impact sur
l’environnement.
Et que prévoyez-vous pour qu’il n’y ait aucun impact sur l’environnement
?
En fait, pour les rejets d’eau saumâtre, nous devons utiliser des
procédés de dispersion. Si le rejet se déroule dans de mauvaises
conditions, on risque de se retrouver avec une eau de très mauvaise
qualité à l’arrivée. Donc, le fait même de protéger l’usine fait que
l’on protège aussi l’environnement. Aussi, le volume de rejet est
vraiment minime comparativement à la masse d’eau de la mer.
Outre le dessalement de l’eau de mer, votre entreprise compte-t-elle
investir dans d’autres secteurs en Algérie ?
Le secteur de l’hydraulique représente une grande partie des activités
de Hyflux. Nous sommes cependant intéressés par d’autres domaines. A
l’instar du recyclage des huiles usagées. Là aussi nous avons développé
une technologie de membrane qui permet de recycler et de raffiner les
huiles en utilisant comme catalyseur des produits environnementaux.
Ainsi, la portée écologique est double : en recyclant les huiles et en
n’affectant pas l’environnement par le rejet de produits susceptibles
d’être nocifs. Notre espoir serait de pouvoir installer ce type
d’industrie en Algérie.
T. H.
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