Il est encore temps pour que l’Algérie crée son propre fonds souverain, se sont accordés à dire les experts dans le domaine de la finance qui ont animé la table ronde, organisée par le centre de presse du journal El Moudjahid. Cette question a été abordée au moment où le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, assiste à Tokyo (Japon), à la rencontre du G8 qui aborde, entre autres, ce sujet qui a fait irruption dans le débat économique et politique en Algérie ces derniers mois.
Lyès Menacer - Alger (Le Soir) - La position du ministre des
Finances, Karim Djoudi, qui plaide pour le report de la création par
l’Algérie d’un fonds souverain, a été qualifiée de «sage» par M. Djamel
Djerad, président d’honneur de l’Ordre national des experts-comptables.
L’orateur a salué la prudence du ministre des Finances qui s’est opposé
à cette idée, suite aux récentes déclarations du ministre de l’Energie
et des Mines, M. Chakib Khelil, qui a fait état de la création d’un
fonds souverain par notre pays, dans une période de cinq années. «Nous
devrions d’abord investir une partie de nos réserves de change dans la
relance de notre économie. Il faudrait d’abord réhabiliter les outils de
production au lieu de se risquer dans un marché international dont nous
ne maîtrisons pas les mécanismes de fonctionnement. Et puis, qui serait
responsable de ces fonds en cas de crise économique mondiale ? A qui
doit-on confier leur gestion et comment ?», a-t-il expliqué. M. Djerad
cite l’exemple de la Chine qui a perdu les 3 milliards de dollars
qu’elle a placés sous forme d’actions suite à la crise financière qu’a
connue Blackstone, une entreprise internationale. Cette multinationale a
perdu, en fait et d’un seul coup, plus de 65 % de sa valeur dans le
marché boursier. La crise des subprimes qui a ébranlé l’édifice
économique américain en 2007 pousse à plus de prudence les experts
algériens de la finance pour se prononcer en faveur de la création de
fonds souverain. M. Boursi, conseiller auprès du P-dg de la Banque de
développement local, abonde dans le même sens. «Il faut que nous
puissions investir sur le marché local et adopter une réglementation
positive qui faciliterait l’installation des entreprises étrangères en
Algérie. Nous devrions diversifier notre économie, investir dans le
tourisme et développer nos ressources humaines», a-t-il soutenu. «Il
faut que notre philosophie et notre stratégie de développement soient
définies pour se lancer dans une telle entreprise. Que l’Algérie ait pu
rembourser la quasi-totalité de sa dette extérieure est une bonne chose,
mais nous n’avons pas suffisamment de capacités pour gérer les fonds
souverains», a recommandé M. Inal Meriem, professeur à l’Institut des
sciences économiques d’Alger. Notons que l’Algérie s’est dotée d’un
fonds de régulation des recettes pétrolières où sont placés actuellement
44 milliards de dollars. Les puissances économiques occidentales
appellent à l’intervention du Fonds monétaire international (FMI) et
l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
pour la réglementation de ce vaste marché des capitaux. Ce dernier a
accumulé un capital financier de plus de 2 300 milliards de dollars,
soit un taux de 1,3 % des actifs financiers qui sont actuellement en
circulation sur le marché international. Il atteindrait à l’horizon 2015
un taux de 15%. Les intervenants n’ont pas manqué en fait de souligner
la réticence de l’Occident quant aux placements financiers de certains
pays dans plusieurs secteurs d’activité économique, considérés comme
stratégiques pour la sécurité intérieure de ces Etats. Ces mesures
protectionnistes extrêmes sont justifiées par ces Etats comme la France,
les Etats- Unis d’Amérique et l’Allemagne, entre autres, par le fait
qu’il n’existe pour le moment aucun contrôle sur l’origine de ces fonds
et leur gestion par les entreprises où ils sont placés sous formes
d’actions, d’obligations, etc. C’est l’idée que soutient le président de
la Bourse d’Alger, M. Ferfera, qui estime que «la gestion des fonds
souverains doit être transparente, loin des pressions politiques. C’est
une raison pour laquelle les Etats doivent accorder plus d’autonomie aux
banques centrales. Il faut aussi de la réciprocité dans les
investissements», a-t-il enfin suggéré.
L. M.
Qu’est-ce qu’un fonds souverain ?
Les fonds souverains sont des fonds de placement financiers détenus
par un Etat. Ils sont souvent investis sous forme d’actions,
d’obligations, etc. Les fonds souverains d’un Etat sont constitués de
ses avoirs en monnaies étrangères. Ils tirent leurs ressources des
réserves des banques centrales, comme cela est le cas en Chine, des
réserves pour les retraites, comme en Norvège, ou des fonds tirés de
l’exploitation des matières premières. Les exportations pétrolières
représentent deux tiers des montants gérés par ces fonds, selon le
journal économique britannique The economist.
L. M.
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