mardi 08 juillet 2008
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Société : JARDINS PUBLICS À ALGER
Le no man’s land des familles


Agression, harcèlement, attentat à la pudeur, vol... S'asseoir sur un banc, dans un jardin public, à Alger est de nos jours, mission impossible. Devenus de véritables coupe-gorges, ces espaces sont fuis comme la peste par toute une frange de la population, au grand bonheur des délinquants qui s’y embusquent, attendant discrètement d’éventuelles proies.
Square Sofia : le squat de Zohra
Square Sofia, ex-square Guynemer, situé en contrebas de la Grande-Poste. Quelques retraités sont plongés dans la lecture de leur journal ; une dizaine de couples se regardent dans le blanc des yeux regrettant de ne pouvoir faire comme dans la chanson de Georges Brassens. Impossible de se becqueter, car trois policiers leur lancent des regards de biais. Trois agents de l’ordre ont été affectés récemment au niveau de ce square pour tenter de redorer le blason d’un lieu terni par la délinquance, la prostitution et l’homosexualité, pratiquées à ciel ouvert. Dans ce square se côtoient au quotidien, les couples, les retraités, les policiers, quelques prostituées (discrètes) et... Zohra, une SDF qui squatte les lieux depuis plus de 6 ans. Lors de notre passage, Zohra est occupée à récurer assiettes et marmites au fond du jardin. Une fois la dernière casserole rincée, elle essuie ses mains sur sa robe et nous invite à prendre place sur un banc... Toute sa vie gît là, juste à côté des toilettes publiques du square : d’énormes balluchons de fringues, ustensiles et bric-à-brac hétéroclite. Elle nous montre du doigt un petit garçon qui court dans le parc. «C’est mon fils. Il ira à l’école dès la rentrée prochaine. J’ai deux autres garçons de 14 et 16 ans, actuellement placés au village SOS de Draria», confie-t-elle. «Je vis grâce à la charité des gens. Je dors ici même et lorsqu’il pleut, je déplace mon matelas et celui de mon fils sous les arcades juste en face.» Zohra se lève, verse un peu de lait dans une soucoupe et appelle ses chats. «C’est l’heure de leur déjeuner», lance-t-elle. Mourad, le gérant des WC, s’approche et se joint à la conversation. «Zohra fait partie du décor, c’est comme si elle vivait dans une maison sans murs. Elle prépare ses repas sur un réchaud, étend son linge sur les bancs et les arbres et chasse les garnements qui viennent jouer au ballon. Elle est chez elle», conclut-il dans un grand éclat de rires.
Parc de la Liberté : même Rambo a les chocottes !
Coincé entre le haut de la rue Didouche-Mourad (portail du bas) et le quartier du Télémly (entrée supérieure), le parc de la Liberté (ex-Parc de Galland) était l’un des plus beaux de la capitale avant de devenir un lieu malfamé. Vol à l’arraché (sacs à main, portables, bijoux), agressions à répétition, ce jardin est connu pour être un véritable coupe-gorge. Deux agents de sécurité de l’entreprise Edeval, assis sur un banc le confirment : «Nous faisons régulièrement des rondes pour dissuader les énergumènes qui rôdent ici de commettre leur forfait. Malgré notre vigilance, il arrive que des personnes de passage soient délestées de leurs objets de valeur.» De toute évidence, les gens avertis évitent d’emprunter les allées de ce parc. Et lorsqu’elles le font, ce n’est guère pour s’y promener mais pour rallier rapidement la rue Didouche-Mourad à partir du Télémly «Voyez, nous dit un jeune trentenaire, malgré mon 1,80 m, je presse le pas et ne peut m’empêcher d’avoir froid dans le dos. Ecrivez dans votre journal que des gars bien baraqués se font agresser ici pour un simple billet de 100 DA. Vous comprenez pourquoi je ne me prends pas pour Rambo !» Ce parc, devenu un no man’s land pour les familles, abrite, outre une école, une bibliothèque ainsi que le Musée des antiquités et des Arts islamiques, une aire de jeux complètement à l’abandon. Elle se situe au fond du jardin. Les rares attractions y existant sont complètement rongées par la rouille. Des herbes sauvages ont envahi cet espace. Des débris de verre et de gravier jonchent le sol, offrant un spectacle des plus désolants. Et comme si ce désastre ne suffisait pas, un énorme poteau électrique gît au beau milieu de ce terrain censé accueillir des enfants ! Un retraité assis sur un banc ne mâche pas ses mots. «J’ai connu ce jardin dans mes jeunes années. C’était vers 1955/1956, fulmine Arezki (64 ans). Nos yeux d’enfants étaient captivés par le perroquet et les deux singes pensionnaires de cette niche aujourd'hui à l’abandon ». «On allait regarder les poissons rouges barboter dans le grand bassin en contrebas du parc et admirer les pigeons blancs dans la volière», ajoute-t-il avec une pointe d’amertume. Des pigeons, il n’y en a plus et le massacre porte d’horribles haillons ; un pantalon tout râpé et une vieille couverture rapiécée sont accrochés au grillage de la volière. «Elle sert de squat à un SDF qui s’installe sur son toit chaque nuit pour y dormir à la belle étoile», nous révèle le sexagénaire. Dans ce jardin, seuls les amoureux semblent être au paradis. Ici, ils peuvent faire comme dans la chanson de Georges Brassens. Et d’ailleurs, ni les rares passants pressant le pas ni les jardiniers de l’Edeval absorbés par les opérations de plantage, bêchage et arrosage, ne semblent les perturber. Le trio couple-délinquant-poivrot a fini par avoir raison des familles algéroises qui ont depuis belle lurette zappé ce lieu de leur plan sorties.
Parc Tifariti : un jardin d’éden ?
Mais enfin, y a-t-il à Alger un jardin public où on peut flâner ou prendre un bol d’oxygène sans risquer sa peau ? Nous avons peut-être trouvé cet éden. Nous sommes au parc Tifariti, un nouveau jardon public ouvert il y a plus d’un an au Télémly. Enfants et parents y affluent tous les jours pour se détendre. De nombreuses attractions new generation y ont été installées. Aménagé sur une superficie de 33 000 m2, ce parc dépendant de la commune d’Alger-Centre est très agréable à visiter : allées fleuries (Achwiq, Cœur de nouba, Algerian dream), cascades chantantes, parcours de promenades, gazon nickel, sanitaires en bois, kiosques à confiserie, palmiers nains et eucalyptus... Des canards s’y promènent en toute liberté (sous la protection rapprochée des agents de sécurité au cas où un tordu aurait envie d’en piquer un pour tester la recette du canard à l’orange !) D’autres volatiles, comme le paon, la poule, la pintade, ont accepté de rester sagement dans les volières à condition qu’on vienne leur faire la conversation de temps en temps, ce que les enfants font à longueur de journée ! «Enfin, un endroit où nos enfants peuvent jouer en toute sécurité», s’écrie un couple flanqué de ses trois rejetons ! Lors de notre passage, nous avons même constaté la présence de femmes bouquinant tranquillement au soleil. Seul bémol : quelques ordures jetées çà et là malgré l’existence de corbeilles et un petit troupeau de moutons prenant son repas sur le gazon ! Néanmoins, ce nouveau jardin public a conquis la quasi-totalité des personnes rencontrées. «Espérons seulement qu’il ne connaîtra pas la même dégradation que les autres jardins public», insistent les visiteurs. La vigilance des autorités concernées et le civisme des promeneurs sont plus que jamais sollicités... A bon entendeur...
Sabrina L.
Email : sabrinaL_le soir@yahoo.fr

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