
Sports : TENNIS TOURNOI DE WIMBLEDON Nadal éclipse Federer
Rafael Nadal a remporté son premier Wimbledon face à Roger Federer (6-4, 6-4, 6- 7, 6-7, 9-7), quintuple tenant du titre. Ce match mythique, interrompu trois fois par la pluie, a duré plus de 4h40. L'Espagnol devient le troisième joueur à réussir le doublé Roland- Garros/Wimbledon après Borg et Laver. Ce n'est pas sur un coin de terre battue à Manacor, c'est sur le
gazon légendaire de Wimbledon que Rafael Nadal s'est étendu de tout son
long ce dimanche soir. Le 5e titre en Grand Chelem de l'Espagnol, son
29e titre au total, fera date dans l'histoire du tennis : le n°2 mondial
vient de battre celui qui s'était imposé cinq fois de suite sur le même
court, celui qui, malgré cette défaite, restera encore n°1 mondial :
Roger Federer. Après deux échecs en finale, Nadal vient de confirmer sa
montée en puissance non seulement à Wimbledon mais au sommet de la
hiérarchie ATP. Ce n'est pas la première fois que Nadal domine Federer,
c'est la 12e fois en 18 rencontres, et surtout la 5e fois en finale d'un
Grand Chelem. Après cinq sets intenses l'année dernière, le public était
en droit d'espérer un match épique malgré l'incertitude liée à la pluie.
L'orage n'est pas venu du ciel mais de la raquette de Nadal. Chaque coup
de tonnerre et chaque éclair sont tombés sur le revers de Federer.
Pendant une bonne moitié de set, le Suisse a tenté de contrôler cette
balle électrique en vain. Breaké dès le troisième jeu, il n'a jamais pu
revenir (6-4 en 48 minutes). Nadal n'a eu besoin que d'une seule balle
de break. Après deux sets, Federer est déjà monté deux fois plus au
filet que face à Safin et Ancic. Agressif, il prend le service de
l'Espagnol immédiatement (à 2-0) et mène 4-1. Comme à Monte-Carlo et à
Hambourg cette année, cela n'a pas suffi pour prendre le set. Nadal
place quelques passings tonitruants pour revenir à 4-3 et pousse le
Suisse dans ses derniers retranchements pour égaliser à 4-4.
Federer à la hauteur de son personnage
Le schéma de jeu de la finale est définitivement posé. Après ce que
Boris Becker a appelé, sur la BBC, des «hésitations » au premier set,
Federer s'est aperçu qu'il ne pouvait tenir la balle de Nadal en fond de
court avec son simple revers. Le Suisse décide de tourner plus souvent
son revers, quitte à se prendre quelques contres long de ligne, et
surtout de monter au filet. On retrouve alors la qualité de jeu de l'an
passé. Malgré les volées expertes de Federer, c'est Nadal qui inscrit
avec aplomb cinq jeux consécutifs pour prendre le deuxième set. Le
scénario rappelle l'impuissance des trois dernières défaites du Suisse
devant le Majorquin (Monte-Carlo, Hambourg et Roland-Garros). La
glorieuse incertitude du sport n'est pas toujours une vieillerie
galvaudée. C'est ce que l'on a appris lors des trois sets suivants. A la
fin d'un troisième set intense, marqué par une chute de Nadal, un
formidable sixième jeu, une interruption due à la pluie et un tiebreak,
la finale a pris toute la dimension dramatique que l'on attendait.
Federer en survivant, l'image était belle. D'autant plus qu'en 2005, à
Miami, il avait déjà connu un scénario similaire avec une victoire en
finale (2-6, 6-7, 7-6, 6-3, 6-1) face au même rival. A 4-5, 0/30 ou à
5-6, 0/15, le bras du n°1 ne tremble pas. Il ne tremblera pas plus pour
imposer sa loi dans le premier jeu décisif (7/5). Le quatrième set
offrira d'inespérés rayons de soleil plus qu'un tennis de rêve. Plutôt
une confrontation sans compromis et sans break. Federer au service,
Nadal et ses inlassables coups de tambour côté revers du n°1. Une fois
encore, Federer fait savoir qu'il ne lâchera rien sur le court où il a
forgé sa légende. Dans le second jeu décisif, il sauve deux balles de
match, sur un service gagnant à 6/7, puis à 7/8 sur un passing de revers
bloqué sublime long de ligne, dans le coin. Un match de tennis entre
deux joueurs d'exception se joue toujours sur des détails. Certains
détails permettent quelques fois d'atteindre la perfection. Roger
Federer et Rafael Nadal ont tenu les promesses d'une rencontre que l'on
annonçait exceptionnelle. Leur détermination a été la même, leur style
toujours complémentaire, mais le suspense plus palpitant encore que
l'année dernière (victoire en cinq sets de Federer). Lors d'une
cinquième manche interminable et admirable, malgré deux interruptions
dues à la pluie, ils ont donné le meilleur de leur tennis. A 4-4, Nadal
doit sauver une balle de break, c'est sa 12e balle de break écartée sur
13. Federer quant à lui n'en a sauvé que 9 sur 13. Cette incapacité à
prendre l'engagement du Majorquin est un fait marquant du match. A 7-8,
40/30 pour Nadal, il décoche un retour de revers bloqué phénoménal pour
écarter une troisième balle de match. La suivante achève pourtant, dans
une quasi-obscurité, sa fantastique série de victoires sur le gazon. La
nuit tombe sur Federer et les larmes pleuvent sur le visage de Nadal.
Vainqueur à Roland-Garros et à Wimbledon la même année, comme seuls
Björn Borg et Rod Laver avaient su le faire (sans omettre son titre au
Queen's, ce qui est un enchaînement inédit), l'enfant de Manacor a
couronné un rêve. Il n'a que 22 ans.
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