Une journée pour la sécurité d’Israël ; une journée pour la gloire de la France ! Pas besoin de chercher les deux principales arrière-pensées de Nicolas Sarkozy sur l’Union pour la Méditerranée : tout est dit dans le programme du sommet de Paris. D’entrée, le président français discute avec les «voisins» d’Israël :
déjeuner du président Nicolas Sarkozy avec le président Hosni Moubarak,
dans un grand hôtel parisien proche de l'Elysée ; entretien à l'Elysée
de Nicolas Sarkozy avec son homologue libanais Michel Sleimane, puis
avec le Syrien Bachar Al-Assad (Elysée) avant qu’une réunion de travail
le fasse rencontrer Mahmoud Abbas, président de l'Autorité
palestinienne, et Ehud Olmert, Premier ministre israélien. Et le
lendemain lundi 14 juillet, fête nationale française, tous les chefs d'Etat
et de gouvernement sont invités à la grande parade, le défilé sur les
Champs-Elysées, puis à un déjeuner à l’hôtel Marigny, en face de l’Elysée,
un déjeuner dont on ne sait s’il est servi en l’honneur de l’UPM ou de
la France. Ceux qui avaient cru que cette rencontre, qui met quand même
face-à-face 27 nations d’Europe et une quinzaine de la rive sud, allait
mettre la question humaine au centre des débats et faire de la
Méditerranée un espace humain commun comme le fut l'Europe, se sont
trompés de porte : l’UPM ne semble pas à cet usage-là ! Qu’importe si,
comme le dit Ali Bensaâd, la Méditerranée est non seulement la région où
les écarts entre le Nord et le Sud sont les plus importants, mais c'est
aussi la seule région où ces écarts s'accroissent. Qu’importe si, en
faisant de la question du contrôle de l'immigration le premier pilier
légitimant sa nécessité, le projet d'UPM creuse encore plus le divorce
consacré par le processus de Barcelone entre espace économique et espace
humain et qui fut la raison première de son échec.
Créer un Commonwealth français
Avant même qu’il ne commence, le sommet de Paris «trahit» donc les deux
objectifs inavoués de l’UPM : créer un Commonwealth français dont Paris
va évidemment prendre le leadership, et qui va enfin lui redonner une
partie de l’influence perdue ; «blanchir» Israël et accélérer son
intégration dans la communauté internationale. En cela, Sarkozy est
conséquent. Conséquent d’abord envers son pays. La France sait plus que
jamais que son avenir de puissance influente n’est plus en Europe. Sur
le plan économique, l’Allemagne, ayant réussi sa réunification, est loin
devant et sur le plan politique les Anglais ont pris un leadership
incontesté, soutenus en cela par les pays de l’Est. Par conséquent, le
salut de la France consiste à inventer un nouvel espace économique et
politique où elle pourrait prendre le leadership et dans lequel ni
l’Allemagne, ni le Royaume-Uni ne pourraient lui faire concurrence. Elle
a donc regardé à son… Sud. Sarkozy est ensuite conséquent envers Israël
qu’il s’est promis d’aider, qui a tout à gagner de l’Union
méditerranéenne et qu’il faut aider à regagner la respectabilité sur la
scène internationale. L’intérêt stratégique d’Israël est une cause
envers laquelle Sarkozy a une dette. Le président français doit beaucoup
son élection aux lobbies pro-sionistes : le Conseil représentatif des
juifs en France (CRIF), mais aussi et surtout l’AIPAC (The American
Israël Public Affairs Committee - Comité américain pour les affaires
publiques d’Israël), principal lobby d’Israël aux Etats-Unis). Le CRIF
et l’AIPAC ont autant favorisé son succès que démoli les chances de
Chirac et des chiraquiens. Sarkozy s’est fait subtilement adouber par l’AIPAC
lors de son fameux discours pro-israélien de 2005 à Washington avant de
jouer adroitement de son image de «juif hongrois» pour devenir la star
du CRIF. Mais Sarkozy a surtout profité de l’offensive anti-Chirac dont
il est établi qu’elle fut menée par les lobbies pro-Israël. On dit que
le CRIF a, en effet, beaucoup contribué à la chute du prestige de
Jacques Chirac en alimentant méthodiquement la campagne qui le faisait
passer pour un voleur et un corrompu. Ce n’était que revanche. Le lobby
sioniste en France — avec Sarkozy en support depuis des années — n’a, en
fait, jamais pardonné trois choses à Jacques Chirac : avoir dans les
années 1990 déclaré qu’une bombe trouvée chez une fille et qui a failli
exploser avec elle dans un avion de la compagnie aérienne d’Israël était
un coup monté du Mossad ; avoir rendu un hommage officiel à Arafat ;
s’être opposé au plan israélien (suivi par Bush) de morceler le monde
arabe sur une base ethnique et religieuse et dont l’Irak était un simple
préambule.
Et l’Algérie dans tout ça ?
Notre pays ne jouit d’aucune importance aux yeux de Sarkozy (pour
preuve, il suffit de constater le traitement de l’Algérie dans ce
sommet) mais, paradoxalement, dispose d’une grande place dans ses
calculs. Car pour le président français, conquérir le sud de l’Europe,
c’est d’abord conquérir l’Algérie. Et c’est donc tout naturellement
qu’il se tourne vers ce pays que les Français ont toujours considéré
comme la «profondeur stratégique de la France» pour reprendre la formule
d’Alexandre de Marenche qui savait de quoi il parlait pour avoir été,
jusqu'à l'élection de Mitterrand, le «pacha» du SDECE (Service de
documentation extérieure et de contre-espionnage) devenu plus tard DGSE.
Il va vouloir profiter de la faillite algérienne de ces dix dernières
années pour faire avancer son grand dessein méditerranéen dont dépendent
la recolonisation déguisée et la réhabilitation d’Israël. Le nouveau
président français veut profiter, en effet, du vide géopolitique laissé
par l’Algérie depuis, en particulier l’arrivée de Bouteflika, pour
asseoir son projet. Incapable d’avoir une influence régionale, incapable
d’avoir une influence sub-saharienne, l’Algérie a ouvert un large
boulevard d’opportunités à la France de Sarkozy. Alors que même durant
la décennie noire, notre pays était craint, tant son potentiel était
énorme, il s’est trouvé subitement affaibli par la suicidaire aliénation
à la France.
Rafik Abdi
Nombre de lectures : 1182
|