Les conflits ayant opposé la direction de l’éducation de Mostaganem aux syndicalistes du secteur, ces derniers mois, auront fait durant longtemps couler beaucoup d’encre tant dans les milieux de l’administration que dans ceux de l’enseignement. Ces foyers de tensions sont nés d’une situation de malentendus
accentués entre les deux parties, ce qui a tôt fait d’aboutir à un état
de fait d'incompréhension qui a failli à un moment donné porter atteinte
à toute une institution, n’était la sagesse et le bon sens des uns et
des autres. Toujours est-il que le premier responsable de l’éducation à
Mostaganem s’est décidé à sortir de son mutisme afin d’apporter plus de
lumière sur la réalité des faits.
Le Soir d’Algérie : Avant d’aborder les problèmes de l’heure à l’échelle
locale, que pensez-vous du taux de réussite nationale du bac ?
Khaled Chaïb : Tout d’abord, laissez-moi vous dire que les résultats
enregistrés au niveau national sont des plus encourageants en ce sens
qu’ils constituent le label d’un baccalauréat on ne peut plus sélectif,
et je m’en félicite.
On laisse souvent entendre que l’examen en question a toujours fait
l’objet de visées politiques bien déterminées ?
Nous avons toujours été victimes de ce genre de fausses
dénonciations que s’évertuent à proclamer certaines impressions
tendancieuses. Pour rappel, le principal objectif assigné de la réforme
de l’école algérienne est la promotion d’une élite intellectuelle en
mesure d’évoluer au rythme de l’international, sans complexe aucun, tel
qu’imposé par la globalisation.
Les résultats du bac dans la wilaya de Mostaganem ne paraissent pas
satisfaisants, dans la mesure où ils sont considérés comme un échec dans
certains cercles ?
Concernant l’échec consommé dans notre wilaya. D’abord y a-t-il eu
réellement échec ? A propos du bac «ancien système », où j’estime qu’il
y a eu échec et ce, parce que tout simplement l’on a relevé une
régression de 4 % par rapport aux résultats détenus l’an dernier. Quant
au bac «nouveau système », l’on ne peut parler d’échec mais, disons que
les résultats ont été peu probants quoique le taux obtenu reste une
borne appréciable à partir de laquelle pourra s’élaborer, par les
inspecteurs des matières, une stratégie de remédiation pour les années à
venir. Cette borne reste d’ailleurs l’expression éloquente du gisement
cognitif capitalisé par nos élèves, soutenus bien entendu par le
savoir-faire professionnel de certains de nos enseignants.
Finalement, vous reconnaissez que les résultats du bac cette année sont
loin d’être à la hauteur des espérances ?
Dans les deux cas de figure, il conviendra de signaler qu’avec
l’implication directe des établissements scolaires, inspections des
matières et corps enseignant, nous n’avions à aucun moment su nous
organiser pour faire échec à «l’échec» dont il est question et qui a
généré dépit et frustration, et qui était même quelque part escompté car
je sais qu’on s’était ligué pour qu’il soit à l’affiche. Une telle
déclaration m’interpelle pour faire la part des choses et situer les
responsabilités.
C’est ce qui a un peu ouvert la voie à toutes les spéculations, accusant
l’administration d’avoir délaissé les étudiants durant l’année scolaire
2007-2008 ?
Ecoutez, l’administration de la DE et des lycées, dont le rôle est de
gérer la mission éducative, a mis à la disposition de nos élèves la
logistique infrastructurelle et didactique et les moyens humains
nécessaires et suffisants pour assurer un bon parcours scolaire. Cette
mission à dominante pédagogique repose sur l’évaluation, à la fois
formative et soummative, des résultats comptabilisés par trimestre et
ce, sur proposition de conduites à tenir pour les améliorer. Tout un
attelage technico-pédagogique a d’ailleurs été mis en place (proviseurs-COSP,
bureau de l’évaluation, parents d'élèves, élèves...). Cependant, on a
réussi à carencer ce rôle pour mieux contenir les foyers de tensions qui
surgissaient çà et là.
Vous pointez donc un index accusateur vers vos détracteurs qui auraient,
selon vous, tout fait pour porter sérieusement atteinte à l’institution
que vous représentez et ce, au détriment de l’avenir de nos enfants ?
Je tiens à préciser que ces foyers de tensions étaient quasiquotidiens.
Ceux qui les fomentaient avaient pour objectif d'affaiblir le
fonctionnement de l’administration pour prétendre arracher le maximum de
privilèges avec à la clé l’opportunité de cogérer les affaires du
secteur. Donner leurs élèves en pâture aux injures de l’échec scolaire
importait peu à ces gen-là, l’essentiel étant de se sucrer sur le dos de
l’administration. Certains enseignants sans scrupules, et ils sont
nombreux, s’adonnaient à des arrêts de cours répétitifs et à des
absences systématiques, ou alors dispensaient carrément des cours
tronqués et ce, en espérant les affiner en séances particulières pour
ceux qui le souhaitaient moyennant, bien entendu, un bonus financier. Ce
genre de comportement était même cautionné par les parents d'élèves !
C’est vous dire un peu l’ampleur des dégâts. Ajoutez à tout cela, le
déficit du nombre d'inspecteurs en matière d’encadrement
technico-pédagogique et vous comprendrez que la carence s’avérait des
plus évidentes et ce, malgré toute la bonne volonté exprimée par les
hommes de terrain.
En conclusion, qu’est-ce que vous pourrez suggérer comme solutions
susceptibles d’assainir une fois pour toutes ce genre de situation qui,
avec le temps, est en passe de miner un secteur qui malheureusement a
toujours fait l’objet de terribles controverses ?
On peut mieux faire certainement, et on fera mieux si chacun des acteurs
concernés que nous sommes, se sente tout d’abord concerné par
l’accomplissement de sa mission et ce, en développant un comportement
neuf et authentiquement professionnel, si on sait réajuster ses talents
spécifiques pour une meilleure pertinence professionnelle, si l’on
réussit à s’extraire du marasme du triturat pour les uns et du
fonctionnariat béat sclérosant pour les autres. Cela permettra sans
doute de mieux s'investir dans l’autopsie de ce qui pourrait développer
des mécanismes destinés à élargir les intérêts de ses élèves en
structurant à bon escient leur mentalité scientifique et discipliner
leur démarche intellectuelle. Enfin, l’on ne doit jamais se permettre en
bon citoyen algérien de se détourner de sa mission originelle qui
consiste à seulement éduquer, instruire, former et qualifier nos
générations futures et rien de plus.
Propos recueillis par Sid-Ahmed Hadjar
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