samedi 19 juillet 2008
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Régions : SALON RÉGIONAL DE LA MICRO-ENTREPRISE À ORAN
L’épreuve du terrain dément les discours


Le premier Salon régional de la micro-entreprise, qui se tient au Palais des expositions d’Oran depuis le 12 juillet, aura pour mérite de mettre à nu le décalage entre les discours des responsables vantant les dispositifs d’appui à l’emploi et les témoignages des jeunes promoteurs que nous avons rencontrés.
Par les chiffres, les dispositifs de l’Ansej et de la Cnac à Oran depuis le mois de janvier a validé 293 dossiers de microentreprises sur un total de 401 déposés. Depuis la mise en place de ce dispositif, ce seraient 4 835 dossiers qui auraient bénéficié d’un financement permettant la création de 14 458 postes de travail. Des données qui laissent songeur mais qui ne disent rien quant aux nombres de projets abandonnés précipitant la faillite et l’endettement des jeunes. Ces jours derniers, au Salon régional de la microentreprise, regroupant quelque 124 participants venus de plusieurs wilayas de l’Ouest, des jeunes promoteurs témoignent des difficultés qu’ils rencontrent. «Nous reconnaissons que l’Etat nous a aidés avec les mesures de l’Ansej, mais au niveau des banques nous rencontrons d’énormes difficultés. Il n’y a pas d’accompagnement spécifique pour les microentreprises », explique Samir. Son projet était une micro-entreprise spécialisée dans l’entretien et le nettoyage professionnels. Elle est entrée en activité en 2006 avec 4 employés. Aujourd’hui, il a des marchés et emploie 15 personnes, mais voilà, les difficultés de gestion, fonds de roulement, charges parafiscales, retard de paiement des clients… font qu’il est sur la corde raide. «Nous pouvons avoir des marchés, mais pour cela, les banques devraient nous accorder des crédits d’exploitation. Or elles refusent systématiquement. Pourtant, c’est un produit bancaire... Elles demandent des garanties où des hypothèques, vous imaginez ?» Autre réaction, cette fois, venant d’une jeune femme qui, elle aussi, se désole du manque d’engagement et d’accompagnement des banques après avoir lancé son projet de papier hygiénique. «Les banques nous traitent et gèrent nos dossier comme si nous étions une grande entreprise. Que ce soit pour les délais de remboursement, les crédits, etc. Je n’ai pas les moyens de me procurer la matière première en grande quantité... Les banques doivent fonctionner à la hauteur des microentreprises que nous sommes», précise-t-elle. D’autres jeunes promoteurs vont plus loin dans la critique expliquant qu’il y a un centralisme qui bloque toute initiative : «Lorsque nous démarchons au niveau local des sociétés pour les services, on nous explique que les marchés sont donnés au niveau d’Alger par les directions centrales. Ce sont des entreprises d’Alger qui viennent ici à Oran assurer les services ! Pourquoi ce blocage au niveau local, au niveau régional ? C’est incompréhensible !» Du côté des banques, l’on se défend de toutes ces critiques. Des représentants des banques publiques au salon n’ont consenti à s’exprimer que sous couvert de l’anonymat, et pour cause. «Une banque n’est pas là pour faire du social, la plupart des promoteurs viennent vers nous sans maîtriser les notions de management et de financement, avec des études économiques très faibles. La banque ne peut prendre le risque de financer leurs exploitations. Résultats ? Au bout de quelques mois, ils font faillite et ce sont des milliards de crédit non recouvrés que nous supportons», nous explique un responsable service clientèle d’une banque publique. Un de ses collègues abonde dans ce sens : «Ces dispositifs sont conçus ou fonctionnent comme du social pour calmer les jeunes. Il faut revenir à des bases et règles économiques et financières, sans plus». L’on comprend pourquoi nos interlocuteurs ont voulu garder l’anonymat. Il y a un adage qui confirme leurs propos : «L’on ne prête qu’aux riches !»
Fayçal M.

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