
Société : RETOUR EN FORCE DES BOULANGERIES TRADITIONNELLES À la grande satisfaction des Algérois
Fougasse, pain de son, mahonis, pain au seigle et au son, matlou’e... renaissent de leurs cendres et reviennent en force sur les étals de certaines boulangeries. Las de la sempiternelle baguette qu’on achète et qu’on laisse moisir dans le sac à pain, nous sommes nombreux à redécouvrir avec plaisir et gourmandise ces boulangeries et leur large panel de pains aussi appétissants les uns que les autres. De la fougasse, au pain de seigle en passant par le pain aux olives, de campagne ou de mie, difficile de faire son choix. Bye bye «le parisien»
Le Petit-Lion. Une boulangerie de la rue Ibn-Nafisse, à deux pas de
la rue Meissonier. Il est 11h30 tapantes. C’est le grand rush. Les
clients se pressent pour acheter du pain tout chaud, juste avant le «f'tour».
Ils se bousculent, se marchent un peu sur les pieds, car ils le savent
très bien : il n’y en aura pas pour tout le monde ! Seigle, orge (ch’ir),
son (nekhala), semoule, céréales, complet, traditionnel, mahonis,
fougasse, campagne... le pain se décline dans un large éventail de
variétés à vous donner l’eau à la bouche. Des petits-pains bien dorés
exposés dans des corbeilles en osier. Un client, souffrant visiblement
du côlon, vient quotidiennement acheter un pain de son. «Je ne mange que
ça afin de faciliter ma digestion», dit-il. Le pain complet est préparé
à base de 15 céréales (maïs, son, orge) comme le souligne le vendeur à
ses adeptes et ils sont nombreux. «Ceux qui souffrent d’ulcère ou de
colopathie l’achètent tous les jours», explique-t-il. Pour voir enfin
sur leur «meïda» autre chose que l’incontournable baguette de pain
amélioré (khobz étouil) ou parisien, qui durcit au bout de quelques
heures lorsqu’il ne devient pas carrément élastique, les riverains ont
mis la pression sur Sahraoui Farid (43 ans), leur boulanger. «Au début,
je n’ouvrais que les après-midi et n'offrais que 2 ou 3 variétés de
pain. Sur insistance de mes clients, je suis allé vers une gamme plus
large. En surfant sur Internet, j’ai ainsi pioché une quinzaine de
recettes de pain, à la grande satisfaction de mes clients. Les trois
fournées quotidiennes s’écoulent très vite. Je livre même des ambassades
et des restaurants. Les marins accostant au port d’Alger viennent
s’approvisionner ici. Ils achètent du pain en moule qui a l’avantage de
se conserver pendant plusieurs jours, ce qui est idéal pour une
traversée», confie-t-il. Les malades céliaques interdits de gluten) sont
aussi nombreux à se ravitailler dans cette boulangerie. «Ils apportent
leur propre farine sans gluten et nous leur préparons leur pain»,
affirme le boulanger. Pains aux olives, aux graines de sésame (djeldjlene),
aux graines de nigelle sanoudj)... petits pains spécial sandwich, pains
ronds pour hamburger, pain de mie pour tartines... Les effluves de pain
chaud taquinent les narines et les clients voudraient tout emporter dans
leur panier. Un holdup, pourquoi pas ? Le plus embarrassant, c’est
lorsqu’ils sont soudain pris d’une incontrôlable envie de tâter tous ces
pains appétissants. Un comportement qui sort le boulanger de ses gonds.
Les femmes enceintes craquent sur place et veulent goûter à tout. «Pas
plus tard que ce matin, une dame attendant un heureux événement a passé
commande pour un pain au lait truffé de raisins secs qu’on s’est
empressé de lui préparer», raconte Farid.
Vive la kesra, le matlou’e et le r’fiss
Autre commerce ayant le vent en poupe depuis 2 ou 3 ans : les
boulangeries traditionnelles. Il y en a à chaque coin de rue et ne
désemplissent jamais, enregistrant un pic de fréquentation vers les
coups de midi. Les effluves de m’hadjeb, matlou’e, kesra, pain syrien
envahissent nos rues et très peu de gens résistent à l’appel de leur
estomac gargouillant. Amar (23 ans) en avait marre de travailler pour un
patron. Alors, il a eu l’idée d’exploiter ce filon en s’installant à son
propre compte. «Après avoir suivi un stage pratique à la maison sous la
houlette de ma mère, j’ai ouvert ce local, rue Tahar- Chaâf, près de
l’hôpital Mustapha. Après quelques ratages, “la mayonnaise” a pris et
les clients ont adoré.» Dans cette petite boulangerie traditionnelle,
pains et gâteaux à base de semoule se côtoient : fougasse aux olives, m’hadjeb,
kesra, galette traditionnelle, b’radj (appelé aussi mtekba), r’fiss...
Sur place, nous avons pu constater combien les clients apprécient ce
genre de recettes bien de chez nous. Ils commandent un verre de “gazouz”
glacée et savourent ces gâteaux préparés à base de semoule et de dattes
(ghers). «Ça nous change de la pâtisserie bourrée de crème au beurre»,
nous lance un jeune. Selon le boulanger, les femmes actives sont des
fidèles clientes. «Avec le boulot, elles n’ont pas trop de temps à
consacrer à la cuisine », argue-t-il et d’ajouter que «la maâloua
syrienne est très appréciée notamment durant le Ramadan. Par ailleurs,
je reçois d’importantes commandes d’émigrés à la veille de leur retour
vers leur pays d’adoption. Tout ce qui est traditionnel leur manque au
plus haut point. Alors, ils repartent avec leurs bagages remplis de m’hadjeb
et autres bradj et r’fiss». Devant ce créneau porteur, de nouvelles
boulangeries de ce type s’apprêtent à ouvrir à Alger, signant peut-être
l’acte de décès de l’ex-sacro-sainte baguette de pain !
Sabrina L.
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