mercredi 23 juillet 2008
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Chronique du jour : DECODAGES
ALGÉRIE 2020 : LES QUATRE CHANTIERS
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


Qui peut contester que l’économie algérienne est toujours en attente d’un projet qui puisse la sortir des politiques conjoncturelles contra ou procycliques, certes nécessaires pour réparer des «pannes» mais, bien entendu, totalement insuffisantes pour remettre l’économie sur un sentier de croissance robuste et durable. Les débats actuels sur les questions de savoir s’il faut un fonds souverain ou pas ou encore celle de privatiser ou pas les banques publiques ont peu d’intérêt tant que l’on n’a pas une idée claire de ce que l’on veut faire de l’économie algérienne.
Nous l’avons maintes fois écrit : l’économie algérienne a besoin de politiques structurelles adossées à une ambition clairement affichée. La conjoncture financière actuelle favorable, s’il en est, doit être sérieusement mise à profit pour aller à l’élaboration de ce projet, de ces politiques structurelles. Sérieusement construits et clairement affichés, ce projet et ces politiques structurelles remobiliseront, à n’en point douter, les Algériens, feront rêver notre jeunesse, lui fixeront un cap et donneront un sens à ce combat qu’elle attend toujours de mener pour l’essor de son pays.
La construction du projet économique pour l’Algérie exige l’ouverture de quatre chantiers. Il faut bien comprendre que ces quatre chantiers sont des chantiers pivots à partir desquels tous les autres secteurs sont interpellés.
1/ Les hydrocarbures : il est grand temps que l’on puisse définir la place et le statut des hydrocarbures dans l’économie. Deux objectifs qu’il faut rendre compatibles sont à poursuivre :
A) Financer la réalisation de la nouvelle stratégie économique
Il faut pour cela :
a) définir cette nouvelle stratégie économique
b) déduire les besoins en ressources financières à mobiliser
d) déterminer la place du curseur de production et d’exportations des hydrocarbures.
B) Déterminer nos besoins énergétiques sur le long terme et en déduire une politique de préservation de l’énergie fossile et de développement des énergies renouvelables.
2/ Le second chantier d’élaboration du projet concerne la nécessité de renouer avec notre ambition industrielle
Quelle stratégie industrielle mettre en œuvre en sachant qu’elle devra se réaliser dans un contexte totalement différent de celui des années 1970. Mondialisation libérale, ouverture et compétitivité tracent aujourd’hui le cadre contraignant dans lequel nous devons penser notre nouvelle politique industrielle. Quels objectifs à poursuivre et sous quelles nouvelles contraintes nationales et mondiales ? La question n’est pas simple et demande une réflexion profonde et lourde. Surtout que l’avenir de l’Algérie se joue dans l’industrie : refaire les erreurs d’une insuffisante réflexion en économie industrielle, ne pas tenir compte des évolutions que vit l’industrie mondiale et du rythme rapide de ces évolutions, c’est forcément aller une nouvelle fois dans le mur. Notons, par exemple, les liens entre le chantier I et le chantier II et l’impérieuse nécessité de lier la politique des hydrocarbures, dont nous avons rappelé les deux principales articulations, à la politique industrielle à mettre en œuvre. Tant du point de vue des ressources financières à mobiliser que de celui des besoins en énergie à satisfaire, l’industrie sollicite le secteur des hydrocarbures.
A quels niveaux ? La politique énergétique a besoin de connaître la stratégie industrielle envisagée.
C/ Le défi de la sécurité agroalimentaire
Quelle politique agricole à développer pour améliorer la production agroalimentaire nationale ou au moins améliorer l’équilibre de la balance agricole de notre pays. Comment mettre en œuvre la révolution agricole que notre pays attend toujours ? Nous retrouvons ici un autre lien à respecter dans la démarche globale : quelle industrie pour quelle agriculture ? Peut-on élaborer une stratégie industrielle sans connaître la stratégie agricole ? Or, la loi d’orientation agricole vient d’être adoptée par le Parlement alors que la stratégie industrielle a été élaborée, voilà bientôt deux ans ! Il serait curieux de tester la cohérence de l’une par rapport aux objectifs poursuivis par l’autre ! Ainsi, il y a là au moins trois secteurs stratégiques, déjà en eux-mêmes, mais plus décisifs encore dans leurs inter-relations : il n’est pas possible de poursuivre sur les démarches sectorielles actuelles, déconnectées les unes des autres. Un travail de mise en cohérence est indispensable. Et ce travail est urgent.
4/ Le quatrième chantier à ouvrir est décisif lorsqu’on veut penser l’après-pétrole : Les économies développées qui mènent le processus de mondialisation sont aujourd’hui sur un nouveau paradigme de croissance : l’économie fondée sur la connaissance. La compétitivité, la performance économique reposent de plus en plus sur la connaissance, le savoir, le savoir-faire et non pas seulement sur le capital et le travail. L’immatériel est aujourd’hui un facteur de production stratégique.
L’Algérie doit faire sien ce nouveau paradigme. Système éducatif et de formation, technologies de l’information et de la communication, innovation et recherche, climat des affaires : c’est là que se jouent nos chances d’intégrer par le haut la mondialisation de l’économie et de tirer profit de la densification des échanges économiques internationaux. Pour terminer ce bref «rafraîchissement de mémoire» de nos plans de relance I et II : oui pour rattraper le déficit d’équipement du pays. Mais c’est tout ! Nous avons besoin, pour sortir de l’ornière, d’un projet économique d’envergure dont nous avons rappelé les principaux piliers : Energie, industrie, agriculture, EFC. Quand aborderons-nous enfin ces dossiers importants ? Non pas dans une seule démarche sectorielle mais dans leurs relations étroites et dans un souci de mise en cohérence globale. Les institutions créées pour ce travail existent, les compétences aussi. A chaque chantier sa «task force». Avouons que face à l’ampleur de la tâche et surtout le poids des enjeux pour l’avenir de notre économie, il est bien difficile de comprendre l’immobilisme actuel. Et les effets d’annonce ne pourront jamais remplacer le travail réel, effectif qui attend d’être mené. Quelle meilleure conjoncture économique et financière que celle que nous vivons actuellement pour ouvrir ces vrais chantiers de construction de l’Algérie de 2020 ?
A. B.

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