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L’enquête sur l’attentat kamikaze à moto avance à grands
pas. Les experts sont formels. Le conducteur de l’engin
ne…
…portait pas de casque !
Moi, à partir du moment où c’est lui qui le dit, je n’ai pas de raison de ne
pas le croire. Sa parole me suffit. Et lors de sa prise de parole, il l’a
clairement annoncé. A haute et intelligible voix. Dans une langue comprise par
tous. Sans effet larsen et sans distorsion de son. Dans une tonalité qui est
arrivée avec le même volume dans les oreilles de tous les maires réunis devant
lui : «Les jeunes Algériens ne veulent pas travailler la terre ! Ils veulent
tous être gardiens. Et gardiens de nuit, de préférence.» Depuis cette révélation
quasi biblique (je vais m’attirer des ennuis), je regarde autrement tous les
jeunes, dans la rue. J’observe plus particulièrement leurs yeux, pour tenter d’y
décerner les signes de fatigue, des cernes par exemple, indices probants d’un
métier de nuit. Je comprends mieux l’air bougon du jeune vendeur qui officie
dans la supérette de mon quartier. Jusque-là, je ne faisais pas trop attention à
son manque d’empressement à servir, à sa nonchalance et à ses impairs.
Aujourd’hui, je sais ce qui ne va pas chez lui. Le petiot rêve d’embrasser la
carrière convoitée de veilleur de nuit et de tomber la triste blouse de vendeur
de jour. Il est vrai qu’avant que l’Autre n’attire mon attention, ne m’ouvre les
yeux, je n’avais pas conscience de l’intérêt immense à faire carrière comme
veilleur de nuit, des énormes possibilités offertes par ce métier et des
perspectives fabuleuses qui couronnent un cheminement professionnel tout entier
dédié à la veille de nuit. D’ailleurs, en cette période de fiançailles et de
mariages, la déclaration de l’Autre a fait exploser la bourse des métiers et
l’échelle de cotation des carrières. Et le must aujourd’hui, lorsque vous allez
demander la main d’une fille pour votre rejeton, c’est d’abattre l’argument
massue sur la table des parents de la dulcinée : «Vous savez, mon fils envisage
de devenir veilleur de nuit ! » L’effet sur les futures belles-mamans est
foudroyant et immédiat. Elles gloussent de pâmoison. Je fume du thé et je reste
éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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