jeudi 31 juillet 2008
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Actualités : SIT-IN DE SOUTIEN AUX ENSEIGNANTS GRÉVISTES
Les manifestants violemment réprimés


Il était 13 heures 45 lorsque le rassemblement pacifique organisé par solidarité avec les enseignants contractuels a dégénéré. «Les données ont changé», a crié un officier en direction de ses éléments, donnant ainsi l’ordre de «nettoyer» le trottoir.
Nawel Imès - Alger (Le Soir) - Qui a donné instruction aux forces de l’ordre de s’acharner sur les manifestants ? Pourquoi ont-ils toléré leur présence dans un premier temps avant d’user de la matraque ? Maîtrisant mieux l’art de manier cette dernière que celui des négociations, les policiers en tenue et en civil ont sans ménagement traîné sur plusieurs mètres les manifestants. Des femmes et des hommes ont été bastonnés, bousculés, insultés sous prétexte qu’aucun rassemblement n’est toléré. Tout a commencé aux alentours de treize heures lorsque des dizaines de personnes ont commencé à affluer vers le siège du ministère de l’Education pour prendre part au rassemblement initié pour soutenir les contractuels en grève de la faim. Sans surprise aucune, un important dispositif leur barre le chemin. Toutes les issues menant au département de Benbouzid ont été quadrillé. Les manifestants ont été contenus sur le trottoir faisant face au lycée Descartes. Un autre groupe est bloqué plus loin. La situation semble pourtant à ce moment-là maîtrisable. Des membres du comité de soutien aux grévistes négocient avec les policiers pour qu’une délégation soit autorisée à se rendre au ministère pour déposer une lettre dans laquelle ils interpellent Benbouzid. Abdelhak Brerhi du CCDR, des représentants du MDS, du FFS, de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, des conseillers d’orientation, des représentants du CLA assistent aux négociations. Ils sont venus réaffirmer leur soutien aux grévistes qui entamaient hier leur 17e jour de grève de la faim. Ils étaient loin de s’imaginer que le regroupement serait réprimé avec autant de violence. Obéissant aux ordres de leurs supérieurs, des policiers, tous grades confondus, ont tabassé sans discernement les manifestants. Les ordres étaient clairs : personne ne devait accéder au ministère de l’Education. Au moment où les négociations semblaient enfin porter leurs fruits, c’est l’escalade. Après avoir donné leur accord pour enfin laisser passer le président du comité de soutien et le porte-parole du Cnapest, délégués pour déposer la requête au niveau du ministère, les forces de sécurité ont visiblement reçu l’ordre de les empêcher d’y accéder. Les deux syndicalistes ont eu le temps de faire quelques mètres avant d'être repoussés. «Ils disent que personne ne peut nous recevoir au niveau du ministère», déclare dépité le porte-parole du Cnapest. Le ton était donné. Les policiers pouvaient alors exécuter les ordres. Des enseignants qui ont tenté de brandir des pancartes ont été bousculés, malmenés. L’un d’entre eux a été poussé à terre, piétiné par des policiers qui n’avaient qu’un seul souci : disperser les manifestants. Perdant leur sang-froid, les policiers ont pris pour cible les journalistes et les photographes qui n’ont pas échappé aux représailles. Notre collègue d’ El-Watan et celui de la Dépêche de Kabylie ont fait les frais de cet acharnement. Leur matériel a été tout simplement confisqué alors que le photographe de la Dépêche de Kabylie a été interpellé et conduit au commissariat. Témoins gênants de cette violence inouïe, les journalistes ont été sommés de quitter les lieux. Ne réussissant manifestement pas à disperser les manifestants, les forces de l’ordre ont tout simplement traîné puis carrément porté les «meneurs». Les représentants du CLA qui ont été ciblés ont fini par atterrir au commissariat. Ce n’est qu’après un incroyable déferlement d'insultes et de coups que se sont finalement dispersés les manifestants. Pendant ce temps, une délégation composée de représentants de l’Union des associations de parents d’élèves tentait de jouer aux médiateurs. Son président a déclaré hier avoir accepté ce rôle pour ouvrir une brèche et mettre un terme au bras de fer qui oppose Benbouzid aux enseignants contractuels. La médiation a malheureusement échoué. Au ministère de l’Education, on a indiqué aux membres de l’association qu’il «n’y avait personne ». C’est ce que confirme M. Mebarki à la tête de la délégation. Une attitude qui renseigne sur le traitement réservé à la question des contractuels. Enfermé dans sa logique, le ministre du secteur refuse toute prise de contact avec les grévistes, préférant «communiquer » par le biais de ses conseillers qui véhiculent toujours le même message : pas de titularisation sans concours. Un concours discrédité et dénoncé par les enseignants qui y ont pris part. Peut-on, en effet, se contenter d’un entretien de deux minutes pour décider du sort des enseignants ? C’est, pourtant, ce qui s’est passé au moment où 45 contractuels livrent une véritable bataille pour rester en vie. Après 17 jours de grève de la faim, leur état de santé s’est gravement détérioré. Il ne se passe plus un jour sans que beaucoup d’entre eux ne soient évacués vers l'hôpital. Qu’attend le gouvernement pour prendre enfin une décision politique ? Peut-être, un drame qui, au fil des jours, semble inévitable...
N. I.

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