|
Après son limogeage, Belkhadem a pris quelques jours de
vacances.
Quelques jours seulement ?
On pensait les sévices corporels interdits dans le monde de l’éducation, les
enseignants contractuels grévistes viennent de vérifier douloureusement, dans
leur chair que l’Etat est le premier à enfreindre cette loi. Il a donné de la
troupe contre une poignée d’enseignants faméliques, réduits à un état de
faiblesse extrême par 17 jours de privation de nourriture. Quelle prouesse ! Les
«Musclors» du régime ont de quoi «être fiers». Ils ont réussi à faire reculer la
dangereuse escouade des «assatidha» affamés qui campait pacifiquement sous les
balcons du ministère de l’Education. La matraque contre les affreux gargouillis
d’estomac, c’est le combat du siècle, dont la première manche vient d’être
auto-attribuée à la matraque. El kallouz 1 – Enseignants grévistes 0 et des
bleus au corps et au cœur, comme dirait Voulzy. Sauf que là, nous ne sommes pas
dans une sérénade sirupeuse. Nous sommes dans l’acte grave, intolérable et
inhumain de répondre par une violence inouïe à une grève pacifique, ne portant
préjudice qu’à la santé de ses auteurs. La reporter du Soir d’Algérie et le
photographe qui l’accompagnait, deux professionnels qui en ont vu d’autres tout
au long de leur carrière, qui ne sont pas nés du dernier conflit social, qui ont
à maintes reprises eu à décrire les charges des casques bleus, n’en sont pas
encore revenus de la bestialité de celle menée contre les enseignants. Les
policiers chargent, parce qu’on leur en donne l’ordre. Qui, en 2008, décemment,
sans ciller, sans suer des mains, sans se poser des questions existentielles,
sans se préoccuper de ce que penseront de lui ses enfants et ses petits-enfants
peut ainsi donner l’ordre de taper sur des maîtres d’école en rupture de
nourriture depuis 17 jours, faibles à en être hospitalisés d’urgence, désespérés
à en camper sous les fenêtres d’un ministère en plein mois d’août ? Assurément
quelqu’un d’assez «compliqué» pour attribuer tous ses échecs de gouvernance aux
veilleurs de nuit. Quelqu’un de franchement bizarre, somme toute. Je fume du thé
et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
|