En se rendant à Pékin dans le cadre de la délégation sportive algérienne qui comprend 61 athlètes dans 12 disciplines sportives, Mohamed Lazhari doit être vraiment privilégié et ému. Et comment ! Il est le témoin vivant de la participation algérienne qui a eu lieu en 1964 lors des 18es Jeux olympiques abrités par la japonaise Tokyo pour la première fois de sa jeune histoire, à des joutes olympiques.
Depuis Tokyo jusqu’à Athènes, bien des choses ont évolué et l’Algérie
a réussi à s’affirmer dans le concert des nations sportives avec de
nombreuses médailles obtenues au cours de différentes épreuves
olympiques tout en voyant le nombre de ses athlètes engagés augmenter.
Bien que présents depuis à ce rendez-vous planétaire, les athlètes
algériens ont dû faire l’impasse sur les JO de Montréal de 1976 en
raison du boycott suivi par une grande partie des pays d’Afrique, d’Asie
et de l’Europe de l’Est, en signe de protestation contre la
participation de l’Afrique du Sud, un pays qui pratiquait alors la
politique de l’apartheid. Mais il a fallu attendre la 21e olympiade
organisée à Los Angeles en 1984, pour voir le drapeau algérien flotter
et entendre l’hymne national retentir. C’étaient les premières des 11
médailles, toutes couleurs confondues, qui sont tombées dans
l’escarcelle algérienne. Ces médailles, il faut avouer qu’elles ont été
l’œuvre de sportifs de deux disciplines que sont l’athlétisme ( 3 or et
2 bronze) et la boxe (1 or - 5 bronze). La première fois où le drapeau
algérien fut hissé lors d’une cérémonie protocolaire, c’était à la
faveur des superbes boxeurs Mohamed Zaoui (- 75 kg) et Moussa Mustapha
(81 kg) qui avaient montré la voie lors des éditions suivantes. Aussi,
la moisson de la boxe s’est poursuivie à Barcelone avec feu Mebarek
Soltani (médaille de bonze), qui fera mieux quatre ans plus tard à
Atlanta (1996) avec une médaille en vermeil, en compagnie de Mohamed
Bahari (1996). Mohamed Allalou et Mohamed Bahari les imiteront en 2000 à
Sydney. Il ne faut pas oublier l’authentique exploit de ce pugiliste
algérien, Soltani, décédé il y a quelques années, le seul sportif
algérien à avoir décroché deux médailles en deux éditions, le bronze
(1992) et l’or (1996). Mais c’est l’athlétisme qui reste la discipline
la plus porteuse, avec ses six médailles, dont trois en or, toutes
remportées dans l’épreuve reine du 1500m (hommes et dames).
Incontestablement, l’honneur revient à Hassiba Boulmerka qui avait été
la première sportive algérienne à faire retentir Kassaman dans l’immense
Stade olympique de Barcelone, en 1992, en remportant haut la main le 1
500m (dames). Son compatriote Noureddine Morceli, malheureux à
Barcelone, s’est racheté de fort belle manière quatre années plus tard,
en 1996 à Atlanta, en montant sur la plus haute marche du podium.
L’autre spécialiste de l’épreuve reine, Nouria Benida Merah, remportait,
à la surprise générale, la médaille en vermeil aux JO de Sidney. Pour ne
pas être en reste, deux médailles de bronze tomberont dans l’escarcelle
algérienne grâce aux athlètes Saïd Guerni Djabir (800m) et Abderrahmane
Hammad (saut en hauteur).Paradoxalement, aucune médaille d’argent n’a
été engrangée par les sportifs algériens des autres disciplines. La
seule obtenue par Saïdi-Sief Ali au 5000 m à Sydney (2000), qui aurait
pu être la 12e au total, lui avait été confisquée par le Comité
international olympique (CIO) pour dopage, ce qui lui a valu une
suspension de deux ans, qu’il a purgée la mort dans l’âme.Parmi tous ces
illustres sportifs algériens, nous retrouverons avec plaisir ce
sympathique athlète, en l’occurrence Saïdi-Sief Ali. Cette douloureuse
page tournée, il sera présent à Pékin, huit ans plus tard, avec
l’ambition de récupérer, pourquoi pas, «sa médaille» ou à tout le moins
bien défendre les couleurs algériennes. Il n’est pas le seul à frémir du
désir secret de faire honneur à l’Algérie.
O. K.
HOCINE SOLTANI
Un art exceptionnel, une fin tragique
Jusqu’à ces jeux de Pékin, les sportifs algériens retiendront, à coup
sûr, les noms de quatre émérites athlètes algériens qui ont fait
retentir Kassaman lors des Jeux olympiques. C’est avec fierté que nous
revenons sur leur passé sportif, que nous espérons voir renouveler par
la nouvelle vague sportive algérienne.
Qui ne se souvient pas de feu Hocine Soltani, le seul boxeur algérien
médaillé d’or à une olympiade. Il est le seul à avoir décroché deux
médailles, une en or et l’autre en bronze à deux olympiades différentes,
en 1992 à Barcelone avec de l’argent et de l’or en 1996, à Atlanta.
Avant d’être retrouvé mort, 1er mars 2002 à Marseille, cet excellent
pugiliste algérien, natif de Thenia en 1972, a épaté tous les
observateurs nationaux et internationaux de par sa boxe. En 1992 aux
Jeux olympiques de Barcelone, il prend la troisième place en catégorie
plume. Enfin, la consécration arrive aux Jeux d'Atlanta de 1996 en
catégorie poids léger où il décroche la première et la seule médaille
d'or de son pays et du continent africain dans le noble art, en battant
en finale le boxeur bulgare Tontcho Tontchev. Ensuite, il embrassera la
carrière professionnelle pro en 1998, mais ne dispute que quatre
combats, couronnés par des succès, avant de prendre sa retraite en 2000.
En mars 2002, il disparaît dans l'anonymat le plus total et son corps
sans vie ne sera retrouvé que 2 ans plus tard. Soltani aura marqué le
sport algérien puisqu'il fait partie de cette génération dorée, au même
titre que des sportifs comme Hassiba Boulmerka ou Noureddine Morceli,
qui se sont distingués aux JO de 1992 et 1996. Que Dieu ait son âme.
O. K.
HASSIBA BOULMERKA
Une femme en or
Hassiba Boulmerka, ce petit bout de femme frêle qui subjugua le monde
du sport algérien et international grâce à son talent, son audace et son
courage, garde toujours cette sympathie auprès des sportifs algériens,
tous sports confondus.
Ayant beaucoup changé physiquement depuis sa retraite sportive, elle a
intégré le Comité olympique algérien tout en s’activant dans le monde
commercial. Modeste comme le milieu familial dont elle est issue,
Hassiba se démarque très tôt de ses cinq sœurs et ses deux frères, en
optant pour le sport de par ses prédispositions précoces, grâce à son
prof Labed Abbou qui l’a détectée à l’âge de 10 ans. Encore adolescente
en 1986, elle fait son premier voyage à l’étranger en Irak, à Bagdad
précisément, avec un baptême du feu réussi lors des championnats arabes
de Bagdad. Aussi, elle surclasse toutes ses rivales, pourtant plus âgées
qu’elle. Cette première médaille sonne comme un déclic annonciateur de
lendemains qui chantent. En 1986, la FAA l’engage au Championnat du
monde à Neuchatel, en Suisse, où elle se débrouille pas mal avec comme
coach Amar Bouras, qui a croisé son destin en lui apportant la rigueur
et la technicité dont elle avait besoin. A partir de là, ses
participations sont couronnées de succès, entre autres à Tokyo, aux Jeux
méditerranéens d’Athènes, Barcelone, Stuttgart. Elle ne manque pas, lors
de certains moments, de se souvenir de dirigeants qui ne misaient pas
beaucoup sur elle. C’est cette donne, au contraire, qui l’a stimulée
pour aller de l’avant. Elle les a superbement démentis en accumulant
lors de courses marquées par sa rapidité, sa tactique et sa fluidité.
Lorsqu’on lui dit qu’elle a marqué, par son style, une époque tourmentée
et sanglante, s’érigeant comme le porte-flambeau de la femme, elle n’y
voit pas un fait d’armes, encore moins un acte exceptionnel.
O. K.
NOURIA BENIDA-MERAH
Digne héritière de Hassiba
Débutant sa carrière sportive sur de courtes distances dont le 100 m
puis le 400 m haies, Nouria Benida Merah change de distances pour se
consacrer à deux spécialités plus longues, à savoir les 800 et 1 500 m.
Notre championne doit une fière chandelle à une personne qui l’a
continuellement coachée, encouragée et suivie durant la plus grande
partie de ses péripéties sportives. Ses résultats nous doivent de citer
celui qui a été pour beaucoup dans cette concrétisation olympique, à
savoir Amar Benida, qui n'est autre que son mari entraîneur. Elle
devient demi-finaliste du 800 m aux Championnats du monde de 1997. Cette
même année où elle convole en justes noces avec Amar. …Elle passe une
saison blanche suite à une maladie avant de revenir avec la rage de
vaincre. L'année dernière, Nouria Benida-Merah réalise l'une de ses
meilleures saisons et ce, après avoir raté les Championnats du monde de
Séville pour cause de maladie. Elle prend son courage à deux mains et se
lance vers les cimes. Benida-Merah pulvérise alors trois records
d'Algérie en salle et un en plein air. …Elle avait battu deux records de
sa devancière, la première Algérienne ayant participé aux JO, à savoir
Sakina Boutamine : celui du 800 m qui était de 2'06 avant que Nouria ne
le ramène à 2'00"77 et celui du 500 m qui était de 4'19 et qu'elle élève
à 4'11. Et comme elle était subjuguée par la championne olympique
Hassiba Boulmerka, elle marche sur les traces de cette dernière en
battant d'abord le record détenu par Hassiba dans le 1000 m qu'elle fait
passer de 2'49 à 2'39. Nouria bat enfin le record du 1 000 m de la même
Hassiba mais, cette fois-ci, en plein air. Elle le fait passer de
2'35"94 à 2'34"60. Benida avait, durant cette même année 1999, amélioré
son classement top 50, passant de la 40e à la 20e place. Nouria remporte
par la suite une médaille d'argent aux Jeux africains de Johannesburg
sur 1500 m. ....Cette année, grâce à sa fougue, son grand courage, sa
volonté de fer et l'aide très précieuse de son entraîneur de mari,
Nouria Benida-Merah est devenue imbattable sur le 1 500 m. Elle se
déplace à Sydney avec la 4e meilleure performance de l'année sur la
distance avec un temps de 3'59"12 et le titre de championne d'Afrique
acquis à Alger, en juillet de cette même année 2000. C'est à Sydney que
Nouria Benida-Merah termine en apothéose sa saison 1999-2000, offrant à
l'Algérie le plus beau des cadeaux : la médaille d'or olympique.
O. K.
NOUREDDINE MORCELI
De Ténès à Barcelone
Avec son regard de grand mystique qui semble fixer un horizon dont
les merveilles échappent à la vue de ses semblables, impossible de se
tromper, Noureddine Morceli est cet homme possédé par quelque chose qui
l’a fait courir et poussé à croire en son destin durant les douze années
de sa remarquable carrière sportive, allant de 1988 à 2000. Quand il
courait sans effort apparent, quand il gagnait sans se forcer et quand
il se prosternait naturellement, dans une prière de gratitude, tout
devenait clair et évident : Noureddine était habité par la foi, de celle
qui soulève des montagnes et celle qui impose le respect. Aussi, cet
enfant de Sidi Akacha est devenu le prince de l'athlétisme mondial. Son
premier podium remonte aux championnats du monde juniors 1988, où il
remporta la médaille d'argent au 1 500 m derrière le Kényan Kirochi qui
sera son futur dauphin à Tokyo 91. Son succès aidant, il passe sur le
circuit des grands en 1990 et réussit, dès sa première saison, la
meilleure performance mondiale de la saison avec un temps de 3:32:60
toujours sur 1 500 m. L’année suivante, il bat le record du monde en
salle du 1 500 m à Séville, puis remporte la médaille d'or aux
championnats du monde d'athlétisme 1991 en salle et en plein air à
Séville et Tokyo. Et ça continue ! Au printemps 1992, Morceli bat le
record du monde en salle sur le 1 000 m avec un chrono de 2:15::26. Aux
Jeux olympiques d'été de 1992, il est le favori pour la finale du 1500 m
; cependant, le rythme de la course, très lent d’ailleurs, lui cause un
passage des 800 m avec un temps moins bon que celui de la course des
femmes. Morceli ne termina qu'à une décevante 7e place. Après les jeux,
il bat le record du monde avec un temps de 3:28::86. En 1993, il
remporte le 1 500 m aux championnats du monde avec, en prime, le record
du monde du mile (3.44.39). Elu, cette année-là, sportif mondial de
l'année par le journal L'Équipe. Morceli bat également les records du
monde du 3000 m en 1994 (7.25.11) à Monaco et celui du 2000 m en 1995 au
meeting de Paris (4.47.88). Aux Jeux olympiques d'Atlanta, il décroche
la médaille de vermeil qui lui avait échappé quatre ans plus tôt en
battant en finale le champion olympique en titre Fermin Cacho, mais sans
subir la concurrence de l'espoir marocain Hicham El Guerrouj (victime
d'une chute à 420 m de l'arrivée). Morceli arrêta la compétition après
la course des Jeux olympiques de 2000 à Sydney, où il était éliminé aux
premiers tours.
O. K.
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