En arrêtant Radovan Karadzic, la Serbie a marqué des points dans l'affirmation de sa volonté européenne, mais la question du général Mladic, qui court toujours, et au-delà celle du Kosovo, entravent les aspirations de Belgrade vers l'UE. «L'UE voudra davantage de la Serbie que les arrestations» des personnes inculpées par le Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie, à La Haye, écrit Tomas Valasek, du Centre for European Reform, un centre d'analyses sur l'Europe basé à Londres. Selon lui, les perspectives européennes de la Serbie «resteront en suspens tant que Belgrade et Bruxelles ne s'entendront pas sur une meilleure façon de coopérer sur le Kosovo». L'indépendance du Kosovo, proclamée le 17 février, a été reconnue par vingt des 27 pays membres de l'Union européenne, et au total par plus d'une quarantaine de pays dans le monde. Mais la Serbie s'oppose résolument à cette indépendance, considérant toujours le Kosovo comme l'une de ses provinces. Elle est soutenue dans les arènes diplomatiques internationales, principalement par la Russie. Manifestation de cette impasse sur le terrain, la mission européenne de policiers et juristes, Eulex, a bien du mal à se déployer au Kosovo, en raison des objections de la Serbie et de la Russie. Il est prévu qu'Eulex soit pleinement opérationnelle à l'automne, alors qu'elle devait initalement relayer dès juin la mission de l'ONU qui administre le Kosovo depuis 1999. «Les Serbes doivent prendre en considération le fait que 20 des 27 pays de l'UE, à laquelle ils souhaitent adhérer, ont reconnu le Kosovo», déclarait dans une interview récente à l'agence serbe Tanjug le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet. La France assure la présidence de l'UE jusqu'en décembre. «En tenant compte de l'histoire et de tout ce que le Kosovo représente pour la Serbie, nous ne pouvons à ce stade lui demander de reconnaître le Kosovo», a poursuivi le responsable français. «Il faut éviter de nous trouver dans la situation où l'on demanderait à la Serbie de faire ce choix. Aujourd'hui, ce n'est pas possible et je comprends les Serbes», a-t-il souligné. Toutefois, «à la fin du processus» d'intégration de la Serbie à l'UE, «il faudra réexaminer ce point», a conclu le secrétaire d'Etat. Néanmoins, il «serait bon si nous réussissions à mettre en marche l'accord de stabilisation et d'association, ASA d'ici la fin de l'année», a-t-il prudemment estimé. Cet accord de coopération, signé en avril entre l'UE et la Serbie et qui représente le premier pas d'importance pour un pays aspirant à rejoindre l'Union, est gelé en attendant la pleine coopération de Belgrade avec le TPI. Belgrade ambitionne de faire partie de l'UE dès 2012. Le général Ratko Mladic, l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, dont l'arrestation conditionne la mise en œuvre de l'ASA, est toujours en cavale. Dragan Bujosevic, un analyste politique, estime que l'UE n'a pas répondu suffisamment au geste qu'a fait Belgrade en direction de l'Europe en arrêtant Karadzic. Pour lui, le général Mladic, avec les nouvelles autorités pro-européennes de Belgrade, doit aujourd'hui «changer sa manière de se cacher» et «changer également les gens qui l'aident». Plusieurs analystes serbes ont relevé aussi que le président serbe Boris Tadic avait manifesté avec éclat son engagement européen en envoyant Radovan Karadzic à La Haye et que l'opposition nationaliste se retrouvait aujourd'hui clairement sur la défensive. L'autre geste fort de Belgrade vers l'Europe a été d'ordonner que ses ambassadeurs regagnent leur poste dans les pays de l'Union qui ont reconnu l'indépendance du Kosovo.
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